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Madame Roland - Madeleine Clemenceau-Jacquemaire

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      Présentation Madame Roland de Madeleine Clemenceau - Jacquemaire

       - eBook

      eBook - Madeleine Clemenceau-Jacquemaire 02/08/2020
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Madeleine Clemenceau-Jacquemaire
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 02/08/2020
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : iOS, Desktop, Android, Windows, Liseuse
    • ISBN : 1230004088332



    • LA RÉVOLUTION
      (1789-1793)

      « En nous faisant naître à l'époque de la liberté naissante, le sort nous a placés comme les enfants perdus de l'armée qui doit combattre pour elle et la faire triompher ; c'est à nous de bien faire notre tâche et de préparer ainsi le bonheur des générations futures. »

      (Mme Roland. Lettre à Bancal des Issarts, 18 avril 1790.)

      À la fin du printemps de 1789, Roland tomba gravement malade. Le travail en commun au Dictionnaire des Manufactures fut interrompu. Interrompue la lecture de Milton et du Tasse dans le texte original. Presque nulle la correspondance avec Lanthenas et Bosc qui ne reçoivent plus que des billets haletants. Mme de Sévigné avait mal à la poitrine de sa fille, Mme Roland écrit :

      Nous avons ensemble fluxion de poitrine et fièvre bilieuse putride. Je savoure à longs traits la perte de ce que j'ai de plus cher au monde ; et, le sourire sur les lèvres, la mort dans mon coeur, je donne tout le jour des espérances que je n'ai plus. Plaignez-moi. Pleurez pour moi, car bientôt ma douleur ne connaîtra plus les larmes.

      Au début de l'année, le ménage s'était décidément brouillé avec le chanoine Dominique qui exécrait les idées nouvelles.

      Mon beau-frère, écrit Mme Roland, est plus prêtre, plus despote, plus fanatique et plus entêté qu'aucun des prêtres que vous ayez entendus ; aussi, suis-je bien persuadée qu'en haine de nos principes il nous fera peut-être le plus de mal qu'il pourra.

      Le ménage avait donc quitté Villefranche pour le petit appartement de la rue de la Charité à Lyon et, depuis que Roland était malade, Eudora était pensionnaire chez un pasteur protestant.

      On ne savait quelle allégresse circulait alors dans le sang français, au seul nom de la Liberté.

      La convocation des États généraux avait animé des espérances mal définies mais radieuses. D'un bout à l'autre du pays, dans les bourgades et dans les villes, le Tiers s'assemblait, se consultait, composait des pétitions, se préparait consciencieusement à remplir sa charge avec honneur. Les lois contre la Presse étaient inflexibles : des blâmes téméraires contre le régime n'en circulaient pas moins dans d'innombrables écrits que l'on se passait de mains en mains. L'esprit d'examen était entré dans toutes les têtes et n'en devait plus sortir.

      Mme Roland, tandis qu'elle mouille des compresses ou change des draps pour rafraîchir le fiévreux, Mme Roland, tandis qu'elle veille, éprouve une sorte d'ivresse civique. L'amour de la justice, l'ardeur de contribuer au progrès du genre humain se mêlent dans sa pensée à l'espoir de sauver le malade. Les dédains de la cour à l'égard des États généraux la font trembler. Ce costume uniforme imposé au Tiers-État, face aux dorures de la noblesse, cette attente sous la pluie devant une porte basse, cette réception méprisante de Louis XVI, ce ton de menace pour ordonner les « délibérations en chambres séparées », la voix tonitruante de Mirabeau, la fière réponse du président Bailly, autant de chocs électriques qui la traversent. Le jour approche où, à Koenigsberg, le vieux Kant, qui depuis soixante ans est sorti à la même heure du jour, pendant le même nombre de minutes pour accomplir la même promenade, va changer de route et aller vers l'Ouest, au-devant des nouvelles de France. Coup sur coup les événements vont se précipiter.

      Les nouvelles les plus extraordinaires arrivent de Paris.

      Necker est renvoyé par le roi, la Bastille enlevée par le peuple ; La Fayette, le héros d'Amérique, commande une Garde Nationale ; le roi se rallie à la Révolution et prend des mains du Maire de Paris la cocarde aux trois couleurs ; la reine et la cour conspirent contre la Nation ; Necker est rappelé, les princes se sauvent à l'étranger. Soudain, les lettres ne passent plus.

      Bosc, resté sans nouvelles de Lyon, reçoit enfin quelques lignes du 26 juillet. Roland est sauvé, mais Mme Roland n'a plus un mot pour ses propres affaires : « Quel est le traître qui en a d'autres aujourd'hui que celles de la nation ? » s'écrie-t-elle.

      Bientôt, avec un emportement insolite et dans des termes qui ne se retrouveront à aucun moment sous sa plume, elle va reprocher à Bosc trop de mollesse et de puérilité :

      Il est vrai que je vous ai écrit des choses plus vigoureuses que vous n'en avez faites? Vous n'êtes que des enfants. Votre enthousiasme est un feu de paille et, si l'Assemblée nationale ne fait pas le procès de deux têtes illustres ou que de généreux Décius ne les abattent, vous êtes tous f?

      Le pays lyonnais est agité de remous violents et contraires. Tandis que la bourgeoisie d'une municipalité écrit une adresse au roi pour réclamer un « exemple terrible » contre les ennemis qui osent le braver, une sorte de Jacquerie éclate dans les campagnes. Des châteaux sont brûlés et des bandes de brigands terrorisent les villages. Roland est convalescent mais il a quatre frères. Une seconde fois Mme Roland se fait l'homme de la famille. Toute seule elle part à cheval pour défendre le Clos qu'elle trouve d'ailleurs fort calme. Il y avait une bonne part d'imagination et de contagion nerveuse dans la grande peur des paysans.

      Les sublimes paroles que l'abbé Fauchet prononce au lendemain du 4 août[21] arrivent jusqu'aux Roland :

      Qu'ils ont fait de mal au monde les faux interprètes des divins oracles !? Ils ont consacré le despotisme, ils ont rendu Dieu complice des tyrans?

      Que dit l'Évangile ? « Il vous faudra paraître devant les Rois, ils vous commanderont l'injustice et vous leur résisterez jusqu'à la mort, etc? »

      Cette pensée, cette éloquence, devaient frapper Mme Roland au milieu du coeur. Du fond de sa province, on la sent frémir à la voix de ce chrétien. Mais il y en avait d'autres. Avec le clergé la lutte est ouverte. Une voix retentit : « Les biens de l'Église appartiennent à la Nation. » Qui a prononcé ce mot hardi ?

      C'est un inconnu au visage ardent et réfléchi, un jeune amant de la liberté. Évreux l'a envoyé aux États Généraux. Pour la première fois, Mme Roland entend prononcer ce nom : François Buzot.

      Roland écrit à Bosc et juge les événements. Il demande des nouvelles. Va-t-on instruire le procès de la reine et des frères du roi ? « La fougue, l'impétuosité? le peu de tenue en tout finiront par tout perdre? tant qu'on n'abattra pas de têtes, sans réserve du rang ni du nombre? Plus elles sont élevées, plus elles sont dangereuses. » Et peu après, Mme Roland écrit de son côté des lignes pleines de rudesse, où il y a peut-être un écho de la colère qui l'avait saisie après le banquet des Gardes du Corps, lorsque la reine avait paru avec son fils dans les bras :

      Les Français sont aisés à gagner par les belles apparences de leurs maîtres, dit-elle, et je suis persuadée que la moitié de l'Assemblée a été assez bête pour s'attendrir à la vue d'Antoinette lui recommandant son fils. Morbleu ! c'est bien d'un enfant qu'il s'agit ! C'est du salut de vingt millions d'hommes. Tout est perdu si l'on n'y prend garde !





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