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Avis sur L'esclave Des Agniers de Marie - Claire Daveluy - eBook
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Présentation L'esclave Des Agniers de Marie - Claire Daveluy
- eBookCHARLOT, occupé à charger les fusils de Kinaetenon, s'interrompit. Des aboiements nombreux, accompagnés de cris, de courses autour de la tente, lui firent malgré lui relever la tête. Un coup de feu retentit. Puis, tout bruit cessa, sauf un rauque éclat de rire, qui résonna près, bien près de lui. Il allait sortir. Kinaetenon apparut à l'entrée de la tente :
« Mon frère quittait donc son ouvrage sans l'avoir terminé, » gronda celui-ci. La figure du sauvage était rouge. Ses cheveux tombaient en désordre. Sa main droite portait une large coupure.
? Je t'en prie, Kinaetenon, ne me fais pas de reproches sur ce ton. Je finirais par croire que tu me hais, comme tous les tiens savent si bien le faire.
? Que mon frère finisse son ouvrage. Il ne sortira pas avant, scanda Kinaetenon, d'une voix moins rude et en haussant les épaules.
? Tu es blessé, Kiné ?
? Oui.
? Fais voir. Oh ! oh ! l'entaille est profonde. Que s'est-il passé ?
? Une querelle avec le mari de ma soeur.
? À cause de moi, hein, mon frère ? Ils me poursuivent de leur haine, ceux-là. À travers toi. Ils devinent que tu m'aimes, au fond. Hélas ! mon sort ne me semble si triste, ici, qu'à cause des ennuis qu'il t'attire.
? Mon frère sait comme moi que ma soeur ne m'a jamais aimé et qu'elle a tourné le coeur de son mari contre moi.
? Je me le dis souvent, c'est vrai, pour atténuer mes regrets? Tiens, Kiné, voilà ta main pansée? Mais tu ne m'as pas raconté la cause de la querelle.
? Mon frère est curieux.
? Kiné, est-ce étrange, en entendant tout à l'heure des aboiements, il m'a semblé reconnaître ceux de mon bon chien, ceux de Feu, si mystérieusement disparu depuis un an. C'est durant le premier mois de ma terrible congestion de cerveau, provoquée par la vue du Père Jogues assassiné, que Feu a disparu, n'est-ce pas, Kiné ?
? Oui.
? Tu ne suis rien des circonstances de cette disparition. Refuseras-tu donc toujours de me répondre ?
? Pas aujourd'hui, dit soudain Kinaetenon d'une voix sombre, mais résolue. Oui, mon frère va tout savoir !
? Ah ! fit Charlot surpris.
? Mon frère, continua lentement le sauvage, n'avait pas à s'inquiéter, car qu'il le sache, c'est moi, moi, qui avais renvoyé son chien du camp. Il est parti, une nuit, sous la garde d'un Algonquin qui s'évadait avec succès grâce à moi.
? Toi, Kiné, tu as fait cela ? Je ne te crois pas. Pourquoi ?
? Mon frère semblait ne pas revenir à la vie. Il appelait sa soeur. Il lui disait adieu si tristement. J'ai chargé son chien d'un message pour la blanche fille, aux cheveux de lumière?
? Quel message ? Tu ne sais pas écrire Kiné.
? Au collier du chien, j'avais attaché un coeur taillé dans un beau morceau de bois. Une flèche perçait ce coeur. Elle signifiait que tu avais le coeur blessé par le chagrin et l'ennui. Tu voulais recevoir des nouvelles des visages pâles. L'Algonquin m'avait promis d'expliquer tout ceci à ta soeur. Vois-tu, mon frère, il me semblait qu'un envoi quelconque des tiens par les mêmes moyens, par une course longue mais rapide de Feu à travers les bois, t'empêcherait peut-être de mourir.
? Bon Kiné ! La mort elle-même ne veut pas de moi, ici? Ah ! si je ne t'avais pas, quel désespoir serait le mien? Mais que penses-tu qu'il ait bien pu arriver à Feu ? Il devrait être de retour, maintenant ?? Oh ! Kiné, quelle bonté ingénieuse est la tienne ! Avoir songé à ce stratagème !
? Ton chien est de retour, mon frère », dit tout à coup Kinaetenon, en se redressant, et en plaçant ses deux mains sur les épaules de Charlot. Le regard du sauvage semblait d'une tristesse profonde tout en annonçant une bonne nouvelle, semblait-il.
? Feu est de retour ? » s'exclama Charlot. Il ouvrait de grands yeux. « Allons, allons, tu as la fièvre, Kiné. Ta blessure est venimeuse peut-être. Viens, viens te reposer sur ta natte. Je te veillerai bien, va, ce sera enfin mon tour !
? Ton chien, mon frère, est de retour », reprit de nouveau Kinaetenon. Le sauvage n'avait pas modifié son attitude. Il plongeait de plus en plus ses yeux tristes dans ceux de Charlot.
? Mais alors, où est-il ? Où est Feu ? » questionna Charlot. Une faible rougeur montait à son front. Oh !
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