L'Héritier de Redclyffe - Charlotte Mary Yonge
- Format eBook: Epub2 Voir le descriptif
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Avis sur L'héritier De Redclyffe de Charlotte Mary Yonge - eBook
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Présentation L'héritier De Redclyffe de Charlotte Mary Yonge
- eBookTome II
Amable s'éveilla avec un sentiment de paix et de bonheur tel qu'elle fut longtemps sans oser l'approfondir ; elle sentait qu'il n'y avait plus de nuages et cela lui suffisait.
Sa mère entra dans sa chambre, lui raconta les principaux faits et descendit avec elle. Elles s'arrêtèrent un moment dans la chambre de Charles, qui ne se levait qu'après le déjeuner. Il prit la main de sa soeur, qu'il regarda affectueusement. Mais, voyant la rougeur de la pauvre fille, il la laissa aller sans rien dire.
Le déjeuner fut assez silencieux, quoique chacun se sentît heureux. Charlotte elle-même était plus calme que d'habitude, et l'on répondait aux plaisanteries de M. Edmonstone sans entrer dans sa gaieté. Walter allait et venait sans cesse pour servir Charles, ce qui interrompait la conversation. Ainsi, le seul fait qu'on éclaircit fut l'arrivée tardive de ces messieurs la veille au soir. M. Edmonstone avait cru que Walter, comme Philippe, l'avertirait quand ce serait le moment de partir, et Walter, voulant modérer son impatience, avait laissé passer l'heure pour ne pas la devancer.
Madame Edmonstone se dit à elle-même qu'il pourrait disputer à Amy le prix de la patience. La seule différence était que cette vertu était facile et naturelle à la jeune fille, tandis que Walter n'y parvenait qu'avec effort.
Comme on se levait de table, Walter s'approcha d'Amy, que, jusque-là, il avait à peine osé regarder, et lui dit bien bas :
? Pourrais-je vous parler un moment ?
Amy rougit, et sa mère ayant indiqué le salon, elle s'y rendit avec Walter. Elle n'essaya pas de cacher son embarras en jouant avec les fleurs de la cheminée, ou avec ses bagues ; mais elle s'assit, les mains jointes et la tête baissée, prête à écouter ce qu'il avait à dire.
Il garda le silence un moment, et s'approchant d'elle enfin :
? Amable, dit-il, je voudrais que vous réfléchissiez mûrement, avant de décider s'il est vraiment désirable pour vous?
Elle releva la tête et fixa sur lui ses grands yeux bleus étonnés. Il continua :
? Jusqu'ici je ne vous ai causé que des chagrins. L'intérêt même que vous vouliez bien prendre à mon sort a été une source de souffrances pour vous. Est-il juste qu'une jeune fille si digne d'être heureuse lie son sort à celui d'un homme capable d'attirer le malheur sur lui et les siens ? Réfléchissez-y bien ; vous êtes encore libre, puisque personne ne connaît notre engagement. D'ailleurs c'est moi qui serais seul blâmé ! Ainsi, je vous le répète, Amy, réfléchissez avant que de risquer votre bonheur.
? Pour ce qui est de mon bonheur, répondit Amy, il dépend du vôtre. Je m'intéresserai toujours trop vivement à vous, pour être heureuse si vous ne l'êtes pas? pour être heureuse sans vous ! À ces mots elle baissa les yeux, qu'elle avait levés sur lui en commençant sa phrase.
? Mon Amy ! Ma Verena !? Et il saisit sa main en s'asseyant auprès d'elle. Au plus fort de mon malheur je sentais que vous m'aimiez, et cependant je puis à peine le croire à présent.
? Walter, répondit Amy en le regardant d'un air résolu, ne me prenez pas pour plus que je ne vaux. Il faut aussi que je vous avertisse. J'aurais dû le faire la dernière fois ; je ne l'ai pu : j'étais si heureuse, si confuse ! Mais il y a longtemps de cela, et j'ai pu réfléchir beaucoup pendant ce triste hiver. Je sais, et vous savez aussi, que je suis fort peu raisonnable et très enfant. Charles et vous, vous avez fait tout votre possible pour m'instruire et me développer, mais je sens très bien que je ne serai jamais une de ces femmes supérieures et distinguées que tout le monde admire.
? Le ciel vous en préserve ! s'écria Walter, effrayé peut-être par ses souvenirs de Saint-Mildred.
? Mais, continua-t-elle, je désire sérieusement me corriger de mes défauts, qui sont nombreux. Vous m'avez déjà donné un bon exemple, en m'apprenant à supporter les contrariétés de la vie ; ainsi? Elle sourit à travers quelques larmes. Si vous voulez vous contenter d'une petite personne bien ordinaire, ce n'est pas ma faute, et l'on tâchera d'en tirer le meilleur parti possible. Seulement, Walter, ne me dites plus que je pourrais être heureuse sans vous. J'aimerais mieux partager tous vos malheurs, si seulement ma faiblesse ne les aggrave pas.
? Encore un mot, chère Amable ; je ne veux pas que vous ignoriez la violence de mon caractère, avant que vous vous donniez à moi. Amy, mes premiers sentiments à l'égard de Philippe ont été des pensées de meurtre !
Elle leva les yeux, et vit qu'il parlait sérieusement.
? Votre premier sentiment, murmura-t-elle, mais non pas le second !
? Oui, le premier, le second, le troisième ! Il y a eu un moment où j'aurais vendu mon âme pour me venger !
? Un moment !
? Un moment, grâce au ciel ! et dès lors je ne suis pas retombé si bas. J'espère n'avoir pas souffert tout à fait en vain ; mais, si une telle tentation m'a trouvé si peu sur mes gardes, une autre ne pourra-t-elle pas me vaincre, quoique je prie Dieu que cela n'arrive plus ?
? Puisque vous êtes sorti victorieux d'une première épreuve, il en sera de même à la seconde.
? Et je suppose que je sois jamais assez fou pour me fâcher contre vous ?
Amy sourit ouvertement cette fois.
? C'est que je l'aurais sans doute mérité, dit-elle. Maman pense, et je suis de son avis, qu'il y a plus de sécurité avec un caractère comme le vôtre, dont vous combattez les défauts par un principe religieux, qu'avec bien des hommes d'un naturel doux, et qui sont patients sans effort.
? Oui, je n'aurais jamais osé vous parler, si je ne sentais en moi le sérieux désir de me corriger.
? Nous nous aiderons l'un l'autre, dit-elle.
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