Gaspard - René Benjamin
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Présentation Gaspard de René Benjamin
- eBookC'était la grande semaine d'Août 1914, où chaque ville de chaque province offrit un régiment à la France. A¿, chef-lieu de terre normande, eut le sien, comme les autres, à assembler et à équiper.
Ses maisons et leurs habitants n'ont pourtant rien de guerrier. Race avant tout pratique. Vous lisez clairement dans tous les yeux que deux et deux font quatre, dans certains le regret que deux et deux ne fassent cinq. Mais dans aucun vous ne voyez briller le désir vibrant de sonner la charge. Les casernes se cachent ; on ne les trouve pas seul : il faut qu'un soldat vous mène. La première est un antique couvent, dans un cul-de-sac. Et la seconde, du siècle dernier, est dans un autre cul-de-sac. Quand les quartiers sont consignés, que les rues sont vides, les gens chez eux, ¿ l'été, vers deux heures, ¿ lorsque la ville somnole et que les nuages glissent lentement, on aurait peine à croire que de A¿ il pût sortir un vrai régiment, solide et discipliné, qui marche en cadence, avec un bruit de baïonnettes et de souliers ferrés.
Et pourtant, ce miracle s'est accompli.
On vit d'abord les boutiquiers sur leurs portes. M. Romarin, le coiffeur de la Grand'Rue, sortit le premier. Le bras en l'air, comme s'il agitait un drapeau, il fit signe à l'épicier, M. Clopurte, qu'il partait. M. Clopurte partait aussi, mais moins ardent que le coiffeur, il préféra se réserver. Sait-on jamais ? On venait de coller sur les murs une consolation du Président de la République : « Citoyens, la mobilisation n'est pas la guerre¿ »
¿ Non ! C'est histoire de secouer ses puces, dit avec un rire méchant le premier clerc d'avoué de Maître Farce qui, lui, semblait nerveux.
Il traversait la place d'Armes, sortant du Palais de Justice, et il venait de rencontrer M. Fosse, le marchand de nouveautés.
¿ Ça vous sourit, à vous, d'aller vous faire estourbir ?
M. Fosse, un peu pâle, avait la gorge sèche. Il balbutia :
¿ Dame, que voulez-vous¿
Ces quatre hommes, sans s'en douter, représentaient assez bien quatre formes de pensées, qui étaient les plus répandues à cette heure dramatique dans les cerveaux de A¿
L'un, juvénile et flambant, criait : « Vive la France ! » Il pensait à des Alsaciennes de cartes postales, et il avait une mèche blonde qui dansait sur son front.
M. Clopurte, lui, était chauve et maigre : crâne plus lisse que ses bougies ; corps plus sec que ses balais. Il dévisageait la Guerre comme une nouvelle pratique et, en calculateur, il s'arrangeait d'avance avec elle. M. Clopurte, c'était l'espérance muette au seuil d'une épicerie.
Chez le premier clerc, au contraire, écroulement général. Un vrai coeur-château de cartes. Seulement, il s'ébrouait, ricanait, cherchait du secours ; et, trouvant M. Fosse, il songeait, les nerfs crispés, à sa vendeuse Mademoiselle Romance, qui commençait de lui accorder des rendez-vous le dimanche, sur les bords de la rivière. Il se disait fébrilement : « Adieu les amours !¿ Guerre¿ batailles¿ la mort¿ » Si jeune ! Il en avait des frissons.
Tandis que M. Fosse, lui, nourrissait un sentiment du devoir contre lequel il n'y avait pas à se rebiffer. Né d'un percepteur, d'un homme qui avait usé sa vie à vérifier des additions, pour M. Fosse, une date fatale c'était un compte qui tombe juste. « Deux Août : mobilisation », cela s'imposait à lui et il en pâlissait, mais sans acrimonie.
La moitié de A¿ pensait comme ces quatre hommes ; l'autre moitié ne pensait pas.
N'importe : la soirée était belle. Le soleil baissant, les toits devenaient roses. Un rayonnement heureux caressait les maisons. Le bleu du ciel, en s'allégeant, donnait des ailes à la soirée ; et il y avait des promesses dans la tiédeur de l'air.
Le lendemain, on vit s'en venir les gars des champs. En carrioles, par le train, sur des vélos, à pied, ¿ tous les jeunes hommes des fermes à dix lieues à la ronde. Ils marchaient pesamment, et ils sentaient l'étable. Leur baluchon dans un mouchoir, souliers à clous, pantalons-damiers, chapeaux mous, gilets à manches. C'étaient les « terreux », une toute autre race que les gens de petite ville. Ils avaient laissé leurs pommiers, leurs bestiaux et leurs femmes, et ils s'en venaient gourds et surpris, mais de se revoir les éveillait :
¿ Tia ! l'gars Pinceloup ! Ah ! c'te vieille vache !
¿ Ça va, mon gars ? Tu viens t'faire tuer ?
¿ Dame, ça s'peut ben. Personne ne sait ren.
¿ Ça ne sent pas bon pour la fanfare.
¿ C'est pus la chasse ; on est gibier.
¿ Gibier, mon gars, les aut' aussi.
¿ Oh, ça c'est sûr. L'mieux c'est de s'en foute !
¿ D'autant que tout ça vaut point l'amour.
¿ Eune tite fille ben pommelée, qu'on en ait plein les mains.
¿ T'occupe pas. Par là-bas on trouvera ben d'quoi faire !
Et ils riaient, navigant d'un trottoir à l'autre, dans les rues trop étroites pour leurs pieds campagnards. Solides, ils représentaient une force. A¿., en les recevant, prenait du caractère. On comprenait soudain la dureté du pavé. Chef-lieu de province musclée et têtue, préfecture loin de la frontière, bien portante, en bon air, sans fièvre mais sans génie, prudente, méfiante, et comptant tout son monde, homme par homme, pour pouvoir se plaindre au retour de ce qui manquerait.
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