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Mon Erreur - Marthe Fiel

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      Présentation Mon Erreur de Marthe Fiel

       - eBook

      eBook - Marthe Fiel 02/02/2020
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Marthe Fiel
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 02/02/2020
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Android, Liseuse, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230003694138



    • Ce dimanche m'avait laissé une impression de soulagement. Ma future belle-soeur me plaisait et j'espérais de belles heures de compréhension. Malheureusement, le lundi malin, j'éprouvai un choc douloureux en songeant que le surlendemain serait mon heure de fatalité.

      Un étau m'enserrait, et je ne pouvais rien pour m'en évader. Je ne pensais plus à Berthe, qui apportait une joie lumineuse, mais je la considérais comme un témoin de plus au spectacle que j'allais offrir. Il m'était atrocement pénible d'envisager que je devais m'humilier devant elle, car je jugeais que je m'abaissais en épousant un homme que je détestais. Cela me paraissait déshonorant.

      Toutes les paroles que j'entendais bruissaient à mes oreilles comme des heurts pleins de résonances. À peine si j'en percevais le sens. Je n'avais plus qu'une pensée, et si malheureuse ! Oh ! si malheureuse !

      Je ne sortis pas ce jour-là, n'ayant nul courage.

      Maman remarqua :

      ? Ces jours derniers, tu ne pouvais pas tenir en place, et aujourd'hui tu parais complètement déprimée. Tu deviens bizarre. Il faut te surveiller.

      J'eus une inspiration :

      ? J'ai été fort agitée pur l'annonce du mariage de Léo. J'ai eu si peur que sa fiancée ne vous plaise pas ! Aujourd'hui, je suis tellement contente de la connaître avec tant de charme que j'ai une réaction. Je l'avais aperçue, notre Berthe Durand, mais, ne lui ayant jamais parlé, je craignais une surprise désagréable.

      ? Moi aussi, je ressens une joie inattendue, et je n'espérais pas qu'elle nie plairait autant. Il est vrai que j'aurais dû avoir confiance, parce que Léo a toujours eu des goûts raffinés.

      Je fus atteinte par ces mots, parce que je songeais que, de même que mon frère, je montrais toujours quelque éloignement pour les choses vulgaires.

      Combien j'allais décevoir mon entourage !

      Je répondis courageusement :

      ? Tu sais, maman, on peut ressentir au fond de soi bien de l'attrait pour la distinction et choisir tout à coup un mari ou une femme qui ne réponde pas aux aspirations qu'on a affichées? La personne que l'on a choisie peut plaire par certains côtés impossibles à définir.

      Je m'embrouillais dans mes explications, ce qui fit dire à maman :

      ? Où veux-tu en venir ?

      Elle riait en me posant cette question, à laquelle je ne pus répondre.

      ? Sois plus gaie, reprit-elle.

      Comme c'était commode ! Je ripostai pourtant :

      ? Je serai gaie plus tard, quand ma joie aura eu le temps de s'infiltrer en moi.

      Quelle énergie il me fallait pour débiter ces phrases que je décrochais avec peine de mon cerveau fatigué ! Je m'assimilais à un arbre emporté par un cyclone, je me croyais une martyre vouée au supplice. J'étais une esclave enchaînée par un maître brutal. J'évoquais les situations les plus lamentables, et je me trouvais toujours au-dessous de la vérité.

      Le lendemain, ce fut plus atroce encore.

      La date inexorable se rapprochait avec une rapidité effrayante. Maintenant, il me semblait qu'une avalanche monstrueuse allait venir sur moi. Je ne la voyais pas blanche, mais noire comme un ciel d'orage, et je me disais : « Si seulement c'était vrai et qu'elle pût m'engloutir ! » Oui, j'en étais là, à demander la mort, à appeler le cataclysme qui m'enlèverait à ce sort.

      À mesure que le jour s'écoulait, je prenais la résolution de manquer de parole au neveu Galiret. Mes yeux s'ouvraient tout à coup sur ma sottise. Je n'étais pas forcée d'obéir aux injonctions de ces vampires. Un grand allégement me vint, alors que j' accumulais argument sur argument en faveur de ma défection. Je me sentais revivre, j'étais aérienne, et je me traitais de stupide créature de vouloir être héroïque.

      Ce fut remplie de ces dispositions que j'atteignis le moment du dîner. Ma mère observa, quand je la rejoignis dans la salle à manger :

      ? Tu as reconquis ton air allègre, j'en suis enchantée. Ton visage éteint finissait par m'inquiéter.

      ? Oui, je me suis reprise. On passe parfois des heures bizarres à voyager avec des chimères.

      ? Je te croyais plus positive.

      ? Hélas ! ce sont les circonstances qui changent les états d'âme.

      Maman me regarda, non sans étonnement. Elle m'avait presque toujours vue avec le rire aux lèvres. Mes réflexions, débitées sur un ton lassé, la déroutaient.

      Un malaise m'envahit de nouveau, mais sans durée. Ma décision s'affermissait ; je manquerai le rendez-vous de la Tourmagne.

      Mes frères rentrèrent, puis papa, mais un papa si las que mon coeur se fondit d'attendrissement.

      ? Oh ! père, qu'as-tu ? Tu es souffrant ? Oh ! dis vite !

      Je tenais papa par le cou et j'épiais anxieusement ses traits, qui me paraissaient si défaits que j'avais du mal à retenir mes pleurs.

      ? Ce n'est rien? Ce n'est rien?

      ? Tu as été renversé par une auto ?

      ? Mais non?

      Maman s'approcha, tout inquiète, elle aussi.

      ? Qu'est-il survenu, mon ami ?





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