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Avis sur Filleuls De Napoléon de Capitaine Danrit - eBook
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Présentation Filleuls De Napoléon de Capitaine Danrit
- eBookLes captifs demeurèrent donc immobilisés par leurs liens, et, les lèvres closes par le bâillon, ils durent assister, muets d'horreur, à la scène atroce qui suivit.
Les morts, leurs morts français étaient restés sur place ; plusieurs Arabes, au visage féroce, vinrent, avec une impassibilité cruelle, leur couper la tête. Henri ferma les yeux et se sentit défaillir. Maintenant que l'exaltation du combat était tombée, tout ce que sa mère, la douce Lison, lui avait mis de tendresse et de sensibilité au coeur, fût bouleversé par cet affreux spectacle.
Puis ces têtes furent rassemblées, et un nègre, simplement vêtu d'une large culotte bouffante, les prit et les plaça dans des sacs de cuir, que des femmes arabes, au visage enveloppé d'un kaïck blanc, avaient apportés.
Ces dernières, curieuses, vinrent examiner les captifs, et l'une d'elles, sauvage aussi bien que ses compagnes, prenant une longue épingle d'argent qui retenait sa gandourah, la piqua dans la cuisse de Goelder qui, malgré son bâillon, poussa, sous la douleur, un hurlement féroce.
Les rires éclatèrent, mêlés de cris bizarres, qui formèrent un instant un vacarme assourdissant autour des prisonniers.
Soudain, elles se turent et s'enfuirent. Un Arabe à barbe grisonnante, au visage intelligent, grand, bien musclé, vêtu de drap bleu soutaché d'argent, venait d'intervenir. Son bras vigoureux maniait un fouet à quatre lanières, en cuir tressé.
Son geste avait suffi : le troupeau se dispersa.
À cet instant, une rumeur parcourut les groupes kabyles, et Henri ayant réussi à se retourner, aperçut une colonne qui débouchait des coteaux boisés.
L'une d'elle lui enfonça une longue épingle dans la cuisse. Escorté d'Arabes aux burnous multicolores, précédé de six cavaliers de belle allure, un convoi de prisonniers approchait. C'étaient des matelots et soldats de marine ; ils étaient liés entre eux par des cordes d'alfa, et bientôt, sur l'ordre du cavalier qui semblait le chef, ils firent halte, à quelques pas des naufragés de l'Aventure.
Ceux-là aussi étaient des naufragés ; ils appartenaient au Silène ; tous ceux qui n'avaient pu rejoindre le brick avaient été pris. Henri en compta soixante-douze.
Après un conciliabule entre les cavaliers et l'Arabe dont le seul geste avait dispersé les femmes, ce dernier s'approcha du commandant d'Assigny, le fit délier, ainsi que de Nessy, Henri Cardignac et Goelder, puis, en bon français :
? Si vous tenez à votre vie, dit-il, n'essayez pas de fuir.
Les trois officiers échangèrent un regard stupéfait.
Qu'était donc cet indigène et comment avait-il pu s'assimiler la langue française au point de prononcer purement, sans accent, et sans incorrection, cette phrase d'avertissement.
Un sourire plissa ses lèvres.
? Cela vous étonne, dit-il, que je parle français? J'ai servi chez vous? aux mameluks de l'Empereur Napoléon !
Il énonça ce titre, « l'Empereur », avec un accent de respect indéfinissable et porta sa main droite à son coeur, comme s'il n'eût jamais prononcé ce grand nom sans l'accompagner du salut musulman.
? Ah !? Je comprends ! murmura Cardignac.
? Oui, dit presque tout bas le vieil Arabe ; j'y serais encore s'il n'avait pas été pris par les Anglais? mais? silence !?
? Quelle rencontre extraordinaire ! pensa Cardignac. Enfin celui-là, du moins, n'a pas l'air de nous détester.
Mais Lakdar-ben-Ali ? ainsi se nommait l'ancien mameluk ? venait de les quitter pour aller chercher, dans les rangs des prisonniers du Silène, un officier, le lieutenant de vaisseau Bruat, et deux quartiers-maîtres. L'un de ces derniers, nommé Muttin, un tout jeune homme presque imberbe, était blessé au front.
Lakdar les ramena, et les prisonniers des deux équipages échangèrent de douloureux regards.
Puis, pendant que les quatre officiers, Goelder et les deux quartiers-maîtres étaient confiés à la garde d'une vingtaine de Kabyles, les autres captifs défilèrent tristement devant eux, sous la conduite des cavaliers et de leurs hommes. Derrière suivaient des mulets, chargés des sinistres sacs de cuir.
Ils contournèrent la plage et disparurent derrière les roches qui terminaient la pointe Est.
? En route ! ordonna Lakdar-ben-Ali.
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