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Celles qui sont restées - Cécile Gilson

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      Présentation Celles Qui Sont Restées de Cécile Gilson

       - eBook

      eBook - Cécile Gilson 11/06/2019
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Cécile Gilson
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 11/06/2019
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Liseuse, Android, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230003272404



    • Mademoiselle est sans doute en prison pour de belles choses. Le jour d'aujourd'hui, il y a plus de dames que des comme nous en prison. On aurait ri, n'est-ce-pas, d'être en cellule avec une dame comme Mademoiselle. Maintenant, on est des Belges, c'est tout un. On fait son ménage à deux, on parle, qu'on oublie des moments qu'on n'est pas entre soi. Les dames, on doit dire çà, font des belles choses pendant la guerre, que Bruxelles n'est pas un champ de bataille, mais que c'est comme si elles se battaient quand même, pour faire vivre le pauvre monde, et pour envoyer des garçons au front, et pour faire enrager les Allemands. Elles ne sont pas embarrassées, allez. Après, elles sont en prison comme nous. Mais ce n'est pas la même affaire. On sent ça. Elles marchent sur le pavement comme sur un tapis, et leurs yeux regardent si haut qu'on croirait qu'il n'y a pas de plafond à la cellule.

      Moi, Mademoiselle, je suis en prison pour avoir crié après les Allemands.

      Mademoiselle croit que mon cas n'est pas grave ? Mais qu'est-ce qu'il faut faire alors, une femme comme moi, c'est difficile, pour rester ici ! Je suis contente de rester ici. Je suis contente d'être sur une chaise, et de rester ici. Je n'ai plus de goût à la vie, Mademoiselle. Que mon commerce reste là, ça m'est égal. Un commerce de boules et de crème à la glace que je tiens. Si je sors d'ici, je ne suis pas pour le reprendre. On est trop tranquille, Mademoiselle. Les cadets qui entrent déposer leur cens sont si petits qu'ils ne vous dérangent pas de penser. C'est les idées dont j'ai peur. Et puis, Mademoiselle, quelquefois un gris passe devant la vitrine, et s'arrête en bouffant sa grosse pipe pour regarder les boules et le caliche. Je ne sais plus voir ça : j'ai peur, Mademoiselle ; on pourrait faire un mauvais coup sans savoir. Et il y en a peut-être là-bas qui ont une mère aussi. Ils m'ont tué mon petit, que je le dise à Mademoiselle. Des voisins m'ont même dit qu'ils l'avaient fait souffrir, avant. Il était aux carabiniers cyclistes. Je l'ai vu au commencement, avant qu'ils entrent chez nous, blessé, dans une ambulance, avec des dames en blanc. On m'a envoyé chercher. Gâté qu'il était ! Y en avait une qui le soignait, on aurait dit sa mère, mais une mère pas comme les vraies, une mère triste, avec des doigts maigres et des yeux qui avaient l'air de prier. On n'aurait pas su être jalouse. Eh bien, mon petit, il trouvait ça tout simple : « mon verre ! » qu'il demandait, ou : « quand qu'on va lire la feuille ? » On aurait dit des camarades. Les dames riaient, elles disaient que c'était vrai, qu'elles étaient aussi des soldats belges. Et elles avaient comme un tremblement dans les yeux, quand elles disaient ça. On aime aussi son pays, nous autres, on ne voudrait pas qu'ils viennent nous prendre nos choses, mais ça n'est pas la même affaire, on ne saurait pas dire.

      Eh bien, mon petit était là dans son lit avec son éraflure de shrapnel à l'épaule, comme un prince pour rire, à blaguer les boches, à dire qu'on les aurait, et qu'il ne les raterait pas. Un soleil qu'il y avait alors ! Je ne peux plus voir du soleil maintenant, sans avoir mal au coeur. C'était le commencement, n'est-ce pas, qu'on était maître chez soi et qu'on avait des drapeaux. Tant qu'il y avait des drapeaux aux fenêtres, on croyait qu'on avait la victoire, c'était fête. Et puis on les a fait filer, tous, les drapeaux et les blessés ; on a mis mon petit dans un train. Il était presque guéri, il criait : Vive la Belgique, il s'en allait comme à un jeu de petite balle ou de vogelpik, et nous autres, on a fermé nos volets, et les Allemands sont venus, et depuis lors, n'est-ce pas, c'est comme si la Belgique avait gardé ses volets fermés ; on ne voit plus clair.

      Je restais avec ma fille, Adèle qu'on l'appelait, qui travaillait dans les corsets, et on attendait. Il écrivait, Mademoiselle. C'est une dame du grand monde, qu'ils ont mise en prison pour cela, qui m'envoyait ses lettres. Elle payait tout un tremblement de porteurs qui flûtaient leurs paperasses sous le nez des Allemands. Ça en coûtait de l'argent. Il y a des riches qui mettent leurs sous à acheter des poulets et des bouteilles de champagne. Elle pas, allez. Elle travaillait sur un bureau, pire qu'un employé, pour qu'on ait un bonjour des petits. Bien sûr, on n'aime pas les riches ; mais des comme elle, ce n'est pas des riches, c'est des comme nous si nous étions meilleurs, et qu'on avait de l'argent.

      Ça durait, Mademoiselle. On s'habituait. On s'habitue à se manger le coeur. On disait que ça allait, et que ça irait bien, et qu'on les ferait déguerpir. Et puis, le petit a eu des galons. Ce jour-là, j'ai regretté mon homme qui est mort. Il en aurait bu une ! Mais pour ça, je l'aurais eu saoûl avec plaisir. Oui, j'aurais bu avec ! Déjà, de rien, j'étais drôle, comme grise ; je parlais, j'appelais le monde, je donnais dix boules pour une cens aux cadets, et j'allais sur ma porte faire une tête aux Allemands, comme si mon petit les avait tous rossés¿ Et puis, Mademoiselle, ils me l'ont tué. On vit après ça, bien sûr, mais on a un mauvais goût en bouche, et le manger ne profite pas. Il y a une dame qui est venue me parler de grandes choses, de Dieu et de la Patrie, comme si qu'on devait être honteux de pleurer. Moi, je sais bien que la Sainte Vierge permet que je sois triste, elle connaît ça, elle ne voudrait quasi pas autrement : je ne suis pas une princesse pour m'en aller avec des longues lèvres serrées et comme un mouchoir sur le coeur. Et bien sûr, notre petite Reine qu'on l'appelle, dirait aussi : Pleurez, allez ! Ou alors ce qu'on dit n'est pas vrai. C'est pas pour l'offenser qu'on pleure pour sûr.

      Mais je vous le demande, Mademoiselle, est-ce qu'on leur avait fait quelque chose, aux Allemands ? On était si tranquille. Bruxelles, n'est-ce pas, c'était toujours kermesse. Et un jour, voilà qu'ils entrent chez nous, dans notre pays, qui est comme qui dirait notre jardin à nous, avec leurs canons, avec leurs fusils, avec leurs couteaux, avec leur tonnerre d'attirail, et qu'ils se mettent à nous tuer nos hommes qui étaient tous courus leur crier d'arrêter, comme de juste ! Et puis, ils brûlent les maisons, qu'on dit qu'il y a des ruines partout ; on raconte qu'ils tuent les petits enfants, et voilà qu'ils s'installent chez nous comme des maîtres. Il n'y a plus qu'eux qui a des voitures. Et quand ils viennent acheter une crème à la glace, il faut la leur servir, et un oubli avec ! On ne peut même pas sortir le dimanche avec le Roi sur le paletot. Et ils nous prennent le manger, on ne sait plus quoi devenir, c'est tous les jours un peu pire, que des voisins à moi, des gens bien, vous savez, s'en vont avec leur pot à la soupe, comme des pauvres¿ Eh bien, ils me l'ont tué. Ernest, qu'il s'appelait. Le dimanche, on l'aurait pris pour un monsieur.





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