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Au creux des sillons - Joseph Raîche

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      Présentation Au Creux Des Sillons de Joseph Raîche

       - eBook

      eBook - Joseph Raîche 12/07/2014
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Joseph Raîche
    • Editeur : Na
    • Langue : Français
    • Parution : 12/07/2014
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Liseuse, Android, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230000251870



    • Ce livre comporte une table des matières dynamique, a été relu et corrigé.
      Extrait: La corvée

      Les Corriveau s'étaient légué leur terre de père en fils depuis plusieurs générations. Cette belle ferme qui ondulait au loin, défrichée par cette longue lignée de terriens était bien leur oeuvre. Ils l'avaient foulée de leurs pieds laborieux, arrosée et fécondée de leur sueur, remuée de leurs bras robustes. Aussi la connaissaient-ils dans tous ses vallons et ses monticules, dans tous ses plis et replis. Ils connaissaient la qualité du sol de tous ses champs. Cette science, apprise par les enfants, qui suivaient leur père, était ensuite transmise à leurs descendants. C'était la plus vieille terre de la paroisse, que leur ancêtre Louis Corriveau avait en quelque sorte fondée, quand il était venu s'y établir, il y a bientôt deux siècles.
      On ne pouvait pas parler des Corriveau sans penser à cette ferme, que tous enviaient. Elle vallonnait sans un plissement, sans une ride, embellie ici d'un bosquet d'arbres séculaires qu'on avait laissés pour servir d'abri aux bestiaux, là par un joli ruisseau qui arrosait ses bords fertiles. Et le soir lorsque les douze vaches rentraient en procession lente du riche pâturage, l'haleine imprégnée de trèfle et de foin où se mêlait la senteur robuste de leur corps tiède, elles embaumaient l'air. Pendant qu'on les trayait, elles rêvaient avec langueur à de belles prairies d'herbe tendre. Et tous les enfants des Corriveau, depuis l'ancêtre jusqu'au propriétaire actuel, étaient venus accomplir le même rite charmant et familial, celui de boire de leur lait chaud. Ils sortaient de ces beuveries le nez surmonté d'une petite pyramide de mousse blanche.
      Il ne restait plus qu'un arpent de terre à défricher. On y avait abattu les arbres depuis deux ans. Cette dernière année on avait fait brûler les branches sèches, on n'avait plus qu'à l'essoucher. C'était un travail que Corriveau voulait faire depuis longtemps, mais il n'avait jamais un moment de répit, tantôt occupé par les semences, tantôt par la fenaison et par la récolte, et enfin empêché par la réclusion des longs hivers.
      Cette année il avait décidé de finir ce morceau de terre. Il avait donc convoqué ses voisins à une grande corvée. Profitant de la morte saison, c'est-à-dire, des quelques jours qui s'écoulent entre le temps des foins et celui de la récolte du grain.
      Un beau matin de la mi-juillet, une trentaine d'hommes robustes, avec leurs chevaux et leurs outils de défrichement, arrivèrent à la maison de Corriveau. C'étaient les fermiers voisins accompagnés de leurs grands fils. Ce contingent se dirigea vers le champ de souches calcinées. Les chevaux faisaient sonner leurs attelages et les hommes riaient à gorge déployée des plaisanteries faciles qu'ils échangeaient. Ce fut une ruée générale au dernier vestige de la forêt, qui cédait, vaincue devant tant de bras aux muscles saillants. Leur travail était prompt et effectif. On attachait un crochet au moyen d'une chaîne autour de la souche, et on faisait donner aux chevaux un fort coup qui arrachait l'arbre





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