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Le roman caché - Alfred de Courcy

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      Présentation Le Roman Caché de Alfred de Courcy

       - eBook

      eBook - Alfred De Courcy 12/10/2018
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Alfred de Courcy
    • Editeur : 1881
    • Collection : Oeuvres de Alfred de Courcy
    • Langue : Français
    • Parution : 12/10/2018
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Liseuse, Android, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230002668017



    • Extrait : PHILOSOPHIA......... LA MAISON DORIQUE.........
      Dans la terrible semaine de la fin du mois de mai 1871, quand les dernières fureurs de la Commune vaincue livraient Paris aux flammes, on ne prévoyait certes pas que, bien peu d'années plus tard, avant que se fussent relevées les ruines des Tuileries et de l'Hôtel de Ville, un autre genre de fureur, celle de la bâtisse, couvrirait de constructions à cinq étages des quartiers alors entièrement déserts, préservés des atteintes du pétrole par leur solitude même. Dans un de ces quartiers de la banlieue annexée, la vaste plaine de Monceau, le cordeau des ingénieurs de M. Haussmann avait tracé une large voie à travers des espaces nus dont la plupart étaient cultivés, dont d'autres servaient de dépôt aux terrassiers. On n'y apercevait pas d'habitations, sinon quelques cabanes denourrisseurs et de maraîchers autour desquelles gloussaient des poules, paissaient des vaches, des chèvres et des ânesses. Le soir, on y entendait chanter les cailles, à défaut des rossignols que n'attirait aucun bocage. Un seul arbre, un cèdre superbe, témoin de quelque parc disparu et dont la magnificence semblait en appeler un autre, rompait l'uniformité de la plaine. Il servait de refuge à des volées de moineaux, lorsque ces effrontés étaient dérangés dans leur maraude par la bêche ou par l'arrosoir. Comme son ombre nuisait à la culture d'une superficie assez considérable, il avait été plusieurs fois menacé de la cognée au nom des intérêts utilitaires ; une autre pensée qui n'avait rien de plus poétique, une vague pensée de spéculation sur la valeur du terrain, avait sauvé sa majestueuse vieillesse.
      Au printemps de 1869, je ne dirai pas les passants, il n'y en avait point en ces régions, mais les cultivateurs et les charretiers virent se bâtir autour du cèdre les murs d'un enclos d'un demi-hectare, puis se dessiner et se planter un jardin, enfin s'élever les assises d'une maison. Une jeune fille, descendant d'une voiture de louage, venait souvent visiter les travaux et y présider avec une sorte d'autorité. Elle était accompagnée, tantôt d'un homme à la barbe grise, qui était l'architecte, tantôt d'une femme d'une quarantaine d'années dont la toilette était modeste et l'attitude respectueuse, non sans quelque familiarité. On avait construit, près du cèdre, un pavillon rustique d'une certaine élégance. La jeune fille se plaisait à s'y arrêter un livre à la main, tandis qu'à ses côtés sa compagne travaillait de l'aiguille. Comme on avait commencé par planter le jardin, il y eut bientôt quelques fleurs, un peu maigres à la vérité, que la jeune fille arrosait parfois elle-même. Elle ne se retirait pas sans emporter un bouquet, au milieu duquel elle plaçait une menue branche du cèdre, dont les longs rameaux horizontaux, balancés par la brise, s'abaissaient presque jusqu'au sol.
      La construction avançait rapidement. C'était un bâtiment de brique aux arêtes et aux fenêtres de pierre de taillé, à un seul étage et au toit presque plat. Un perron aux marches larges et basses attestait une attention particulière à faciliter l'accès du seuil. La maison n'était pas en façade sur la rue, mais séparée par une cour ouverte sur une grille de fer forgé. Des volets de tôle, assujettis à demeure sur toute la hauteur de la grille, interdisaient aux regards curieux de pénétrer à travers les barreaux, et cachaient entièrement le rez-de-chaussée. Au-dessus du perron, quatre colonnes d'ordre dorique supportaient un fronton triangulaire qui attendait manifestement une inscription. Ce fut le dernier travail des ouvriers.
      En présence de la jeune fille, des sculpteurs un peu embarrassés et copiant avec soin un modèle gravèrent en relief sur la pierre, non point des armoiries, des chiffres ni des emblèmes, mais le mot Philosophia, écrit en lettres grecques.
      S'il y avait eu des spectateurs, ils auraient bien conjecturé que c'était un philosophe qui devait habiter la maison isolée. Le propriétaire ne s'était jamais montré pendant la construction, il ne se montra pas davantage durant tout l'hiver qui en suivit l'achèvement. Il n'y avait pas de concierge, bien qu'une loge eût été disposée, et la maison dorique, qui ne contenait à la vérité aucun meuble, semblait tout à fait à l'abandon. Cependant, une fois par semaine, plus souvent lors des gelées, la jeune fille s'introduisait au moyen d'une clef, et donnait, suivant le temps, de l'air ou de la chaleur aux chambres. Quand les maraîchers voyaient la fumée s'échapper des cheminées. « Ah ! disaient-ils, voilà Mlle Marthon qui est venue faire du feu chez elle. » Mlle Marthon, c'était le nom que les ouvriers avaient entendu donner à la jeune fille par sa suivante, nom qu'a vaient répandu les conversations de cabaret ou de cantine, et il s'était formé une légende mystérieuse sur elle dans tout le voisinage, s'il est permis d'appeler un voisinage des baraques dispersées dont chacune était située à quelques centaines de. mètres du manoir inhabité.





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