Tom Jones Tome IV - Henry Fielding
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Présentation Tom Jones Tome Iv de Henry Fielding
- eBookJones, à peine rentré chez lui, reçut la lettre suivante :
« Je n'ai jamais été plus surprise qu'en apprenant que vous étiez parti. Quand vous êtes sorti du salon, j'étais loin de penser que vous eussiez l'intention de vous en aller sans me voir. Votre conduite ne se dément pas ; elle me prouve combien je dois mépriser un coeur capable de s'enflammer pour une idiote. J'ignore cependant ce que je dois admirer le plus, de sa ruse, ou de sa simplicité. L'une et l'autre sont en vérité bien étonnantes. Sans savoir un mot de ce qui s'est passé entre nous, elle a eu l'adresse, l'effronterie, la? que dirai-je enfin ? de me nier en face qu'elle ne vous eût jamais vu. Était-ce un plan concerté entre vous ? Avez-vous eu la bassesse de me trahir ? Oh ! quel mépris je me sens pour elle, pour vous, pour tout le monde, pour moi surtout, car? je n'ose écrire ce que je ne saurais lire sans un transport de rage. Adieu, sachez que la violence de ma haine peut égaler l'ardeur de mon amour. »
Jones n'avait pas eu le temps de faire de longues réflexions sur cette lettre, lorsqu'on lui en remit une seconde de la même main. Elle était conçue en ces termes :
« Pour peu que vous vous représentiez le trouble que j'ai dû éprouver en vous écrivant, vous ne serez pas surpris de quelques expressions de mon premier billet? Quand j'y songe pourtant, peut-être ai-je à me reprocher un peu trop de vivacité. Je voudrais croire du moins, s'il est possible, que je dois tout imputer à l'odieuse comédie et à l'impertinence d'une sotte qui m'a fait manquer l'heure de notre rendez-vous. Qu'il est facile de bien penser de ceux qu'on aime !? Peut-être me souhaitez-vous dans cette disposition. J'ai résolu de vous voir ce soir : ainsi, venez chez moi sur-le-champ.
« P. S. Ma porte ne sera ouverte que pour vous.
« P. S. M. Jones peut bien compter que je serai de moitié dans sa défense ; car je ne pense pas qu'il ait plus d'envie de me tromper, que je n'en ai de me tromper moi-même.
« P. S. Venez sans délai. »
Nous laissons aux héros d'intrigue à décider lequel causa le plus d'embarras à Jones, du billet dicté par la colère, on du billet inspiré par l'amour. Il est certain qu'il n'existait qu'une seule personne à qui notre ami eût un vif désir de rendre visite ce soir-là ; mais il croyait son honneur engagé ; et quand ce motif n'aurait pas été suffisant, il n'osait courir le risque d'exciter chez lady Bellaston une fureur dont il la jugeait trop capable, et d'où pouvait résulter la découverte d'un mystère qu'il avait tant d'intérêt de cacher à Sophie.
L'esprit agité et mécontent, il fit plusieurs tours dans sa chambre ; comme il allait sortir, il en fut empêché, non par une nouvelle lettre, mais par l'arrivée de l'obligeante lady. Elle entra, les yeux égarés, ses vêtements en désordre, se jeta sur un fauteuil, et dès qu'elle eut repris haleine : « Vous le voyez, monsieur Jones, dit-elle, quand les femmes ont franchi certaines bornes, elles n'en connaissent plus aucune. Si l'on m'eût prédit, il y a huit jours, que je ferais une pareille démarche, je ne l'aurais pas cru possible.
- J'espère, répondit Jones, que ma charmante lady Bellaston n'aura pas moins de peine à se persuader qu'un homme si sensible à ses bienfaits puisse avoir des torts envers elle.
- Si sensible à mes bienfaits ! je n'attendais pas de M. Jones ce froid langage.
- Pardonnez-moi, chère milady, si après les lettres que j'ai reçues de vous? la crainte de votre colère? sans que j'aie su en quoi je l'ai méritée?
- Eh quoi ! reprit-elle en souriant, ai-je donc l'air si en colère ? lisez-vous sur mon visage l'expression du reproche ?
- Je n'ai rien fait, j'en jure par l'honneur, qui mérite votre colère. Vous vous souvenez du rendez-vous que vous m'aviez donné ; je m'y suis trouvé?
- Épargnez-moi de grâce un odieux récit. Répondez à une seule question, et je serai tranquille. Ne m'avez-vous pas déshonorée dans son esprit ? »
Jones tomba à ses genoux. Au moment où il commençait à protester de sa discrétion, Partridge entra dans la chambre en dansant, en sautant comme un homme ivre de joie. « Elle est trouvée ! monsieur ! elle est trouvée ! s'écria-t-il, elle est ici, oui ici ! mistress Honora monte l'escalier.
- Arrête-la un instant, dit Jones? Vous, madame, passez derrière le lit. Je n'ai pas de chambre, de cabinet, ni de lieu au monde où je puisse vous cacher. Ah ! le maudit contre-temps !
- Bien maudit en effet, » répéta lady Bellaston en passant derrière le lit, et aussitôt entra mistress Honora.
« Vive Dieu ! M. Jones, dit-elle, qu'y a-t-il donc ? votre coquin de valet ne voulait-il pas m'empêcher de monter ? Il n'a point ici, j'espère, la même raison qu'à Upton, pour m'interdire votre porte. Avouez que vous ne vous attendiez guère à me voir. Il faut que vous ayez ensorcelé ma maîtresse. La pauvre chère demoiselle ! je l'aime, je vous l'assure, comme si c'était ma propre soeur. Le ciel ait pitié de vous, si vous n'êtes pas pour elle un bon mari ! car, en ce cas, je ne connais point de châtiment dont vous ne soyez digne.
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