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Avis sur Le Coeur De Perrine de Marie - Claire Daveluy - eBook
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Présentation Le Coeur De Perrine de Marie - Claire Daveluy
- eBookLe Père Jérôme Lalemant, supérieur des Jésuites de la Nouvelle-France, était assis, par un beau matin d'août 1660, à sa table de travail, chargée de papiers et de documents. Il achevait de lire, le front soucieux, une lettre venue de Montréal et apportée par le bac, « d'où étaient descendue, il y avait peu d'heures, plusieurs personnes », lui avait-on appris. On frappe à la porte. On l'avertit qu'un visiteur l'attendait au parloir.
Aussitôt, le Père replie la lettre, puis passe la main sur son front, afin d'en chasser tout nuage. La courtoisie était parfaite chez ce religieux. Fort intelligent, imposant, sa direction spirituelle était recherchée, par la plus humble chrétienne, comme par l'étonnante contemplative, Mère Marie de l'Incarnation. Il comptait environ soixante ans et au delà de vingt ans de séjour au Canada.
D'un pas vif encore, le Père Lalemant traversa un petit couloir, tout en devisant en lui-même : « Bah ! pensait-il, toujours sous l'impression des confidences de son correspondant, quoique la volonté du capitaine Le Jeal soit tenace, sa soeur, la sage Perrine, décidera bien en dernier ressort de la situation? Et elle a un excellent jugement ».
Il pénétrait sur cette dernière réflexion dans la petite pièce affectée aux visiteurs. Il retint une exclamation de surprise. Il voyait se lever une jeune fille sérieuse, digne, fort distinguée. Très blonde, elle avait des yeux bleus, qui éclairaient, de façon étonnante lorsqu'ils s'animaient, une figure d'une réserve et d'un calme un peu froids.
« Comment, fit le Père, en tendant la main avec une grande cordialité, car il appréciait la courageuse orpheline, à la vie déjà éprouvée, comment, mais c'est Perrine ? Je pensais justement à vous. Depuis quand êtes-vous à Québec ? Mais assoyez-vous, je vous prie.
? Je suis ici depuis deux heures, à peine, Père. Madame d'Ailleboust a désiré venir à Québec, chez les Hospitalières. Comment refuser de l'accompagner avec plusieurs autres personnes, soucieuses de nous protéger. Je me suis embarquée confiante, je vous assure, ayant dans les bras ma petite nièce Perrine, dont les deux ans s'enchantaient du voyage.
? Vous ne manquez pas d'audace, permettez-moi de vous le dire, chère enfant. Nous sommes guettés si férocement, sur toutes les rives, de Montréal à Québec.
? La situation est moins grave qu'il y a quatre ou cinq semaines. Nous respirons un peu sous la menace iroquoise. D'ailleurs?
? D'ailleurs, Perrine ?
? Père, ne m'aviez-vous pas permis d'avoir recours à vos lumières, si quelque circonstance critique se présentait dans ma vie ?
? Je me souviens.
? L'heure est venue. Et l'offre de Madame d'Ailleboust de prendre place avec elle, dans le bac en route vers Québec, m'a paru une délicatesse toute providentielle.
J'ai saisi l'occasion qui s'offrait avec quelle émotion. Il fallait, il fallait, Père, que j'eusse un entretien avec vous.
? Et M. Souart ? Vous aimez pourtant ce sulpicien de bon conseil, si affable ?
? Peut-être l'ai-je jugé trop intéressé en la matière. Elle le touche de si près.
? Ah !
? Vous souriez, Père ?
? Oui, dit le Jésuite, qui considérait avec attention cette figure où beaucoup de tristesse paraissait soudain, oui, car je le vois, Charlot joue un peu trop au maître, en votre endroit. Et il cherche, et il trouve des appuis.
? Mais, Père, s'exclama Perrine, comment savez-vous que?
Le Père rit de bon coeur cette fois. L'effarement de la jeune fille était complet. Puis, sortant de son bréviaire une lettre, il la fit voir à Perrine.
? Charlot vous a écrit, dit celle-ci. Je suis surprise, mais satisfaite aussi. II expose lui-même, d'après ses vues, l'impasse où il me place?
? Lui seul, Perrine ?
? Qu'importe ! Il veut la résoudre de façon? personnelle, je dirais.
? Il a des arguments sérieux.
? Père, du moins, grâce à cette lettre, je n'ai pas à reprendre de très haut toute cette question.
? Non, mon enfant. Je sais déjà que le Capitaine André de Senancourt, parti depuis deux ans pour la France, afin de mettre ordre aux affaires de sa soeur défunte, aux siennes aussi, revient définitivement au Canada, par l'un ou l'autre des vaisseaux attendus cet été ; je sais également que Charlot a reçu de son beau-frère, par le navire arrivé ici le trois juin dernier, une lettre où il est longuement question de la situation embarrassante où il va se trouver placé à son retour, entre Charlot son beau-frère, ses neveu et nièce, et vous, Perrine, une étrangère pour lui au fond ; que fera-t-il ? L'intimité des rapports en souffrira. Seulement? et le Père hésita, cette étrangère, André de Senancourt? l'aime, et profondément? paraît-il. Alors, est-ce qu'une solution toute naturelle ne pourrait?
? Je vous en prie, Père, fit la jeune fille qui rougissait, confuse, un peu contrariée aussi.
? Perrine, à quoi cela nous servirait-il de ne pas tenir compte de ce facteur assez important en la matière ? Il me semble que le grand sentiment ressenti pour vous? » et le jésuite sourit de nouveau.
? Père, on dirait que vous approuvez Charlot de vouloir?
? Votre mariage avec André de Senancourt ? Je crois en effet que ce serait une conclusion excellente pour tous.
? Mais moi, Père, moi ?
? Avez-vous donc de l'antipathie pour le beau-frère de votre frère ? Ce serait grave, si cela était, en effet.
? Non. Je dois être franche.
? Alors ?
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