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Cinéma !? Cinéma !? - Marthe Fiel

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      Présentation Cinéma !? Cinéma !? de Marthe Fiel

       - eBook

      eBook - Marthe Fiel 16/02/2021
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Marthe Fiel
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 16/02/2021
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Windows, Liseuse, Desktop, iOS, Android
    • ISBN : 1230004552055



    • ? Je ne la jalouse pas !

      ? Ce qu'il te faudrait, c'est une leçon.

      ? Merci !? Au revoir, m'man !

      ? Cela me peine de te savoir dans cet air étouffé.

      ? Il n'y a que cet air-là qui me fasse vivre. À propos, où est Maxime ?

      ? Ton frère est parti depuis une demi-heure, alors que tu t'habillais.

      ? Il t'a dit où il allait ?

      ? Peux-tu le demander !

      ? Oui, je sais qu'il courait au cinéma, mais je voulais savoir dans quelle salle.

      ? Je n'en sais rien? Il craignait d'arriver en re¬tard, parce que c'était un film à épisodes. Ah ! que je déplore l'invention de ce cinéma !

      ? Ne te désole pas de ce qui fait notre joie. On a quelques heures de rêve, il y fait bon, on a chaud en hiver, on entend rire.

      ? Et ici, tu es mal ?

      ? Non, m'man, mais ce n'est pas la même chose.

      Claudine jeta autour d'elle un regard plein de pitié. C'était dans la salle à manger qu'elle causait avec sa mère et les meubles en étaient classiques. Ils ne res¬semblaient en rien au mobilier luxueux que montrait le cinéma.

      Claudine comprenait pourtant que ses parents ne pouvaient pas tout d'un coup devenir riches, pour se meubler comme des princes. Pour l'avenir, elle espé¬rait bien ne pas se loger dans un appartement exigu. Il lui fallait un hall avec des tableaux, des meubles choisis. Pour le moment, elle patientait tout en se formant le goût. Elle n'avait que dix-neuf ans, d'ail¬leurs, et elle voyait devant elle une vie longue, longue? Pour le moment, elle devait se contenter de la vue des belles choses sans songer à les posséder.

      Mais rien que de penser qu'elle pourrait les avoir un jour, la remplissait de joie. Avec ses compagnes d'atelier, toutes férues de cinéma, à son exemple, sauf une, elle s'amusait à décrire ce qu'elle aurait plus tard. C'était à qui, de ces jeunes cervelles, for¬merait les plans les plus audacieux pour leur futur foyer. Le mari, les enfants, comptaient peu, mais en revanche, quel luxe de réceptions dans des salons qui ruisselaient de dorures, de girandoles ! Quel buffet où l'on se gorgeait de mets délicats !

      Les pauvres petites ne savaient qu'inventer pour le palais de leurs hôtes, et quand elles avaient com¬posé leurs menus, elles couraient chez la crémière pour déjeuner d'une tasse de cacao avec un petit pain, maigre nourriture qui les anémiait.

      Claudine s'en alla en claquant la porte.

      Rien que le petit trajet qu'elle avait à fournir l'égaya. D'avance, elle savourait le spectacle qu'elle allait voir. C'était un roman d'amour, ce qui l'en¬chanta. L'ambiance en était « enlevante », tandis que les documentaires l'ennuyaient. Cela lui était extrêmement égal que des poissons extraordinaires s'agitassent au fond des mers ou que des fauves parcourussent les forêts. Jamais elle ne ferait leur connaissance et ce serait bien inutile à sa vie.

      Claudine marchait d'un pas vif, parce que le mois d'octobre avait eu sa première gelée. Le ciel était clair et le soleil déjà pale. Mais le temps importait peu. Dans quelques moments, dans la salle tiède, la jeune fille oublierait toutes les contingences. Là, elle serait à l'aise, car ce qu'il lui fallait, c'était les intérieurs élégants dans lesquels évoluaient des femmes au chic suprême ; des messieurs leur baisaient la main d'un air respectueux, et des laquais en livrée venaient prendre leurs ordres.

      Voilà qui était captivant.

      Claudine s'assit à une place qu'elle jugea agréable. Il fallut que ses yeux s'accoutumassent à la demi-obscurité pour qu'elle distinguât ses voisins.

      Devant elle, des jeunes filles en nombre ; un peu plus loin, des enfants. Naturellement, puisque c'était un dimanche, les parents se débarrassaient des petits encombrants en faveur d'une salle de spectacle.

      Claudine reconnaissait quelques fillettes de son quartier, et elle se demandait, de bonne foi, quel plaisir ces enfants pouvaient trouver à ces tableaux. Sans doute n'y comprenaient-elles rien, et elles venaient pour être au chaud et « regarder les images ».

      Quand Claudine s'était placée, elle n'avait pas de voisins directs. Quand l'obscurité fut donnée, elle comprit que l'on s'asseyait dans les fauteuils touchant le sien, mais elle ne distingua pas les occupants.

      Le déroulement du film commença. Sur l'écran lumineux se projeta la vedette, une charmante femme dont la toilette plut infiniment à Claudine. Elle forma le projet d'avoir la pareille. Elle fit un calcul rapide. Avec ses appointements de 12 000 francs par mois, il lui était facile d'en distraire une dizaine de mille, avec un peu de temps, car elle payait sa pension dans sa famille. M. et Mme Nitol exigeaient cette redevance, afin de stimuler l'économie de Claudine. Ils déploraient que la jeunesse de ce temps n'eût aucun souci de conserver un peu d'argent. Eux, en parents prévoyants, ils mettaient de côté cette somme donnée par leur fille.

      Un jour, ils lui en feraient la surprise, à quelque occasion marquante, son mariage, par exemple.

      Le film continuait. Il captivait Claudine, mais elle s'étonnait que la star, qui représentait une jeune fille, fût si indépendante. Ainsi, elle avait fait la connaissance d'un charmant jeune homme, avec qui elle allait tranquillement souper au cabaret. Et les parents ? N'avaient-ils donc rien à dire ? Dans quel heureux pays se passaient donc ces libertés ?

      Elle enviait cette situation. Elle se dit que ces jeunes filles avaient bien raison de s'affranchir de certains préjugés. Quel mal commettait celle-ci en dînant au restaurant avec un monsieur ? Du moment qu'ils s'épouseraient, personne n'avait à y redire.

      Soudain, la star sembla ne plus être bien avec son amoureux. Après quelques péripéties ; il en surgit un autre que la jeune vedette parut apprécier. Ils firent une promenade dans les bois et s'embrassèrent.





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