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De Stéphane Mallarmé au prophète Ezéchiel - Édouard Dujardin

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      Avis sur De Stéphane Mallarmé Au Prophète Ezéchiel de Édouard Dujardin - eBook

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      Présentation De Stéphane Mallarmé Au Prophète Ezéchiel de Édouard Dujardin

       - eBook

      eBook - Édouard Dujardin 18/06/2020
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Édouard Dujardin
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 18/06/2020
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : iOS, Liseuse, Android, Desktop, Windows
    • ISBN : 1230003982822



    • Je ne prétends aucunement à vous présenter, même succinctement, une étude sur la vie et sur l'oeuvre de Stéphane Mallarmé[1]. Il a plu à Mallarmé de vivre une vie cachée, et jamais la popularité n'est venue à quelqu'un qui l'ait moins cherchée.

      Mallarmé est né à Paris, en 1842 ; tout le monde sait qu'il fut professeur d'anglais, en province d'abord, à Tournon, à Besançon, à Avignon, puis à Paris. Il demanda le pain quotidien à ce métier, à ce pénible métier, plutôt qu'à son art. Quel exemple et quelle leçon ! Ceux qui le connurent savent pourtant quelle délivrance ce fut pour lui de prendre sa retraite et avec quelle joie il se retira dans sa petite maison de Valvins, au bord de la Seine, à l'orée de cette belle forêt de Fontainebleau qu'il aima d'un profond et durable amour, et où j'eus l'insigne bonheur d'être son voisin.

      Mais je ne veux ici que préciser en quoi il a été et demeure le maître de ceux qui l'ont écouté et de celui qui se glorifie d'avoir été parmi les plus pieux de ses disciples.

      L'influence de Mallarmé s'est exercée en premier lieu par l'oeuvre qu'il n'a pas écrite ; je veux dire l'oeuvre de sa vie, l'exemple qu'il a donné aux poètes qui l'ont entouré et aux poètes de tous les temps, l'amour filial qu'il a inspiré, le souvenir impérissable qu'il a laissé à ceux qui l'ont connu, et qui se transmettra par eux, d'âge en âge, je l'atteste.

      Le nom de Mallarmé évoque, en effet, les noms de certains grands penseurs comme Socrate ou, mieux encore, de ces fondateurs de religions qui vivent par le souvenir indéfiniment perpétué dans le coeur de leurs disciples, plus encore que par les oeuvres écrites.

      Ceux que l'on a appelés les « Poètes des Mardis de Mallarmé », ce sont ceux qui, pendant de longues années, ? à l'époque où ils étaient des jeunes gens, ? fréquentèrent les mardis de la rue de Rome, où habitait le maître.

      On les a souvent racontés, ces mardis où nous nous retrouvions assidûment autour du maître aimé. Je ne saurais mieux faire que d'en cueillir des échos chez quelques-uns d'entre nous.

      Le souvenir des soirées de la rue de Rome, a écrit Bernard Lazare, restera toujours dans la mémoire de ceux que Stéphane Mallarmé admit auprès de lui, dans ce salon discrètement éclairé, auquel des coins de pénombre donnaient un aspect de temple ou plutôt d'oratoire? À ces auditeurs fidèles, Mallarmé se révélait d'une séduction infinie, soit qu'il se plût à dire une anecdote, soit qu'il s'oubliât à rappeler des amis chers et disparus, soit qu'il exposât de séduisantes et hautaines doctrines sur la poésie et sur l'art [2].

      Car ce fut un des secrets de Mallarmé, que de toujours entremêler dans sa conversation l'anecdote familière et les plus hautes théories métaphysiques.

      La causerie naissait vite, écrivait à son tour Albert Mockel. Sans pose, avec des silences, elle allait d'elle-même aux régions élevées que visite la méditation. Un geste léger commentait ou venait souligner ; on suivait le beau regard, doux comme celui d'un frère aîné, finement sourieur, mais profond, et où il y avait parfois une mystérieuse solennité. Nous passions là des heures inoubliables, les meilleures sans doute que nous connaîtrons jamais ; nous y assistions, parmi toutes les grâces et toutes les séductions de la parole, à ce culte désintéressé des idées qui est la joie religieuse de l'esprit [3].

      Sous une forme romanesque, qui m'empêche de les citer, Camille Mauclair, dans le Soleil des Morts, a donné de ces soirées des tableaux d'une admirable pénétration ; lisez-les, ou plutôt relisez-les, car je pense qu'il n'est ici personne qui ne les connaisse [4].

      Voici enfin l'une des nombreuses et très belles pages qu'Henri de Régnier a consacrées au maître aimé :

      C?est entre ces humbles murs, à certains soirs de fête spirituelle, que furent dites les choses les plus fines et les plus fortes sur la vie, l'art et la poésie qui est leur rencontre réciproque. Nous y entendîmes se formuler des paroles précieuses, en ses thèmes fondamentaux et ses arabesques accessoires, pour quelques auditeurs qui en entrevirent la merveille, une des plus hautes, des plus belles et des plus extraordinaires rêveries humaines. Instants, hélas ! sans retour, que n'oublieront pas ceux qui ont assisté à ce mémorable spectacle nocturne, à cette auguste consultation d'un homme par lui-même, aux débats de son anxiété ou à l'extase de sa certitude.

      Un silence ; puis le geste hiératique devenait familier ; l'esquisse merveilleuse s'éparpillait en croquis légers ; la haute théorie s'enguirlandait d'anecdotes charmantes qui, exquises dans leur grâce ou plaisantes en leur malice, valaient un rire juste et sobre [5].

      Je parlais tout à l'heure des fondateurs de religions ; vous en connaissez l'histoire, presque toujours la même ; le maître disparu, on se disperse ; les uns édifient des petites chapelles ; les autres s'isolent ; les autres se mêlent à la foule. Mais la religion nouvelle reste pourtant vivante. Pourquoi cela ? Parce qu'entre tous les disciples il subsiste ce lien, le souvenir du maître. Les jeunes religions n'ont pas d'autre unité.

      Un poète français, dont je parlerai tout à l'heure, mais dont je préfère ne pas rappeler le nom à cette occasion, écrivait en 1917, dans un journal suisse, que Mallarmé avait été un poète de l'art pour l'art? Quelle erreur ! Quelle méconnaissance ! Quelle affreuse ingratitude ! L'homme qui a dit cela n'a qu'une excuse : il n'a pas connu Mallarmé.

      L'influence de Mallarmé a été avant tout, une influence morale, parce qu'il a enseigné aux jeunes poètes le respect de leur art et parce que sa vie même a été le plus saint exemple d'une vie consacrée à l'art : mais l'influence de Mallarmé a été littéraire aussi, ? littéraire dans la plus haute acception du mot, ? parce qu'il nous a appris à penser en même temps qu'à exprimer notre pensée. Mallarmé a appris aux poètes de ma génération ceci : que les choses ne comptaient que par leur signification symbolique, et c'est en cela qu'il est vraiment le père du symbolisme.

      Idéalisme. ? Les écrivains naturalistes, Zola en tête, les parnassiens, avec Leconte de Lisle, quel qu'ait pu être leur talent, leur génie même, avaient établi, en littérature, le règne du matérialisme. Pour les romanciers naturalistes, pour les poètes parnassiens, les choses n'ont que leur intérêt propre ; la vie d'un Rougon-Maquart, par exemple, telle ou telle évocation des Poèmes Antiques ou des Poèmes Barbares n'ont d'autre but que de raconter ou de décrire ces réalités.

      Je ne dis pas que ce but n'a pas sa beauté, ni même sa grandeur ; mais il ne saurait satisfaire les besoins de l'âme humaine. Et la gloire de Stéphane Mallarmé aura été d'enseigner que les réalités matérielles sont encore les signes, les symboles d'autres réalités d'un ordre supérieur, de l'ordre idéal.

      Le mot idéalisme a plusieurs sens, dont deux principaux :

      L'un, le sens courant, bourgeois ; quand, par exemple, on parle de l'idéalisme de M. Wilson.

      L'autre, le sens philosophique ; et pour ne pas tomber dans la métaphysique, je citerai cette définition de l'un des plus clairs des esprits français, Remy de Gourmont. Voici ce qu'il écrit, touchant précisément le mouvement symboliste :





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