LEURS EXCELLENCES - HENRIETTA DE QUIGINI PULIGA
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Présentation Leurs Excellences de HENRIETTA DE QUIGINI PULIGA
- eBookElle est longue pour les pauvres diplomates, cette journée du 1er janvier; les ministères, les puissances diverses, officielles et occultes, il faut à tous rendre ses hommages. C'est aussi le jour des dîners officiels, plus cruels qu'un jeûne rigoureux; mais elle finira enfin, cette journée de rudes devoirs; le soir vient et rend à tous leur liberté; nous allons retrouver nos diplomates dans l'intimité et après la pompe du matin aller souper en bonne compagnie.
C'est dans une des rues les plus tranquilles de N...[p. 276] que MM. les diplomates célibataires ont pour la plupart leur domicile, et que le prince Dobeliansky possède un «premier étage», où il reçoit assez souvent les belles ambassadrices et les aimables collègues qui ne dédaignent pas son pied-à-terre de garçon. C'est là que le soir du 1er janvier va s'assembler pour un souper de camarades la Société de la Soupe à l'oignon, composée de la crème de la diplomatie européenne. N'en est pas qui veut de cette association, fondée dans un jour d'ennui profond par un ambassadeur aimable et méridional, et devenue depuis la meilleure consolation des pauvres diplomates en exil. Pour y être admis, il faut d'abord justifier d'un goût sérieux pour la soupe qui en est le prétexte, être bien entendu de la carrière, et enfin se voir reçu à l'unanimité des suffrages.
Le président du souper mensuel est tiré au sort, et tout ce qui s'y dit, portes closes et entre associés, demeure un secret mieux gardé que celui des dépêches chiffrées; on peut être à sa guise gai, triste, sceptique, croyant, enthousiaste, vrai même; tout est permis, et jamais on n'a ouï parler d'une indiscrétion.
Mesdames les diplomatesses sont toujours ravies quand la fortune les envoie chez un célibataire, et[p. 277] Dobeliansky est le modèle du genre. Tout chez lui est irréprochable, les tentures, l'éclairage et le cuisinier, article de primo cartello que le prince n'appelle que «mon cher», et les jours de «soupe» il est notoire que M. «Cher» se surpasse lui-même.
A l'heure sonnante, avec l'exactitude de vrais diplomates, les petits coupés sobres qui font le service de nuit roulent discrètement sur le pavé inégal de la rue tranquille; les hommes arrivent à pied, enfouis dans leurs fourrures, fumant la cigarette qu'ils jettent à la porte. Cette porte est[p. 278] ouverte et rend inutile l'inscription primitive qui indique le bouton de cuivre qu'il faut habituellement tirer pour se mettre en communication avec le premier étage. L'escalier est laid, en pierre grise; le gaz brûle faiblement. Dobeliansky a renoncé depuis longtemps à corriger l'horreur de cette entrée et préfère la laisser dans sa laideur naturelle, qui fait ressortir mieux encore le contraste une fois qu'on a franchi le seuil de son chez-lui. Cet escalier, d'ailleurs, met tout d'abord ces dames de bonne humeur; c'est un changement complet, c'est autre chose, c'est l'avant-goût d'un plaisir qui n'a rien d'officiel. La porte de l'antichambre s'ouvre toute seule, et l'on entre dans une grande pièce brillamment éclairée et sentant bon les fleurs fraîches.
Avant d'aller plus loin, présentons nos personnages à nos lecteurs: plusieurs leur sont déjà connus; mais nous tenons à les présenter de nouveau plus à fond.
Madame de Glouskine.?Ambassadrice de Russie, vingt-trois ans, blonde, grande, mince, l'air hautain, mariée depuis peu de temps à Son Exc. M. Serge Glouskine, ambassadeur de Sa Majesté[p. 279] de toutes les Russies, soixante ans, bien conservé, maigre, les cheveux légèrement grisonnants, la moustache rousse, le sourire sceptique, la main longue, blanche et fine.
La marquise Della Primavera.?Italienne, femme d'un premier secrétaire, un peu forte, le teint mat, les yeux bruns, des cheveux immenses. Franche et bonne enfant, trop élégante, trop rieuse, trop parlante; trente ans.
La baronne de Camon.?Vingt-huit ans, femme d'un secrétaire de l'ambassade de France; pas jolie, mais mieux; élégante, parfumée, coiffée et habillée au dernier goût et avec une rare perfection. Sage et un peu austère, quoique aimable; la plus jolie main du corps diplomatique, toujours gantée.
Madame Stuart Boyll.?Trente-huit ans, Anglaise, blond ardent, vaporeuse, peinte à ravir, coquette avec passion, des yeux rêveurs qui n'en finissent pas; sans goût, mais d'une distinction irréprochable.
La comtesse Sonnenbund.?Viennoise, vingt-cinq ans, ne met pas de faux cheveux, porte les siens flottants crêpés, et n'a jamais l'air coiffée; romantique et valseuse infatigable; laide, mais[p. 280] avec un sourire parlant et des petits yeux de flamme; très-fêtée par MM. ses collègues.
Le prince Dobeliansky.?Encore assez jeune pour être chauve avec chic; Russe, riche et raffiné; une légère moustache, le coeur chaud, et diplomate de profession.
Vancouver Lynjoice, ou le plus beau des diplomates.?Une tête d'Antinoüs, une barbe de dieu, une taille d'athlète, le monocle dans l'oeil gauche, timide comme une demoiselle, toujours amoureux de personnes intraitables.
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