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Hania - HENRYK SIENKIEWICZ

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      Présentation Hania de HENRYK SIENKIEWICZ

       - eBook

      eBook - Henryk Sienkiewicz 03/11/2016
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : HENRYK SIENKIEWICZ
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 03/11/2016
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Liseuse, Android, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230001413045



    • Quand le vieux Nikolaï, sur le point de mourir, me confia Hania, j'avais alors seize ans, et ma protégée, plus jeune que moi d'une année, sortait à peine de l'enfance.

      Je dus l'arracher presque de force d'auprès du lit de son grand-père ; après quoi, nous allâmes ensemble à la chapelle privée de notre maison.

      Les portes en étaient ouvertes ; devant la vieille image byzantine de la Mère de Dieu brûlaient deux cierges, dont la lueur chassait mal l'obscurité qui régnait au fond de l'autel. Nous nous agenouillâmes tous les deux. Abattue par le chagrin, fatiguée par une longue insomnie, la jeune fille appuya sa pauvre petite tête sur mon épaule et nous restâmes ainsi silencieux. La nuit était avancée ; dans la salle contiguë à la chapelle, un vieux coucou de Dantzig sonna plaintivement deux coups ; partout régnait un calme profond, rompu seulement par le bruit lointain d'un ouragan et par les sanglots convulsifs de Hania. Je n'osais lui dire un mot d'encouragement et me contentais de la presser contre moi, comme l'eût fait un tuteur ou un frère aîné. Et je ne pouvais prier, tellement je subissais d'impressions diverses ; des tableaux de toutes sortes défilaient devant mes yeux ; mais enfin et lentement se dégagea de ce chaos une seule pensée, se fit jour un seul sentiment : à savoir que cette petite tête aux yeux clos, penchée sur mon épaule, que cet être pauvre et sans défense, que tout cela me devenait cher, comme une soeur véritable pour laquelle je donnerais ma vie et, si c'était nécessaire, je défierais le monde entier.

      Cependant, Kaz était venu s'agenouiller près de moi, puis le prêtre Ludvig, en compagnie des serviteurs. Nous lûmes les prières, selon l'usage établi chez nous. Le visage obscurci de la Mère de Dieu nous regarda doucement, comme si elle prenait part à nos chagrins, nos soucis, notre chance et notre malheur, et bénissait tous ceux agenouillés à ses pieds. Lorsque le prêtre Ludvig commença à citer les noms de nos défunts, pour chacun desquels nous répondions : « Mémoire éternelle ! », et qu'il ajouta à la liste le nom de Nikolaï, Hania éclata de nouveau en sanglots, et je fis le serment de remplir les obligations que le défunt m'avait léguée, dussé-je le faire au prix des plus grands sacrifices. C'était là le voeu d'un garçon exalté, n'ayant pas pleine conscience de l'importance de sa responsabilité, ni de l'étendue des sacrifices qu'il pourrait avoir à accomplir, mais non dépourvu de nobles impulsions.

      Les prières terminées, nous allâmes dormir. J'ordonnai à Viengrovska, notre vieille économe, de conduire Hania dans la chambre qu'elle devait dorénavant habiter ; j'embrassai la pauvre orpheline, et, accompagné de Kaz et du prêtre Ludvig, je me dirigeai vers mon logement ; là, je restai seul et m'étendis sur le lit.

      Malgré la pensée de la mort du pauvre Nikolaï, que j'aimais de tout mon coeur, je me sentais fier et presque heureux de mon rôle de tuteur. Me voir ainsi, moi, garçon de seize ans, le soutien d'un être faible et malheureux, cela me relevait à mes propres yeux, et je me sentais plus homme.

      « Tu ne t'es pas trompé, bon vieillard, pensais-je, sur ton jeune maître ; tu as remis en mains sûres l'avenir de ta petite fille, et tu peux dormir en paix dans ta tombe.

      En effet, j'étais tranquille sur l'avenir de Hania. La pensée qu'elle allait grandir et que je devrais la marier ne me vint pas à l'idée ; je me figurai qu'elle resterait toujours auprès de moi, entourée de soins, comme une soeur aimée, comme une soeur triste mais paisible.

      Selon l'usage établi depuis longtemps dans notre famille, l'aîné recevait en héritage cinq fois plus que tous les autres membres ; les fils cadets et les filles respectaient cette coutume et ne s'élevaient jamais contre, bien qu'il n'y eût pas de majorat. En qualité de fils aîné, la plus grande partie de la fortune devait donc me revenir ; et bien qu'encore collégien, je la regardais déjà comme ma propriété. Mon père était un des plus notables habitants des environs. À la vérité, notre famille ne se distinguait pas par une fortune digne de magnats, mais nous étions suffisamment riches pour mener une existence paisible de vieux nobles, dans le nid paternel. Je pouvais donc me considérer comme à mon aise, aussi envisageais-je avec sérénité mon avenir et celui de Hania, sachant que, quelque sort qui l'attendît, elle trouverait toujours auprès de moi paix et secours, si elle en avait besoin.

      Je m'assoupis dans ces pensées, et, au matin, je m'apprêtai à exercer mes fonctions de tuteur. De la part d'un enfant, c'était peut-être risible, mais je ne puis encore m'en souvenir sans en éprouver de l'émotion. Quand je vins avec Kaz au déjeuner, les autres commensaux étaient déjà à table : c'étaient le prêtre Ludvig, madame d'Ives, notre gouvernante, et mes deux petites soeurs, installées, selon leur habitude, sur de hautes chaises cannées. Je m'assis avec importance sur le siège de mon père, regardai la table d'un air de dictateur, et, me tournant vers le petit Kosak qui nous servait, je lui dis d'un ton sec et impérieux :

      ¿ Un couvert pour mademoiselle Hania !





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