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L'Empoisonneuse - Pierre Ninous

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      Présentation L'empoisonneuse de Pierre Ninous

       - eBook

      eBook - Pierre Ninous 03/11/2018
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Pierre Ninous
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 03/11/2018
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Desktop, Android, iOS, Liseuse, Windows
    • ISBN : 1230002785905



    • Le 29 décembre 1863, vers sept heures du soir, la petite ville de Roqueberre dans l'Armagnac était en proie à une animation qui contrastait singulièrement avec sa tranquillité de chaque jour.

      La plupart des habitants sur le pas de leur porte chuchotaient entre eux.

      Les domestiques des grandes maisons couraient vers le quartier bas de la ville, bousculant leurs maîtres qui se dirigeaient en toute hâte du même côté ; la cloche d'agonie de la vieille église envoyait lentement dans les airs ses tintements égaux et tristes ; il était évident que quelqu'un de considérable se mourait à Roqueberre.

      C'était en effet le maire de la ville, M. de Sauvetat, qui touchait à ses derniers moments.

      Atteint depuis trois semaines environ d'une indisposition subite, il s'était alité presque contre l'avis de son médecin.

      Le docteur Delorme qui le soignait, n'avait jamais paru inquiet ; deux jours auparavant, il répétait encore :

      ? Ce ne sera absolument rien ; la fièvre est violente parce que le tempérament de M. de Sauvetat est très fort ; mais il n'existe pas le moindre danger, je le certifie.

      Devant une affirmation aussi catégorique, les nombreux amis de M. de Sauvetat s'étaient rassurés ; ils attendaient même la nouvelle de sa convalescence, lorsque, subitement, la veille au soir, cette hépatite si bénigne diagnostiquée par le docteur Delorme s'était compliquée d'une foudroyante péritonite, il n'y avait plus d'espoir, la mort arrivait à grands pas.

      Dire le bouleversement, l'effarement, la douleur même que cette catastrophe imprévue apporta dans Roqueberre, est chose impossible.

      M. de Sauvetat âgé de quarante-cinq ans, marié à une jeune femme des plus sympathiques, Blanche d'Auvray, père d'une enfant de quinze ou seize ans, était l'homme le plus considérable, le plus riche, et, chose plus rare, le plus estimé de la contrée.

      En effet, maire de la ville et membre du conseil général depuis de longues années, il avait fait un bien immense dans le pays. Il l'avait doté à ses frais d'une infinité de choses trop utiles et trop coûteuses pour que le gouvernement voulût les accorder ; il avait régularisé ses impôts, mis de l'ordre dans les petites finances, pris en main les intérêts de chacun ; enfin il avait su conquérir la sympathie de tout le monde, et on le lui prouvait à cette heure suprême par une douleur qui n'était pas feinte.

      La nuit s'avançait, une froide nuit d'hiver où l'on entendait la pluie battre les murs et le vent siffler dans les arbres.

      Dans une grande chambre de l'hôtel de Sauvetat, la famille, le docteur, les vieux domestiques étaient réunis autour du lit du mourant.

      Afin que la lumière ne gênât point le malade, une seule lampe éclairait l'immense pièce et rendait plus triste et plus lugubre cette scène de mort.

      M. de Sauvetat affaissé sur ses oreillers, la figure horriblement contractée par les affres de l'agonie, avait les yeux fermés. Son sommeil était pénible, tout agité de soubresauts convulsifs. Sa respiration inégale soulevait les couvertures.

      De loin en loin une plainte déchirante s'échappait de ses lèvres.

      Sa femme, madame de Sauvetat, assise dans un grand fauteuil au chevet du lit, suivait des yeux les progrès rapides du mal et l'affaiblissement visible du mourant. Elle pleurait abondamment, et de temps à autre, par quelque exclamation désespérée, elle maudissait son malheur ou suppliait le docteur de sauver son mari.

      Au pied du lit, une autre jeune femme qu'on appelait simplement Marianne, était debout, aussi pâle que celui dont on attendait le dernier soupir.

      Plus blanche qu'un marbre, aussi immobile, en apparence aussi impassible que lui, elle ne gémissait pas, elle ne pleurait pas, mais ses traits d'une beauté admirable, altérés par un désespoir indicible, en faisaient si bien l'image de la suprême douleur ici-bas, qu'en la voyant on se sentait remué jusqu'au fond de l'âme.





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