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Les Boucaniers T IX - Paul Duplessis

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      Présentation Les Boucaniers T Ix de Paul Duplessis

       - eBook

      eBook - Paul Duplessis 08/07/2019
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Paul Duplessis
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 08/07/2019
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Liseuse, Android, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230003312186



    • Le surlendemain du jour où avait eu lieu dans l'Asile la mystérieuse réunion des flibustiers-initiés, le brigantin de Montbars relevait, en passant devant les sept branches de la rivière du Naïbe, le Petit-Trou et la pointe du Monyon, les premières terres françaises de la partie sud de l'île de Saint-Domingue. Peu d'heures après il doublait le faux-cap et se trouvait à l'abri des croiseurs espagnols qui n'osaient guère s'aventurer, si ce n'est nuitamment et avec des pirogues, dans ces eaux ennemies.

      Ducasse, de Morvan, Fleur-des-Bois et Alain étaient réunis à bord du petit navire de Montbars.

      Ce dernier, assis près du hamac dans lequel reposait l'infortuné chevalier, avait l'air soucieux ; son regard morne et inquiet ne quittait pas le visage décoloré et amaigri du blessé : en vain le flibustier cherchait-il à se tromper lui-même, à s'aveugler, à chaque instant un nouveau pronostic de mort lui apparaissait tellement évident et irrécusable que le doute ne lui était pas possible !

      ¿ Pauvre Louis ! ¿ murmura-t-il enfin, en se levant, car il ne se sentait plus la force de contempler ce triste spectacle, ¿ pauvre Louis !¿ Pourquoi l'ai-je arraché à sa vie solitaire et paisible !¿ Lancé dans cette existence aventureuse pour laquelle il n'était pas né !¿ Il m'était si facile de lui assurer une belle fortune, une indépendance honorable : c'est l'égoïsme qui m'a inspiré. J'avais besoin d'un coeur qui m'aimât, d'un bras sur lequel je pusse compter. Mon frère, ne me maudis pas, si du haut du ciel tu lis dans ma pensée, tu dois voir que pour sauver ton fils je sacrifierais avec bonheur les quelques années qui me restent encore à vivre : voeu insensé ! Est-ce que je ne porte pas malheur ? Est-que tous ceux qui m'entourent, ne finissent pas par être victimes de ma fatale influence ! Seul, invulnérable et maudit, je passe à travers les catastrophes et les dangers, sans que la mort m'effleure même de son aile ! L'heure du repos ne doit-elle donc jamais sonner pour moi ? Quel crime ai-je commis pour mériter une pareille destinée ? Je l'ignore ! Si mon passé est tâché de sang, du moins, ce sang a-t-il toujours été loyalement et bravement versé !¿ Terrible dans la mêlée, lorsque je combats pour la gloire de la France, la victoire m'a toujours vu généreux et clément¿ Oui, mon passé est celui d'un soldat, reprit Montbars après un moment de réflexion, mais mes pensées ne sont pas celles d'un chrétien. Ce n'est pas l'instinct de la conservation, la nécessité de me défendre contre une injuste agression qui arment ma main. C'est l'esprit de vengeance ! Lorsque je vois un Espagnol tomber mourant à mes pieds, j'éprouve une joie féroce, je jouis de ses souffrances. Les cris de mon infortuné frère agonisant sous le fouet des esclaves de Monterey, retentissent toujours à mes oreilles et me rendent implacable¿ Je sais bien, mon Dieu, que je devrais repousser ces souvenirs loin de moi, vous faire le sacrifice de ma haine¿ Je ne le puis. Non, je ne le puis !

      Montbars contempla encore pendant quelques secondes le pauvre blessé agité par un pénible sommeil, puis il s'éloigna en ajoutant à mi-voix :

      ¿ J'ai tort de m'accuser. La mort de Louis est, au contraire, un avertissement que le ciel m'envoie, un châtiment qu'il m'inflige pour me reprocher et me punir d'avoir tardé si longtemps à atteindre le coupable¿

      La distance qui séparait la rivière de Naïbe du Cap ¿ c'était vers cette ville que le chef des flibustiers se dirigeait, ¿ était de plus de cent cinquante lieues. Montbars, grâce à l'audacieuse habileté qu'il déploya et aux vents favorables qui le secondaire, mit à peine trois jours à accomplir ce voyage.

      Toutefois, ce court espace de temps suffit pour empirer d'une façon extrêmement grave et visible l'état du chevalier : il fallut prendre les plus grandes précautions pour le descendre à terre.

      Au Cap, Montbars possédait une habitation qui faisait l'admiration et l'envie des plus riches colons de Saint-Domingue ; ce fut là qu'il fit transporter en litière de Morvan.

      À peine eut-il installé son neveu dans sa propre chambre, que Montbars fit appeler les trois chirurgiens que le Cap comptait alors ; car beaucoup de chirurgiens sans clientèle, sachant combien les Boucaniers et les flibustiers avaient souvent besoin de leurs offices, émigraient d'Europe et venaient chercher fortune à Saint-Domingue.

      La consultation des praticiens ne dura pas longtemps : par un hasard assez peu commun dans la science, à la simple inspection du blessé, ils se trouvèrent d'accord pour opérer une prompte amputation : encore, et malgré l'emploi de ce moyen extrême, ne répondaient-ils pas des jours de l'infortuné jeune homme.

      Pour Montbars, cette organisation active et puissante, dont l'élément était le danger, un pareil arrêt, qui condamnait le chevalier à l'inaction et le rendait incapable de suivre la carrière des armes, était bien autrement terrible que la mort.





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