Les Boucaniers - Paul Duplessis
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Présentation Les Boucaniers de Paul Duplessis
- eBookINTRODUCTION.
L'existence des boucaniers, ces enfants perdus de toutes les civilisations, qui, mis au ban de la société, et réunis par un intérêt commun, bravèrent impunément, pendant une grande partie des dix-septième et dix-huitième siècle, les efforts de l'Europe souvent coalisée contre eux, présente certes la plus étrange et la plus merveilleuse histoire qu'il soit possible d'imaginer. Mon enfance a été bercée, pour ainsi dire, aux récits de leurs fantastiques exploits, et, quelques années plus tard, à peine au sortir des bancs du collège, le hasard me jeta dans les parages les plus célèbres de la flibuste : la première terre où je descendis après mon départ d'Europe fut l'île de la Tortue.
Mes souvenirs d'enfance, ranimés par le splendide spectacle, si nouveau pour moi, de la magnifique nature tropicale, me revinrent avec tant de force, et revêtus par l'imagination et l'enthousiasme de si vives couleurs, que je me crus sérieusement, pendant plusieurs heures, transporté en plein dix-huitième siècle, au plus beau temps de la flibuste.
Je vis glisser dans les forêts sombres, et recouverts de grossiers vêtements de cuirs, des hommes à la figure énergique et fière, aux membres souples, maigres et nerveux, hôtes des bois que les Espagnols n'osaient guère attaquer que par surprise, ou la nuit pendant leur sommeil.
J'entendis les échos sonores et multiples des mornes répéter à l'infini les aboiements des meutes de chiens altérés de sang comme des tigres, les détonations des carabines, les mugissements des taureaux traqués, les cris de triomphe des chasseurs !
Bientôt à ces bruits se mêlèrent les clameurs de la bataille ! Les boucaniers surpris par une cinquantaine espagnole, acculés dans un ravin, ainsi que le lion dans son antre, sortaient vainqueurs de cette embuscade, et foulaient sous le dur talon de leurs épaisses chaussures les cadavres des lanciers.
Ah ! que ne puis-je donner une forme à ce songe que j'ai fait tout éveiller ! fixer sur le papier les scènes tumultueuses, terribles, tendres et passionnées qui passèrent, fantasmagorie saisissante, devant mes yeux éblouis et fascinés ! Mais à quoi bon ces regrets ? On produit si rarement un chef-d'oeuvre !
Je me promis, en quittant Saint-Domingue pour aller parcourir des horizons plus lointains encore, que si jamais je revoyais la France, mon premier soin serait d'écrire l'histoire des Boucaniers.
Je commençai dès ce moment à recueillir soigneusement sur ma route les matériaux confus et épars qui pouvaient m'être de quelque utilité dans l'accomplissement de ce projet.
Cinq ans plus tard, ? j'étais seulement de retour à Paris depuis un mois, ? je me rendais à la Bibliothèque royale, pensant toujours à mes boucaniers, et presque ému à l'idée que j'allais enfin connaître la mystérieuse odyssée des fondateurs de Saint-Domingue.
Hélas ! combien mon espoir fut déçu ! Un employé de la Bibliothèque à qui je m'adressai, écrivit silencieusement, après m'avoir écouté fort complaisamment, une ligne sur un petit carré de papier et me dit d'attendre. Un quart-d'heure plus tard il me tendait un volume que je saisissais avec empressement ; c'était un Manuel du Verrier.
Il y avait évidemment quiproquo ; je réclamai. L'employé, toujours aussi complaisant, écrivit une nouvelle ligne sur un nouveau carré de papier ; j'attendis encore un quart-d'heure et l'on me remit un nouveau volume : cette fois, c'était un Cours préparatoire au baccalauréat. Une troisième tentative ne me réussit pas mieux que les deux premières ; j'obtins l'Histoire de Charles XII.
N'osant plus déranger une quatrième fois cet employé si complaisant, je m'en allais de fort mauvaise humeur, lorsque ma bonne étoile me fit trouver face à face avec G. de M?, le plus modeste et le plus érudit bibliophile de notre époque. Je lui racontai mon déboire.
? Vous êtes dans votre tort, me répondit-il, et vous n'avez pas le droit de vous plaindre. Il faut pour obtenir un livre à la Bibliothèque, de même que pour solliciter une place dans le gouvernement, spécifier catégoriquement l'objet de sa demande. Les employés et les ministres sont bien trop occupés à accorder pour songer à offrir. Quel livre désirez-vous ?
? Je l'ignore. Je voudrais un ouvrage qui traitât des boucaniers des Antilles.
? Il y en a plusieurs : l'Anglais Basil Ringrose, le Hollandais Joseph Esquemeling et les Français Raveneau de Lussan et Olivier ?xmelin, tous anciens boucaniers, ont laissé des Mémoires authentiques.
? Écrivez-moi ces noms, je vous prie ; et quel est, d'après vous, le meilleur, c'est-à-dire le plus exact de tous ces ouvrages ?
? C'est, sans contredit, celui d'?xmelin, publié en 1775 à Trévoux, par la Compagnie.
Tous les auteurs qui ont traité depuis le même sujet l'ont pillé sans vergogne, y compris J. V. d'Archenholtz, le dernier de tous, dont l'histoire des flibustiers a été traduite, et a paru en France en 1804.
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