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Les Lauriers sont coupés - Édouard Dujardin

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      Avis sur Les Lauriers Sont Coupés de Édouard Dujardin - eBook

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      Présentation Les Lauriers Sont Coupés de Édouard Dujardin

       - eBook

      eBook - Édouard Dujardin 16/06/2020
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Édouard Dujardin
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 16/06/2020
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Liseuse, iOS, Android, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230003978740



    • Puisque je n'ai rien dont m'occuper, examinons un peu, mais sérieusement, ce que je dois faire ce soir chez Léa ; évidemment, demeurer avec elle jusqu'à minuit ou une heure, puis m'en aller ; le nécessaire est qu'elle comprenne la raison d'une telle conduite ; ah, que c'est difficile à expliquer !? En cette chambre je suis mal ; allons dans le salon ; debout ; les bougies sur le bureau ; je n'ai qu'à me promener de long en large dans le salon, devant la cheminée, les deux fenêtres ; tirons les rideaux ; dans le salon, nonchalamment, de long en large. Que songé-je ? C'est très ennuyeux, quand je veux réfléchir quelque chose, que je parte aussi tôt en des divagations. Il faut pourtant que je sache ce que je ferai ce soir ; je ne puis laisser tout au hasard ; mon devoir est d'exposer à Léa? D'abord m'est nécessaire l'occasion de partir spontanément ; déjà, plusieurs fois, comme elle ne me disait pas que je reste, je semblais, m'en allant, être mis gentiment à la porte. Ce soir, elle consentira peut-être à ce que je reste ; admettons qu'elle consente ; alors je lui dirai que sans doute mieux nous vaut que je la quitte ; pourquoi resterais-je, si elle ne m'aime pas assez pour me retenir de son plein gré ? Ainsi lui répondrai-je. C'est difficile ; je ne sais comment je réussirai ; elle sera stupéfaite ; elle me regardera de ses grands yeux exagérément ébahis et railleusement à demi ; comme le jour où j'ai voulu la gronder ; avec ses façons alertes d'aller, de venir, ses petits gestes tour-à-tour rapides et paresseux ; le jour aussi où elle a jeté son chapeau dans la jardinière ; son chapeau gris de perle ; elle s'est mise à rire, à rire ; la folle? Suis-je distrait ! je n'arriverai jamais à fixer mon esprit sur un point ; c'est à en désespérer. Si j'écrivais ? L'inspiration est bonne ; je vais faire un petit plan écrit de ce que je dois lui dire ; cela sert au moins à déterminer les idées. Je m'assieds ; le buvard, du papier, l'encrier, le porte-plume ; la plume paraît suffisante ; très bien. En face de moi, la tenture de soie chinoise ; les fleurs vagues, blanches, des soieries chinoises, où surnage la lente cigogne au bec monté ; la soie noire, très lisse, où le blanc des broderies ; sur le buvard, du papier ; c'est cela ; écrivons? Que me disait-elle en sa récente lettre ? je devrais d'abord relire cette lettre ; j'ai là ses lettres ; voyons. Dans le tiroir, le paquet de lettres, serré en un carton ; voici l'entière correspondance, ses lettres et le brouillon des miennes. Son premier billet.

      « Monsieur,

      » Il m'est complètement impossible d'accepter ce soir votre aimable invitation. Si vous voulez la remettre à demain, je serai libre.

      » Je vous salue. »

      Cela est du soir où je pensais l'emmener souper ; je l'avais été voir la veille pour la première fois ; c'est quand, à minuit, j'ai été la demander chez le concierge du théâtre, qu'on m'a remis ce billet. Et le jour suivant ? c'est le jour suivant que chez ce concierge elle m'a envoyé promener ! Voici son second billet, de quinze jours plus tard.

      « Monsieur,

      » Je vous suis bien reconnaissante du service que vous avez eu la gracieuseté .......... »

      J'étais retourné rue Stévens. Quand on a entrepris quelque chose, on répugne si fort à renoncer brusquement ; j'avais fait des démarches, donné des pour-boire, écrit ; je ne pouvais vraiment pas en demeurer là, tout abandonner, n'y plus penser. Louise, alors, était sa femme-de-chambre ; que de louis j'ai dû lui donner, à cette grosse fille ; pendant ces deux semaines d'absence de Léa, je n'ai plus vu, rue Stévens, qu'elle, l'excellente Louise. Et puis cette histoire ; mademoiselle d'Arsay échouée en Champagne, je ne sais plus où, sans argent ; le matin j'avais reçu de mon père mes six cents francs ; ce fut instinctif ; un désir d'étonner, d'éblouir, d'être admirable ; une folie pourtant ; donner ainsi trois francs ; pour une femme deux fois aperçue et qui m'avait mis à la porte ; un beau mouvement, certes, mais qui me liait. C'est alors qu'elle m'a écrit son second billet.

      « ? Je vous suis bien reconnaissante du service que vous avez eu la gracieuseté de me rendre. Si j'avais su plus tôt que vous étiez l'auteur de cette complaisance je vous aurais remercié de suite .......... »

      Elle avait écrit « plus tôt » et a surchargé « de suite ».

      « ? Mais je n'ai été informée de votre bonté que depuis peu de temps. Je m'empresse de vous dire que je serai de retour à Paris mercredi soir et que si vous voulez me faire l'amabilité de venir me voir jeudi dans l'après-midi vers les quatre heures, vous serez le bien venu. En attendant le plaisir de vous voir, je vous serre amicalement la main.

      » Léa d'Arsay. »

      Ce carnet ?? oui. J'avais eu l'idée d'écrire jour par jour, en résumé, la suite de mes relations avec cette femme ; j'ai eu tort de ne pas persévérer ; ce serait devenu intéressant ; c'est déjà curieux, ce mémento de trois semaines ; les semaines précisément d'après la rentrée de Léa à Paris ; les trois premières semaines de notre liaison ; en effet cela commence le jeudi lendemain de son retour.

      « Jeudi 27 janvier : ? Quatre heures ; je vais rue Stévens ; Léa me reçoit ; toilette blanche ; elle me parle de ses ennuis, le terme non encore payé ; j'offre lui apporter, à minuit, deux cents francs ; convenu.

      » Minuit ; elle revient du théâtre avec sa mère ; me reçoit dans sa chambre ; d'abord peu aimable ; je donne les deux cents francs ; elle ne me veut pas garder ; indisposée ; devient plus aimable ; je reste un quart d'heure? »

      Véritablement, puisque j'avais commencé, je devais continuer ; j'avais d'ailleurs sujet de croire que ce nouveau, ce dernier don triompherait de toutes difficultés ; je ne pouvais guère agir autrement, ni perdre, par un refus, l'effet de mes munificences premières.

      « Vendredi 28 janvier : ? J'envoie des lilas blancs.

      » Samedi 29 janvier : ? Je crois l'apercevoir, dans une voiture, rue des Martyrs ; j'arrive rue Stévens ; Louise me dit qu'elle est allée dîner en ville ; je promets que je viendrai le lendemain à une heure.

      » Dimanche 30 janvier : ? Une heure, rue Stévens ; Louise me dit qu'elle est allée à la campagne pour plusieurs jours ; sa mère l'y a forcée ; elle est tenue très durement ; je me montre mécontent ; j'annonce que je quitte Paris une semaine ; je m'informe de la rente que faisait précédemment le consul ; cinq cents francs par mois, plus la toilette et les cadeaux.





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