Fleur des Ondes - Gaëtane de Montreuil
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Présentation Fleur Des Ondes de Gaëtane de Montreuil
- eBookCependant ils n'avaient pas encore traversé les plus terribles épreuves de cette course aventureuse. Arrivés à un sault appelé par les sauvages Quenechouan[4], et rempli de rochers et de pierres, leur seul moyen fut de se mettre dans l'eau et de traîner les canots avec des cordes. À une demi-lieue plus loin, ces braves traversèrent à force d'avirons, des rapides où ils coururent grand risque d'être engloutis. Le premier de juin, ils se trouvèrent en face d'autres rapides encore plus redoutables. L'eau y bouillonnait si fort qu'elle semblait n'être plus que de l'écume, et augmentait grandement le danger d'aller donner sur l'un des écueils qu'elle cachait. À cet endroit le Père de la Nouvelle France faillit perdre la vie.
À cause de l'épaisseur du bois, comme il était impossible, de porter les canots par terre, les vaillants explorateurs se mirent en devoir de les tirer contre le courant avec des cordes. Celui que tenait Champlain, s'engagea dans un tourbillon et l'entraîna à l'eau. Heureusement le héros tomba entre deux rochers et ne dut son salut qu'à cette circonstance. « En ce danger, raconte-t-il, je m'écrier à Dieu et commença à tirer mon canot qui me fut renvoyé par le remou de l'eau qui se faict en ces sauts.
Lors estant échappé ie louay Dieu, le priant nous préserver. Notre sauvage vint après pour me secourir, mais j 'étais hors de danger et ne se faut étonner si j ?étais curieux de conserver nostre canot : car s'il eût esté perdu, il fallait faire estant de demeurer, ou attendre que quelques sauvages passassent par là, ce qui est une pauvre attente à ceux qui n'ont de quoi diner et qui sont accoutumés à telle fatigue. Pour nos Français, ils n'en eurent pas meilleur marché par plusieurs fois pensaient être perdus : mais la divine bonté nous préserva tous. »
Ces fâcheux incidents ne purent interrompre la périlleuse expédition dont les difficultés devenaient de plus en plus grandes.
Parfois les voyageurs étaient obligés de marcher courbés, repliés sur eux-mêmes, se frayant à coups de haches un chemin dans l'enchevêtrement des arbres renversés, passant tantôt dessus, tantôt dessous, haletants, épuisés. À un certain endroit, afin d'alléger les canots, ils sacrifièrent les vivres, se résignant, dans cette extrême fatigue, aux seuls hasards de la pêche pour leur nourriture.
Enfin, le sept juin, après tant de peines, ils arrivèrent chez les sauvages cantonnés au lac du Rat-Musqué, dont le chef, Nibachis, et toute sa tribu n'en pouvaient croire leurs yeux que des Français se fussent hasardés en de tels périls pour les venir voir.
Le jour suivant, Nibachis fit équiper deux canots, afin de conduire ses hôtes chez une nation amie, établie sept lieues plus loin, sur les bords du Lac aux Allumettes. Le chef, nommé Tessouat, reçut les Français avec une grande magnificence. Il donna en leur honneur une tabagie à laquelle furent conviés les sagamos des nations voisines.
Champlain a relaté cette fête : « Le lendemain, tous vinrent avec chacun son écuelle de bois et sa cuiller, lesquels sans ordre ny cérémonie s'assirent à terre dans la cabane de Tessouat, qui leur distribuas une manière de bouillie, faite de Maïs écrasé entre deux pierres, avec du poisson, coupé par petits morceaux, le tout cuit sans sel. Ils avaient encore de la chair rôtie sur les charbons et du poisson bouilli à part, qu'il distribua aussi. Et pour mon regard, d'autant que je ne voulais pas leur bouillie, parce qu'ils cuisinent fort salement, je leur demandai du poisson et de la chair pour l'accommoder à ma mode ; ils m'en donnèrent. Pour le boire, nous avions de la belle eau claire. Tessouat qui faisait la tabagie, nous entretenait sans manger, selon l'usage ».
Après le repas, Champlain expliqua aux sauvages qu'il était venu jusque dans leur pays, pour faire amitié avec eux au nom du roi de France, qui désirait peupler leurs terres et en exploiter les richesses. Les sauvages se réjouirent naïvement à cette perspective[5].
Le Père de la Nouvelle France demanda aux Indiens de lui donner quelques canots et des hommes qui l'aidassent à poursuivre son voyage vers la Mer du Nord[6] Mais tels étaient les dangers de cette entreprise, qu'ils refusèrent, dans la crainte de l'y voir périr. L'intrépide découvreur fut donc forcé de remettre à une autre année la réalisation du rêve qu'il caressait. Le dix juin, il prit congé de Tessouat et repartit pour le Sault Saint-Louis, où il arriva sept jours plus tard, accompagné d'une centaine de sauvages qui venaient faire la traite.
Avant de se séparer de ses nouveaux amis, Champlain leur confia deux jeunes hommes, Philippe de Savigny et Paul Guertal, qui désiraient aller étudier sur les lieux la langue et les moeurs des Algonquins.
Le Soir, vaillant chef qui s'était chargé de leur entretien, traita ses hôtes avec considération, et s'efforça de leur rendre la vie heureuse.
Il les installa dans sa cabane où il vivait avec La Source, sa fille, âgée de dix-huit ans, et Le Carcois, un Iroquois de vingt-deux ans qu'il avait adopté en remplacement de son fils tué à la guerre.
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