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Scènes du jeune âge - Sophie Gay

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      Présentation Scènes Du Jeune Âge de Sophie Gay

       - eBook

      eBook - Sophie Gay 03/06/2021
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Sophie Gay
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 03/06/2021
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : iOS, Liseuse, Desktop, Windows, Android
    • ISBN : 1230004825166



    • TOME I et II

      Dans un château de la Normandie s'élevaient deux enfants, l'espoir, l'amour de leur famille : Albine et Ferdinand.

      La première, âgée de sept ans, avait déjà toutes les qualités qui en promettent de plus essentielles, et toutes les grâces qui suppléent même à la beauté ; enfin ses yeux, d'un bleu céleste, et ses beaux cheveux blonds bouclés, lui donnaient l'air d'un ange ; seulement, comme on avait le tort de vanter trop souvent devant elle ses agréments et ses qualités, elle les exagérait parfois. C'est un travers que les grandes personnes les plus spirituelles ont beaucoup de peine à éviter. Celles dont on vante la taille fine se font serrer dans leur corset à en perdre la respiration ; celles dont on admire les dents perlées rient sans cesse et se donnent l'air imbécile ; celles dont on vante l'ordre deviennent avares ; et celles dont on exalte la générosité jettent leur argent par la fenêtre.

      C'est dans ce dernier tort que tombait ordinairement la gentille Albine : on avait si souvent raconté que les pauvres ne l'imploraient jamais en vain, qu'elle leur donnait tout ce qu'elle avait dans le petit sac qu'elle emportait à la messe. Ses bonnes amies trouvaient-elles sa poupée jolie, ses joujoux plus amusants que les leurs, aussitôt elle leur en faisait présent ; il en était quelquefois autant de ses robes et des bijoux que lui donnait sa famille. Sa montre, par exemple, avait passé dans les mains de la petite Célina, qu'Albine venait de trouver en larmes parce qu'elle avait cassé la sienne.

      ? Ne pleure pas, avait-elle dit ; prends celle-ci. Ta maman ne s'apercevra pas du changement, et tu ne seras point grondée ; seulement allons cacher dans un coin du jardin tous ces morceaux rompus, pour qu'on ne sache pas le malheur qui vient de t'arriver.

      Et la voilà aidant Célina à enterrer les débris de sa montre, débris d'une valeur réelle, puisqu'ils étaient en or.

      La bonne de Célina, qui les a entendues de la chambre à côté, raconte le trait à tout le monde. Mad. de Rosanne s'empresse d'acheter une montre encore plus jolie, pour récompenser la générosité de sa fille ; et la mère de Célina, voulant aussi témoigner sa reconnaissance du riche présent fait à la sienne, donne à Albine une chaîne émaillée et un album rempli des plus belles images.

      Ainsi Albine, loin d'éprouver la moindre privation, par suite de son excès de générosité, y gagna quelque chose de plus et de mieux. Ce n'était pas le moyen de lui en montrer l'inconvénient.

      Ferdinand, élevé à la mode du jour, dans des principes contraires, savait déjà qu'on n'arrive à rien sans argent ; et le désir de faire fortune, pour rendre à son père celle qu'il avait perdue par l'effet des révolutions, le rendait calculateur, à un âge où l'on ne sait ordinairement que dépenser.

      ? Avec ta manie de ne jamais garder un sou, disait-il à sa petite amie, tu verras que tu seras un jour bien embarrassée : car il arrive toujours quelque événement où l'argent est nécessaire.

      ? Eh bien ! j'en demanderai à maman, répondit-elle.

      ? C'est bon ; mais, à force d'en demander à ta mère pour contenter tous tes caprices, elle n'en aura plus elle-même à te donner. D'ailleurs mon père dit que, pour l'emploi que tu en fais, il vaudrait bien mieux qu'elle ne t'en donnât pas du tout.

      ? Belle idée vraiment, et qui réjouirait bien les gens de la maison !

      ? Ma foi oui ; s'ils étaient raisonnables, ils s'en réjouiraient, reprit Ferdinand : car tu as déjà manqué les faire mettre plus d'une fois à la porte, avec tes générosités. Ces cinq francs que tu as donnés pour boire l'autre soir au cocher lui ont servi à si bien se griser qu'il a pensé nous verser en sortant du Vaudeville ; et tout cet argent que tu as donné à ta bonne pour aller à Franconi avec sa famille, pendant que ta maman était sortie, crois-tu qu'il ait été mieux employé ? Ta mère voulait chasser la pauvre fille pour t'avoir laissée seule ; c'est toi qui l'as fait gronder. Va, je sais fort bien que tu m'appelles un sermonneur, un grippe-sou, quand je te parle ainsi ; mais je te répète ce que dit mon père : « Qui ne sait pas garder ne sait pas donner. »

      ? Quand j'aurai neuf ans comme toi, je serai ménagère ; d'ici là, je ne manquerai de rien : ainsi laisse-moi tranquille.

      Et Albine vola vers la marchande de bouquets qui passait dans la grande allée des Tuileries, et elle acheta ce qui lui restait de bouquets de violettes pour les distribuer à toutes les petites filles qui jouaient autour d'elle.

      Après une foule de dépenses de ce genre, Albine, qui en méditait encore beaucoup d'autres, vint trouver Ferdinand :

      ? Je n'ai plus d'argent, lui dit-elle un jour ; je ne sais plus comment faire. Ne pourrais-tu pas, Ferdinand, en demander à ton père, et me le prêter ?

      ? À mon père ? vraiment non. Il s'est arrangé pour ne jamais m'en donner ; et cependant, si tu peux attendre, j'en aurai dans quinze jours à ta disposition.

      ? Où le trouveras-tu ?





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