Description du Royaume Thaï ou Siam - Jean-Baptiste Pallegoix
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Présentation Description Du Royaume Thaï Ou Siam de Jean - Baptiste Pallegoix
- eBookTome II
HISTOIRE DES THAI, ANCIENNEMENT APPELÉS SAJAM.
L'abrégé de l'histoire de Siam, qui fait la matière de ce chapitre, est tiré des annales de ce pays. Ces annales se divisent en deux parties ; la première partie, composée de trois volumesseulement, sous le titre de : Phongsavada-Mûangnûa, ou histoire du royaume du Nord, donne l'origine des Thai, et un abrégé de leur histoire jusqu'à la fondation de Juthia. Cette première partie est pleine de fables, et présente peu de faits historiques. La seconde partie, qui commence à la fondation de Juthia, forme quarante volumes, et donne l'histoire bien suivie de la nation thai jusqu'à nos jours.
PREMIÈRE PARTIE.
HISTOIRE DU ROYAUME DU NORD, JUSQU'A LA FONDATION DE JUTHIA.
Environ l'an cinq cent avant Jésus-Christ, il y avait deux frères de la caste des Brames, contemporains de Somana-Khôdom, qui tous deux embrassèrent la vie sainte des ermites. L'un s'appelait Saxanalai, et l'autre Sithimongkhon ; leurs fils et petits-fils habitaient dix villages, gouvernés par une sainte femme, mère de Sáribut qui était alors le premier disciple de Somana-Khôdom. Ces deux frères, parvenus à l'âge de cent cinquante ans, sentant leur fin approcher, rassemblèrent tous leurs descendants pour leur donner quelques instructions avant de quitter cette vie. Ils leur recommandèrent de vivre en paix, de garder soigneusement la religion de Bouddha, de bâtir une ville pour se mettre à l'abri de leurs ennemis, et de choisir le plus digne d'entre eux pour les gouverner. Après quoi, ces deux vieillards se retirèrent dans les hautes montagnes, appelées liant, où ils s'adonnèrent à la contemplation, et parvinrent à un haut degré de sainteté.
Alors, Bathamaràt, le plus considérable parmi les habitants de ces dix villages, en assembla tous les chefs, et il fut résolu qu'ils bâtiraient une ville. Hs mirent de suite la main à l'oeuvre, et, dans l'espace de sept ans, ils bâtirent une cité, formant une enceinte de murailles de deux mille toises en longueur, et mille toises en largeur. Quand l'ouvrage fut fini, on construisit des pagodes pour les talapoins de Bouddha, ainsi que des temples dédiés à Siva et Vishnu. Tout étant terminé, les deux vieillards ermites vinrent visiter la nouvelle ville et lui donnèrent le nom de Savan-thevalôk et, par abrévation, Sangkhalôk. Ils établirent aussi pour roi leur petit-fils Bathamaràt, lequel prit pour reine Nang-Mokhalin, native d'un bourg appelé Haripunxai.
L'ermite Saxanalai déclara alors qu'il avait caché, sous un certain arbre, des reliques de Somana-Khôdom, consistant en un doigt de ce saint, qu'il lui avait coupé lui-même après sa mort, avec d'autres reliques du même, qui lui étaient échues en partage dans la distribution qui en fut faite à cette époque. Il recommanda donc à ses descendants d'aller chercher ces reliques pour les placer dans leur nouvelle ville. Après avoir donné ces dernières instructions, l'ermite fut porté dans les airs, et alla mourir dans les montagnes dont nous avons déjà parlé. En conséquence des ordres de l'ermite, Bathamaràt alla en grande pompe déterrer ces reliques, les plaça dans un vaisseau d'or qui flottait dans un grand bassin de la même matière. Le roi fit construire une pyramide, dans laquelle on les renferma avec le vaisseau d'or qui les contenait. Depuis ce moment, les prêtres de Bouddha se rassemblèrent chaque jour auprès de cette pyramide pour y prier et faire leurs adorations.
Bathamaràt bâtit encore trois autres villes où il établit rois ses trois fils. Le premier, appelé Sôkha-Kuman, régna à Haripunxai, qui devint une ville célèbre ; le second, appelé Thama-Kuman, fut installé dans la ville de Kamphôxanakhon ; le troisième, nommé Singha-Kuman, devint roi de Phetxabun. Ces quatre États vécurent en paix et en bonne harmonie. Cette dynastie fleurit pendant cinq cents ans, sans qu'il soit fait mention de troubles ni de guerres. Environ l'an neuf cent cinquante de l'ère de Phra-Khôdom, régnait, à Haripunxai, un roi nommé Aphajakha-Muni ; ce prince, qui était très-pieux, avait coutume de se retirer sur une grande montagne pour s'y livrer à la méditation. Un jour, il arriva que la reine des Naghas, étant venue sur la même montagne faire ses dévotions, fut attirée par les mérites du roi, et ils eurent commerce ensemble. Avant de se séparer, Aphajakha-Muni lui donna son manteau royal et son anneau là reine des Naghas s'en retourna enceinte dans sa région souterraine. Quand elle fut près d'accoucher, prévoyant qu'elle allait mettre au monde un être vivant et non pas un oeuf, comme il arrive aux Naghas, elle vint enfanter au lieu même où elle avait eu commerce avec le roi. Elle y déposa son enfant avec le manteau et l'anneau qu'elle avait reçus, et s'en retourna dans son palais souterrain. Un chasseur, ayant rencontré, par hasard, le jeune prince, l'emporta avec le manteau et la bague, et le confia à sa femme pour le nourrir comme son propre enfant. Quelque temps après, le roi se faisant bâtir un palais, les habitants eurent ordre d'y venir travailler à tour de rôle. Le chasseur y vint aussi avec son petit fils adoptif. Comme il faisait très-chaud, il mit l'enfant à l'ombre dans le palais, qui se mit à trembler comme pour reconnaître la dignité du jeune prince. Le roi, surpris. d'un tel prodige, s'informa du chasseur de qui était cet enfant. Il répondit qu'il l'avait trouvé dans les forêts, et qu'il l'avait fait élever comme son fils adoptif. Le roi lui demanda s'il n'avait pas trouvé quelque chose avec cet enfant le chasseur déclara qu'il avait trouvé une bague et un manteau. Alors le roi ne douta plus que ce ne fût son fils, il donna une récompense au chasseur et prit l'enfant dans son palais, lui donna le nom de Arunnaràt, et le fit élever avec un autre de ses fils nommé Ritthi-Kuman.
La naissance du prince Arunnaràt avait été prédite par Somana-Khôdom, dans une circonstance que voici un jour, Bouddha, étant à prendre son repas, près du viiiage qui devint depuis la ville d'Haripunxai, manquait d'eau ; alors un Nagha fit jaillir une source afin que Bouddha pût se désaltérer et se baigner. C'est pourquoi Bouddha lui prédit, qu'en récompense de cette charitable action, au bout de mille ans il détruirait l'ère bouddhiste et en établirait une autre ; que son empire embrasserait toute la contrée arrosée par la rivière qu'il venait de faire jaillir, et que les rois du Xomphuthavib lui rendraient hommage.
Le prince Arunnaràt était né l'an neuf cent cinquante de l'ère de Bouddha. Son père, qui l'aimait beaucoup, lui fit épouser l'unique princesse qui régnait à Saxanalai ou Sangkhalôk ; il devint donc roi de ce pays sous le nom de Phra-Rúang. Il fit bâtir un grand nombre de pagodes et de pyramides magnifiques.
En ce temps-là, le pays des Sajám était sous la domination du roi de Kamphôxa-Nakhon, et lui payait tribut. On rapporte que Phra-Rúang lui-même alla présenter ses hommages et porter des présents au roi de ce pays. Parmi les choses qu'il lui offrit, il y avait un panier plein d'eau, laquelle ne coulait pas par les fentes.
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