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Avis sur Une Âme À La Mer de Virginie Hériot - eBook
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Présentation Une Âme À La Mer de Virginie Hériot
- eBookMON VOILIER À UNE ÂME !
Je connais son langage, sa manière de protester, sa façon de demander ! Je comprends tout ce qu'il dit et je sens lorsqu'il est pleinement satisfait de la façon dont on le fait naviguer.
Il m'est devenu inutile de voir ! dans ma cabine, la nuit, seulement par le murmure, le bruissement, le clapotis le long de la coque, je sais s'il fait 2, 3, 4, 6 noeuds.
Dans l'immobilité morte, sans brise ni mer, je l'écoute vivre sans pouvoir y parvenir. Que de protestations, de grincements, de lamentations lorsque, accalminé dans une houle énorme, il s'effondre inutilement dans les creux monstrueux pour en sortir et recommencer.
Dans la tempête il est déchaîné, tout craque jusqu'aux boiseries, tout crie de désespoir, hurle de douleur et fatigue.
Je reconnais lorsqu'il fait 7 noeuds au près, léger, souple, vivant et joyeux il va serrant le vent, s'amusant de faire son travail !
Je sais, lorsque les ridoirs m'envoient un concert de harpe, qu'il file ses 11 noeuds au large, longuement soulevé, paresseusement bercé.
Lorsque vent arrière, sans résistance, il est poussé là-bas, la mer déferle en coup sourd et gronde comme le tonnerre en ébranlant la voûte arrière.
Je sais tout ce que me chuchote mon voilier et à tant naviguer nous sommes devenus un.
Je vais vous confier le secret qu'il m'a avoué l'autre jour.
Lorsque je ne suis plus à bord, il m'a dit qu'il ressemblait à tous les autres vaisseaux.
?
Oh ! pouvoir décrire ou peindre un voilier avec toutes ses voiles ouvertes, naviguant sous un ciel lourd d'étoiles !
Dessiner avec un crayon le gréement, les mouvements, traduire en mots le silence, la pesanteur de ce ciel au-dessus de tout cela.
Voir la bordée de quart coucher au vent en travers du pont. L'officier veille avec le timonier. S'il a besoin d'elle aux manoeuvres, le sifflet la réveillera, et titubant de sommeil, ils monteront, les matelots, comme des automates, faire ce qu'il y a à faire ! Border, filer, changer d'amure, diminuer ou augmenter la voilure?
Quelle angoisse de ne pouvoir crier la beauté de ce que je vois !
Je m'abîme dans la contemplation de ce ciel, de cette mer, de ce vaisseau fleuri d'étoffe gonflée qui, silencieusement, sûrement, glisse dans la nuit noire. Chacun parle bas et même ceux habitués comme moi à voir et à ne plus rien dire, parce que c'est trop grand et que les mots diminueraient, même ceux-là, ce soir, partent pour un pays de rêverie où ils savent cependant qu'ils n'aborderont jamais !
Mais, devant un spectacle infini, chaque être retrouve en lui un coin de terre ou de mer où il voudrait que les choses se passassent selon son coeur ! Alors, sous les étoiles, dans la marche interminable du quart, s'arrêtant dans les cordages pour repartir vers la lisse où la mer ruisselle voluptueuse et bleue, celui qui rêve fait descendre les étoiles et marche au milieu d'elles !
Oh ! les songeries de ces nuits magiciennes, entre ciel et eau.
On tue, on étrangle le laid, l'égoïsme, la jalousie, car de toutes parts il n'y a plus que douceur, loyauté, silence.
Le jour succède à la nuit et tout reste en beauté à sa place.
Toujours distant, loin des humains, le vaisseau navigue et le règne de bonté se continue ; la simplicité, la compréhension se tiennent par la main, et chacun est heureux jusqu'au moment où, en débarquant, il retrouvera sa vie.
?
Ô la douceur de glisser sous les étoiles ! Grand largue mon voilier bien appuyé fait 10 noeuds. Il vente frais, il fait froid et la nuit est noire. La mer frappe la coque ; toute secouée elle s'agite en racontant des tas de choses.
Mon vaisseau se soulève docile, souple, tranquille et sûr ; je le sens vivre sous mes pieds.
Les scintillantes étoiles palpitent, ruissellent à travers la mâture. Dans la brise âpre je les regarde ainsi que les grands mâts qui se balancent et qui semblent épousseter le ciel !
Oh ! pouvoir décrire les manoeuvres sur un voilier, raconter les hommes courant aux bastagues. Tous en ciré et en bottes sur un pont glissant balayé par la mer et sous pluie battante. Ils sont quinze, mais sont un, car ils tirent tous sur la même écoute avec mêmes gestes au cri de En sem ble ! En sem ble !
Le vent emporte les mots, le Maître hurle. Pour empanner par cette mer, ce n'est pas une petite affaire ; dans un grand fracas nous avons changé d'amure, pendant quelques secondes « Ailée » vient debout au vent ; sans appui elle se déséquilibre puis en grand, elle laisse arriver, toute gitée avec ses voiles bien pleines, mais en loffant elle se redresse, reprenant sa route avec son près.
Quel regret de n'être pas un peintre, un écrivain ou un musicien ! Avec ce que voient mes yeux, avec ce que mon esprit absorbe des choses de la mer et ce que contient mon coeur d'amour pour la navigation, que n'aurais-je fait !
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