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Tom Jones Tome I - Henry Fielding

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      Présentation Tom Jones Tome I de Henry Fielding

       - eBook

      eBook - Henry Fielding 08/11/2018
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Henry Fielding
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 08/11/2018
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Liseuse, Android, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230002821818



    • Aussitôt que M. Allworthy fut entré dans son cabinet avec Jenny Jones, miss Bridget et la gouvernante se glissèrent dans une pièce contiguë, d'où elles recueillirent, par le trou de la serrure, les sages instructions de l'écuyer, les réponses de la jeune fille, et les diverses particularités de la scène précédente.

      Miss Bridget connaissait fort bien cette petite ouverture, et n'était pas moins soigneuse d'y appliquer l'oeil, ou l'oreille, que jadis l'amoureuse Thisbé aux fentes du vieux mur qui la séparait de son amant. C'était pour elle une source de découvertes intéressantes. Par-là, elle pénétrait souvent les dispositions, les projets de son frère, et lui épargnait la peine de l'en instruire lui-même. Mais ce canal mystérieux n'était pas sans inconvénients. Miss Bridget avait quelquefois sujet de s'écrier avec Thisbé, dans Shakespeare : Ô maudite, maudite muraille ! De temps en temps les fonctions de juge de paix qu'exerçait M. Allworthy, l'obligeaient de discuter des questions délicates, et propres à blesser les chastes oreilles des filles, surtout quand elles approchent de la quarantaine : ce qui était le cas de miss Bridget. Cependant elle avait, dans ces occasions, l'avantage de cacher sa rougeur aux yeux des hommes : or, de non apparentibus et non existentibus, eadem est ratio ; en français, femme qui rougit sans être vue, n'est pas censée rougir.

      Les deux rusées femelles gardèrent un profond silence, durant toute la scène entre M. Allworthy et Jenny. Dès que l'écuyer fut sorti de son cabinet, et hors de la portée de la voix, l'austère Wilkins se récria contre l'indulgence de son maître, particulièrement contre la faiblesse qu'il avait eue de ne pas exiger de Jenny le nom de son séducteur ; et elle jura de lui arracher ce secret avant le coucher du soleil.

      À ces mots un sourire changea tout-à-coup la physionomie habituellement sévère de miss Bridget. Qu'on ne s'imagine pas que ce fut ce sourire enchanteur qu'Homère place sur les lèvres de Vénus, lorsqu'il l'appelle la déesse des ris. Ce n'était pas non plus celui que lady Séraphine adresse dans un bal à l'heureux objet de sa tendresse, et dont Vénus paierait de son immortalité le charme inexprimable : non, c'était plutôt un sourire digne de Tysiphone, ou de sa soeur Alecton.

      Miss Bridget accompagna ce sourire d'un son de voix aussi flatteur que le souffle de l'aquilon, dans une belle nuit d'hiver, et reprocha doucement à Déborah un excès de curiosité. Il paraît que la gouvernante y était assez sujette. Sa maîtresse s'exprima, sur ce chapitre, en termes pleins d'amertume, remerciant Dieu de ce que ses ennemis ne pouvaient mettre au nombre de ses défauts, celui de s'ingérer mal à propos dans les affaires d'autrui.

      Elle loua ensuite le noble caractère qu'avait montré Jenny : elle ne pouvait s'empêcher, dit-elle, de trouver, comme son frère, qu'il y avait quelque mérite dans la sincérité de ses aveux, et dans sa courageuse fidélité à l'égard de son amant ; elle avait toujours estimé Jenny une excellente fille ; sans doute un misérable, beaucoup plus blâmable qu'elle, avait triomphé de son innocence par des serments trompeurs, et par une promesse de mariage.

      Ce langage surprit fort Déborah. Elle n'ouvrait guère la bouche devant son maître, ou sa maîtresse, qu'elle n'eût d'abord sondé leurs sentiments, et ne manquait pas, pour l'ordinaire, d'y conformer les siens. Toutefois, en cette circonstance, elle crut pouvoir s'écarter, sans danger, de sa circonspection accoutumée ; et nous pensons que l'équitable lecteur l'accusera moins d'imprudence, qu'il n'admirera sa merveilleuse promptitude à revirer de bord, quand elle s'aperçut qu'elle avait fait fausse route.

      « En effet, dit l'habile et souple gouvernante, je ne suis pas moins frappée que mademoiselle du courage de cette fille. Si, comme mademoiselle le suppose, elle a été abusée par quelque scélérat, la pauvre malheureuse est bien à plaindre. Assurément, comme le dit mademoiselle, elle a toujours passé pour une bonne et honnête personne qui ne tirait point vanité de sa figure, comme certaines péronnelles du voisinage. »

      « Vous avez raison, Déborah, reprit miss Bridget ; si Jenny était une de ces dévergondées dont le nombre est malheureusement trop grand dans la paroisse, je blâmerais l'indulgence de mon frère à son égard. J'aperçus l'autre jour, à l'église, deux filles de fermiers, la gorge nue ; j'en fus indignée. Quand les filles tendent ainsi des pièges aux hommes, elles méritent bien ce qui leur arrive. Je déteste de pareilles créatures. Il vaudrait mieux pour elles que la petite vérole les eût défigurées dès le berceau. Quant à Jenny, je n'ai jamais remarqué en elle le moindre signe d'inconduite ; c'est une justice que je dois lui rendre. Quelque adroit scélérat, j'en suis convaincue, l'aura séduite, peut-être même indignement forcée, et je la plains de toute mon âme. »

      Déborah applaudit aux sentiments de miss Bridget, et l'entretien finit par une violente satire de la beauté, entremêlée de grandes doléances sur le sort des filles assez simples, pour ajouter foi aux discours artificieux des hommes.





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