Nouvelles - Édouard Ourliac
- Format eBook: Epub2 Voir le descriptif
Vous en avez un à vendre ?
Vendez-le-vôtreSynchronisez votre eBook et retrouvez-le dans votre bibliothèque Kobo
- Payez directement sur Rakuten (CB, PayPal, 4xCB...)
- Récupérez le produit directement chez le vendeur
- Rakuten vous rembourse en cas de problème
Gratuit et sans engagement
Félicitations !
Nous sommes heureux de vous compter parmi nos membres du Club Rakuten !
TROUVER UN MAGASIN
Retour
Avis sur Nouvelles de Édouard Ourliac - eBook
0 avis sur Nouvelles de Édouard Ourliac - eBook
Les avis publiés font l'objet d'un contrôle automatisé de Rakuten.
Présentation Nouvelles de Édouard Ourliac
- eBookLe lecteur a pu déjà s'apercevoir que j'étais, dans mes promenades, extrêmement curieux, badaud et, comme on dit à Paris, flâneur. Un rien m'arrête ; deux enfants qui se battent, un homme ivre, des chiens savants, un amas de peuple : je ne saurais passer outre. Je vois commencer ainsi mille scènes dont il faut aussi que je voie la fin. Si deux passants causent trop près de moi, je ne puis m'empêcher de prêter l'oreille. Cela est malhonnête, dit Figaro, mais c'est le meilleur moyen pour entendre. Une phrase saisie au vol m'a suffi souvent à deviner bien des choses.
Je dirai donc seulement pour m'excuser de ce défaut, qu'il est fort amusant et parfois profitable. Qui pourrait rendre, par exemple, ma surprise et mon plaisir puéril, en reconnaissant hier dans la rue, sous des habits à peu près décents, un paillasse de carrefour bras dessus, bras dessous avec le maître escamoteur et divinateur qui l'assomme de coups de pied en présence du public ?
Quoi de plus consolant que de les rencontrer hors des tréteaux, pareillement habillés et se donnant le bras comme deux amis, sur un pied d'égalité parfaite.
Mais il faut avoir assisté à leurs coups de poing, ou plutôt il faut être un badaud comme moi, pour comprendre cette satisfaction niaise.
C'est donc à ce même défaut que je dois la connaissance du personnage dont je vais parler. J'avais remarqué dans une galerie pleine de boutiques et très-fréquentée, un homme qui avait bien droit à mon attention. Il était grand, maigre, sec, le visage long et pâle, avec une grosse moustache, des yeux enfoncés dans le sourcil, en somme une belle physionomie, mais singulière et gâtée par je ne sais quel air de distraction et d'égarement. Sa mise négligée touchait au ridicule : Il portait une espèce de redingote décorée du ruban de la Légion d'honneur, son col militaire était mal attaché ; les bords de son chapeau grimaçaient autour du front. Il marchait fort vite, d'un air affairé, et, dans trois rencontres différentes, je le vis livré aux mêmes occupations. Il s'arrêtait devant un magasin bien achalandé de jouets d'enfants et parcourait des yeux l'étalage avec toute l'attention d'un choix qui tarde à se fixer. Ce fut là d'abord ce qui m'intéressa.
C'est un bon père, me disais-je, qui ne veut pas rentrer chez lui les mains vides. Nous redevenons enfants avec nos enfants. Quelle étrange et admirable chose que ce sentiment de la paternité !¿ Le fils de cet homme à moustaches serait-il plus grave que son père devant ces poupées de carton ?
J'étais ému, et je souriais malgré moi, en examinant cette attitude pensive et le regard pénétrant que ce militaire, devenu général en chef, n'aurait pas mieux attaché sur la carte d'un pays ennemi.
Mais cet homme m'étonna bientôt par sa pantomime. Il prenait un jouet, en tournait la manivelle qui faisait mouvoir les personnages au son d'un tintement monotone, et le plus souvent replaçait l'objet avec une mine mal satisfaite. Un polichinelle, que la marchande lui avait mis entre les mains, parut l'attacher davantage ; il tira une certaine ficelle, et le polichinelle ouvrit les bras d'un air si plaisant que l'homme éclata de rire. Son attention fut bientôt détournée par une mécanique plus ingénieuse ; on voyait, sur un petit théâtre de carton d'un pied carré, les trois personnages fameux du théâtre de la foire, Arlequin, Pierrot et Cassandre, au milieu d'un décor fort joliment peint, représentant une place publique. Un ressort caché animait la scène : Arlequin, pirouettant légèrement sur la pointe du pied, frappait de sa batte une fenêtre où paraissait aussitôt la figure de Colombine ; puis se retournant du même air, il laissait retomber son sabre bergamasque sur ce pauvre Cassandre qui pliait le dos en cadence, secouant les volutes de sa perruque. Pierrot, voyant battre son maître et Colombine prête à fuir, ne sachant auquel courir, tournait la tête vers l'un et vers l'autre, en écarquillant les yeux et levant les bras.
À cette vue, notre homme à moustaches, transporté d'admiration, répéta le geste de Pierrot ; il entra dans la boutique, fit jouer sous ses yeux la machine en riant aux éclats, la paya et l'emporta sous le bras, reprenant tout à coup sa gravité sévère.
Je rencontrai cet homme plus souvent que je l'ai dit, soit dans la boutique soit sur le chemin, les bras chargés d'emplettes, et se signalant toujours par les mêmes bizarreries.
Un hasard singulier me mit en voie de le mieux connaître. Nous nous trouvâmes un jour à suivre le même chemin, et je fus bien forcé de m'en apercevoir, après avoir vu plusieurs fois mon homme se retourner justement aux rues que je devais prendre. Pour des raisons qu'il est inutile de rapporter, et dont la meilleure était la bonne envie de passer le printemps en bon air, je demeurais alors au fond des Champs-Élysées, dans une maison de santé qui devait quelque renommée aux soins de madame Lescot, notre propriétaire, aussi bien qu'à deux beaux jardins bien situés le long de l'avenue de Neuilly ; je laisse à juger de mon étonnement, quand, après avoir suivi notre homme tout le long de cette avenue, je le vis entrer précisément dans le sentier bordé d'acacias qui mène chez madame Lescot.
Heureusement, la bonne dame fut la première personne que je rencontrai dans le salon commun du rez-de-chaussée, et je ne portai pas plus loin ma curiosité.
¿ Quoi donc, vous ne le connaissiez pas ?