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L'épave mystérieuse - Claire Julie de Nanteuil

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      Présentation L'épave Mystérieuse de Claire Julie de Nanteuil

       - eBook

      eBook - Claire Julie De Nanteuil 13/07/2020
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Claire Julie de Nanteuil
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 13/07/2020
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Desktop, Android, iOS, Liseuse, Windows
    • ISBN : 1230004041481



    • La mort d'un traître.

      Dans une immense salle voûtée et somptueusement meublée, trois hommes de différents âges et aux uniformes chamarrés de décorations sont assis autour d'une table.

      Des lustres répandent une vive clarté? Au fond de la pièce, des cierges brûlent devant les saintes images.

      Nous sommes à Sébastopol, dans le palais du gouverneur. Les trois interlocuteurs se nomment : le prince Gortschakoff, commandant en chef ; l'amiral Nakhimoff et le général Totleben, organisateur de la défense de la place.

      Gortschakoff a les cheveux gris, les traits gros, les yeux perçants, la mine dédaigneuse, hautaine et inflexible. L'amiral est petit, maigre, pâle, avec un nez d'aigle, des yeux bleus très grands et d'épais sourcils noirs contrastant avec les cheveux presque blancs.

      Totleben est grand, mince, élancé, avec un air distingué, spirituel et résolu tout à la fois.

      Ces hommes offrent le caractère des trois races distinctes qui ont peuplé la Russie.

      Unis dans la même oeuvre, partageant la même résolution, ils sont décidés à ne jamais rendre Sébastopol, mais à s'ensevelir plutôt sous ses décombres en détruisant la ville. Le second devait succomber avant la lutte suprême.

      Un capitaine entre dans la salle du conseil, et, après avoir baisé les saintes images, s'adressant au prince Gortschakoff :

      « Monseigneur, lui dit-il, le colonel Libsky vous adresse un transfuge français que j'ai conduit au palais avec des menottes aux mains et la tête couverte d'un sac épais.

      ? Fais-le entrer, » réplique le prince.

      L'officier salue et disparaît. « Je hais ces choses, s'écrie alors l'amiral ; ici elles sont bien trop encouragées, voilà mon opinion.

      ? Amiral ! » réplique le commandant en chef, devenu très pâle et dont la voix tremble.

      Mais, l'interrompant, Totleben reprend : « Ce sont les nécessités de la guerre, mon cher amiral, que nous déplorons autant que vous. Les ennemis emploient aussi nos transfuges. »

      La discussion est arrêtée par le retour du capitaine précédant deux soldats et un individu dont le buste et la tête disparaissent dans un sac de toile bise.

      Les soldats se retirent et le capitaine enlève le sac. Alors on voit un homme mal vêtu, en civil, et que les généraux et l'amiral Nakhimoff considèrent un instant. La physionomie inquiète et les yeux faux de cet homme ne prévenaient pas en sa faveur.

      « Parles-tu français ? » dit le prince Gortschakoff en s'adressant au capitaine, qui répondit :

      « Non, monseigneur, malheureusement.

      ? Très bien, » réplique le prince.

      Jusqu'alors la conversation s'était tenue en russe ; elle continua en français.

      « Comment t'appelles-tu ? demanda le commandant en chef à l'homme.

      ? Thomas Fontaine.

      ? Tu es soldat ? dans quel régiment ?

      ? Oui, mon général ; adjudant au 7e d'artillerie.

      ? Pourquoi trahis-tu ?

      ? Parce que, parce que?

      ? Réponds ou tu seras pendu ; ici on pend les traîtres et les espions s'ils ne servent pas la sainte Russie. Que sais-tu et quel secret as-tu à vendre ?

      ? Monseigneur, cela dépend du prix.

      ? Je crois que le misérable veut poser des conditions, s'écrie l'amiral en regardant Thomy d'un air d'indicible mépris.

      ? Mais il n'en posera pas, reprend Totleben en souriant ; il sera payé ou pendu. C'est selon? »

      Épouvanté, Thomy balbutiait, regrettant son crime. Ah ! si cela eût encore été à faire ! Il haïssait ces grands personnages, comme il avait haï ses chefs et tout ce qui s'élevait au-dessus de lui.

      À présent, il fallait livrer le secret surpris la veille, celui d'une conversation entre les généraux Canrobert et Bosquet : ils se croyaient seuls quand le traître les écoutait, caché sous une table recouverte d'un long tapis.

      Thomy méditait cette félonie depuis longtemps ; plusieurs fois il avait essayé de s'introduire dans la salle du conseil, enfin il s'était glissé par une fenêtre un instant ouverte.

      ? Quand il eut tout raconté, avec des preuves à l'appui, que corroboraient d'autres rapports déjà reçus :

      « Tu n'as pas menti, s'écria le prince, ta trahison mérite récompense. » Alors, s'adressant de nouveau en russe à l'officier demeuré immobile à la porte d'entrée : « Capitaine Libman, prends cette bourse et jette-la à cet homme, que tu ramèneras toi-même à la poterne du cimetière, en usant des précautions déjà employées afin qu'il ne distingue rien ; tu feras aussi donner à l'espion le mot de passe pour qu'il puisse revenir une autre fois. Tu as bien compris ?

      ? Oui, monseigneur, » répondit le capitaine, qui prit la bourse et la remit à l'homme, avec un dégoût non dissimulé, en évitant de toucher les mains ouvertes pour recevoir l'objet.

      Les soldats rappelés emmenèrent Thomy, dont chacun saisit un bras, et, précédés du capitaine, tous disparurent bientôt sous la lourde portière en tapisserie.

      « Judas ! s'écria l'amiral au moment où la petite troupe quittait la salle, misérable, j'espère ne plus voir ta face de traître.

      ? Nous la reverrons cependant, mon cher amiral, car il a goûté au pain des trahisons, » reprit Totleben.

      ? Cependant Thomy ne devait pas revenir.





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