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Restons chez nous - DAMASE POTVIN

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      Présentation Restons Chez Nous de DAMASE POTVIN

       - eBook

      eBook - Damase Potvin 25/01/2014
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : DAMASE POTVIN
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 25/01/2014
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Liseuse, Android, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230000212923



    • UN clair matin de fin de septembre : c'est l'exorde d'un beau jour de prime automne, un de ces jours si limpides, si trompeurs dans leur joie ensoleillée.

      Toute la campagne s'éveille dans l'aube naissante ; une impression de commencement rose et de fraîche aurore se dégage de tout. Des buées légères montent en se disloquant dans un ciel immuablement bleu : elles disparaissent vite, car le soleil qui vient de surgir là-bas, du côté des Laurentides, les perce de ses lumineuses flèches¿ Et alors des caresses de lumière courent sur la prairie, des feux rougeâtres embrasent le champ de chaume, où les arbres de la forêt qui le bordent, allongent de grandes ombres jusqu'à la ferme, blanche et coquette, qui se dresse au bord de la route descendant au village¿ Une légère brise vient de s'élever, qui monte à la cime des arbres dont elle fait trembler les feuilles humides et secoue les perles de rosée qui scintillent à la pointe des herbes ; elle chante dans le feuillage et s'unit au chant d'un oiseau qui, la voix ensommeillée, murmure sur son rameau de sapin, quelque chose de très doux¿

      Mais ni la chanson de l'oiseau, ni celle de la brise dans les feuilles, ni même les notes de l'angelus du matin qui, là-bas, de l'autre côté du bois s'égrènent, légères et joyeuses dans la campagne ajourée, ne peuvent distraire ses pensées dans lesquelles il semble absorbé, un jeune homme de vingt ans, robuste, bien fait, qui, depuis près d'une heure, se tient debout, appuyé à l'une des fenêtres de la ferme qui donne sur le jardin. C'est en vain aussi que le parfum de la vieille terre, fraîchement remuée, l'odor agri, monte vers lui. Et pourtant, ces senteurs de la grande nature, dont l'ensemble est si pénétrant et si subtile, l'homme les reconnaît et s'y plonge tout entier.

      Mais ce matin-là, notre jeune homme préférait s'absorber dans de noires méditations et toute cette féerie de la nature, tous les mille objets qui la composent l'invitaient en vain à prendre part au concert d'amour et de reconnaissance au Dieu bon, leur créateur.

      Un autre objet eut cependant le don de captiver bientôt son attention. La porte de la ferme du voisin d'en face s'ouvrit, et il en vit sortir une jeune femme encapuchonnée d'un tablier à carreaux bleus et qui portait deux seaux suspendus à chaque bras. Malgré son vêtement, il n'eut pas de peine à la reconnaître ; c'était la fille du voisin, le père François Morin, l'unique héritière de cette belle ferme. Pour lui donner un titre qui sonne mieux aux oreilles de notre jeune homme : c'était sa fiancée.

      Elle avait dix-neuf ans et s'appelait Jeanne.

      Après avoir traversé le jardin, en cueillant au passage un géranium qu'elle jeta aussitôt dans l'air avec toute l'insouciance d'un enfant, elle franchit la barrière et, légère, joyeuse, telle Perrette de Lafontaine, s'élança à travers la prairie en chantant à tue-tête :

      Un canadien errant
      Banni de ses foyers
      Parcourait en pleurant
      Les pays étrangers.

      Dix minutes de marche dans la rosée, au milieu des parfums et des chants d'oiseaux, et la jeune fille arriva à la lisière du bois où paissait un troupeau de huit vaches, belles et grasses, qui regardaient venir leur maîtresse de leurs gros yeux mélancoliques.

      « Bonjour Caillette, bonjour Rougette¿ et toi, la Bleue ; il faut que vous me donniez beaucoup, beaucoup de lait, ce matin ; entendez-vous, tout plein mes seaux¿ Brrr ! voilà l'hiver qui va bientôt nous arriver, les fromageries vont fermer leurs portes, et il nous faut retirer encore une bonne paye, une bonne¿ Savez-vous bien que papa m'a promis, si la saison était bonne, qu'il m'achèterait, pour mes étrennes, un joli manteau de fourrure, bien doux et bien chaud ; oh ! le joli manteau¿ ce sera, en même temps, mon cadeau de noce, ou plutôt, de fiançailles, car nous devons nous marier, Paul et moi, au printemps seulement¿ à moins qu'il ait encore l'idée de partir, ce grand bêta de Paul¿ en a-t-il un air depuis quelque temps : seul, rêveur, taciturne, pas un sourire, lui si jovial jadis ; jamais plus un de ces bons mots qui me faisaient tant rire¿ Toujours ces idées de départ dans la tête ; pauvre Paul, et c'est que je l'aime¿ sûrement qu'il resterait toujours, toujours, s'il savait combien je l'aime !¿ Quant à mon manteau de fourrure, je ne le mettrai que le dimanche, quand il fera bien beau et que nous sortirons ensemble, Paul et moi¿ mais s'il doit partir, lui, oh ! ce qu'il me fait souffrir ce Paul, avec ces idées-là¿

      Et pendant que la jeune fille monologuait de la sorte, ses mains allaient d'un trayon à l'autre, faisant jaillir à filets pressés, le lait blanc et crémeux dans le seau qui montait, montait¿ Tandis que Caillette, Rougette et la Bleue, qui se souciaient fort peu du futur manteau de fourrure, de Paul et de son prochain départ, qui auraient même préféré une touffe d'herbe fine et grasse, continuaient mélancoliquement de mâchonner leur éternelle chique.





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