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La vierge d'Ivoire - Jean Féron

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      Présentation La Vierge D'ivoire de Jean Féron

       - eBook

      eBook - Jean Féron 08/11/2020
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Jean Féron
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 08/11/2020
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Liseuse, Android, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230004334989



    • LA VIERGE D'IVOIRE

      Amable Beaudoin fermait son restaurant entre onze heures et minuit tous les soirs, sauf les samedis, parce que ces jours-là on donnait à manger bien avant dans la nuit et souvent jusqu'aux petites heures du jour suivant, le dimanche. Car à cette époque, où les règlements n'avaient pas encore établi la fermeture de bonne heure, il se rencontrait toujours des pochards et des noctambules circulant sur la rue Notre-Dame et qui demandaient souvent à raffermir leur estomac.

      Mais ce jour-là, qui se trouvait le mardi comme nous l'avons dit déjà, les affaires n'avaient pas été éblouissantes au restaurant d'Amable Beaudoin, et dès les neuf heures du soir pas une âme humaine ne franchit la porte de l'établissement. À dix heures le restaurateur congédia sa cuisinière, verrouilla, fit sa caisse et monta à son logement où, chaque soir, la famille se trouvait réunie.

      Dans une grande salle, dont les fenêtres donnaient sur la rue Notre-Dame, la mère Beaudoin, ce soir-là, rapiéçait quelques lingeries, tandis qu'Eugénie, Clarisse et une troisième des filles d'Amable s'entretenaient à voix basse. Les autres fillettes étaient couchées. Mais dans un coin de la pièce, à demi assis sur un grabat et le dos appuyé contre une pile d'oreillers, on apercevait un adolescent au visage émacié et livide dans lequel brillaient deux grands yeux désorbités, immobiles et sans expression. Sans expression ? C'est peut-être trop dire : ces yeux-là semblaient garder sans cesse une expression d'étonnement. Il ne bougeait pas et ses mains longues et très maigres demeuraient inertes sur les couvertures qui le couvraient à demi.

      C'était le malade, c'était le paralytique. On l'appelait Adolphe.

      Quand le restaurateur parut, sa femme toujours souriante demanda avec empressement :

      ¿ La journée a-t-elle été bonne, Amable ?

      ¿ Oh ! comme ça. J'en ai connu de meilleures déjà.

      Il s'approcha du grabat, et, souriant avec une bonne tendresse paternelle, il demanda au malade :

      ¿ Et toi, Adolphe, comment vas-tu ?

      D'une voix à peine distincte et avec un air indifférent, le paralytique répondit :

      ¿ Comme coutume¿ pas mieux¿ pas mieux !

      ¿ Ça va revenir, mon garçon, faut pas se décourager.

      ¿ Il a beaucoup mieux mangé aujourd'hui, dit la mère en regardant son fils aîné avec une profonde tristesse dans son sourire et dans l'expression de ses regards fatigués.

      ¿ Oui ? répliqua Amable. Eh bien ! c'est bon signe.

      ¿ As-tu pris tes remèdes ? demanda Eugénie au malade.

      ¿ Oui, Énie¿ mais pas bons à prendre !

      ¿ Pourquoi ?

      ¿ Trop amers !

      ¿ C'est ce qu'il faut répliqua le père. Ces amers vont te donner l'appétit et tu redeviendras fort comme un homme.

      Le malade hocha faiblement la tête et continua de laisser ses regards flotter dans le vague.

      Amable Beaudoin alla s'asseoir près de sa femme et dit :

      ¿ Lénore, devine ce que j'ai reçu ce soir en payement d'un souper.

      Lénore était le diminutif de Éléonore.

      ¿ Pas une fortune, certain, hein ? Amable.

      ¿ Tu ne peux pas¿ non, vous ne pouvez pas vous imaginer vous autres non plus. Toi, Eugénie, peux-tu deviner, et toi, Clarisse ?

      Qu'est-ce que c'est qu'on vous a donné ? interrogea Clarisse qui avait remarqué Philippe Danjou pendant qu'il parlementait avec son père à la caisse du restaurant.

      ¿ Tenez, regardez !

      Et Amable, en exhibant la statuette, souriait.

      ¿ C'est une petite statue ! proféra la mère avec surprise.

      ¿ C'est vrai !

      ¿ Montrez donc, papa, fit Eugénie en se levant et s'approchant de son père.

      Elle prit la petite statue et l'examina curieusement.

      ¿ On dirait que c'est une vierge en ivoire ! murmura-t-elle, pensive, et en retournant la statuette de tous côtés.

      Clarisse et l'autre fille s'étaient réunies autour de leur soeur aînée et regardaient l'objet rare.

      ¿ Oui, déclara Clarisse, c'est une petite madone.

      ¿ Clarisse, c'est la Ste Vierge ! corrigea la mère que l'appellation « madone » ne satisfaisait pas.

      ¿ Dans tous les cas, reprit Clarisse, ça ne vaut pas grand-chose.

      ¿ Oh ! je sais bien, dit Amable, que ce n'est pas une fortune.

      ¿ Mais si c'était un talisman ! émit Eugénie.

      ¿ Ça se pourrait bien, car on ne sait jamais, répondit Amable.

      ¿ Qui t'a donné cela ? demanda la mère.

      ¿ C'est un jeune homme qui avait l'air bien misérable. Comme il n'avait pas d'argent et qu'il voulait manger et me promettait de me payer demain soir, en expliquant qu'il allait travailler demain chez M. Roussel de la rue Saint-Paul, je lui ai demandé de me donner quelque chose en garantie. Il m'a alors donné cette statuette.





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