Massé¿doine - Oscar Massé
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Présentation Massé¿Doine de Oscar Massé
- eBookL'ÎLOT ERRANT DE WATERLOO
Waterloo possède, entre autres avantages naturels, un lac et un fort joli lac quoique les malins Granbygeois affectent de l'appeler une grenouillère.
Granby et Waterloo, vous savez, c'est un peu et proportion gardée, Rome et Carthage. Ainsi, Granby chine avec envie le lac du chef-lieu du comté de Shefford et Waterloo, de son coté, zieute avec convoitise les sveltes cheminées d'usines de la métropole du district de Bedford.
Blague à part, le lac est, dans la physionomie de la ville, un grain de beauté dont fort s'accommoderaient nombre de villes et villages moins biens partagés. Et ses charmes, le lac ne les emprunte pas aux baigneuses, puisqu'il n'y a pas de plages ! Ajoutons également que, sous le rapport de la pêche, on n'y capture que des espèces jugées roturières par les amateurs : brochets, perchaudes ou barbottes.
Mais quand, sous les feux du crépuscule, sa nappe se couvre de moires chatoyantes, le lac fait un tableau qu'on s'attarde à contempler. Sur les côteaux qui dévalent vers ses bords, s'alignent les rectangles des champs et des clos, clavier où se joue toute la gamme des verts, depuis le vert tendre et délayé des pâtis, tiqueté du rouge des durhams ou du noir des holsteins, jusqu'au vert sombre et épais des massifs de sapins, strié des baguettes claires des bouleaux ténus. À l'arrière-plan s'estompe, bien découpée sur l'horizon mauve, la carapace de quelque monstre apocalyptique que fait la montagne de Shefford. Là-bas, dominant la ville comme une sentinelle qui monte la garde, le clocher de Saint-Bernardin dont le soleil dore la croix d'un ultime hommage, copte l'angelus d'une voix grave. L'oreille du citadin mélomane distingue peut-être plus de fonte que de bronze dans ce son, mais l'âme plus ingénue du paysan y trouve, lorsque cesse le labeur des champs, un réconfort fait de paix intérieure et d'espoir serein. Au loin, comme un répons, antiphone la clarine de l'ayrshire qui, d'un coup de mufle, écartant le hallier, s'engage, le pis gonflé, dans le sentier battu qui mène vers la laiterie.
Une mare aux grenouilles, le lac de Waterloo ! Allons donc ! C'est une gemme de lapis-lazzuli enchâssée dans de l'émeraude. C'est une vasque de limpide cristal au marli historié d'un gentil motif de feuillage. C'est¿ mais il s'agit bien de poésie et si le lac de Waterloo doit retenir notre attention pendant quelques pages, ce n'est pas à raison de son décor champêtre ni de son charme pastoral.
Trouvez-moi un lac qui ne soit pas plus ou moins pittoresque ? Ce dont il s'agit ici c'est d'un lac qui n'est pas comme tout le monde. Car sachez que ce lac possède une île, disons plutôt un ilôt, mais un ilôt peu banal puisqu'il s'agit d'un ilôt errant.
C'est du badinage, vous récriez-vous ? Vous n'êtes pas sérieux ?
Vrai comme vous êtes là, vous dis-je, il s'agit d'un ilôt de quelques arpents carrés, qui se déplace à certaines époques, se détache de la terre ferme et s'en va, comme à la dérive, atterrir sur le côté opposé, quitte à recommencer le manège.
Reconnaissez qu'il y a là quelque chose d'extraordinaire, qu'il s'agit bel et bien d'un phénomène. Une île qui se moque de la géographie elle-même, une île qui défie la définition classique puisque qu'elle cesse parfois de s'entourer d'eau d'un côté sinon par en-dessous, une île qui erre à l'aventure d'un bout à l'autre du lac cherchant peut-être une issue par où déguerpir tout à fait, comme un ours captif du Parc Lafontaine, a-t-on jamais entendu parler de chose pareille ?
Pourtant, je n'invente rien. L'ilôt flottant ou mouvant de Waterloo est une curiosité connue et constatée. Je vous accorde que ses pérégrinations ne sont pas d'occurrence très fréquente. La dernière remonte, si j'ai bonne mémoire, à une quinzaine d'années. Les annales ou la tradition en notent une douzaine depuis 1812 alors que le phénomène fut constaté pour la première fois. Peut-être y en a-t-il eu davantage, car les choses les plus inouïes, à force de se répéter, finissent par émousser l'étonnement, et peut-être les Waterloois n'ont-ils pas tenu un compte très exact des fugues de leur ilôt nomade.
Cette étendue de terre se trouvait originairement à l'ouest du lac. Elle était alors boisée. Ce bois a depuis longtemps, disparu et l'ilôt est aujourd'hui couvert de brousse seulement, à raison peut-être d'un humus trop peu substantifique. En se détachant de la terre ferme, l'ilôt y laissa une échancrure et c'est de là qu'est résultée la Pointe Jamieson.
Une pièce de terre boisée qui fiche le camp, vous comprenez que cela dût intriguer, dans le temps, les colons du voisinage. C'est qu'il y avait vraiment de quoi éveiller la curiosité des moins badauds, exciter l'imagination la plus terne.
Et puis, il n'y a pas que l'intérêt platonique. Un lopin de terre qui déguerpit un bon jour, sans dire pourquoi, c'est assez inquiétant. Pour peu qu'un exemple aussi pernicieux se propage, c'en est fait de toute une ferme !
La surprise devint de la stupéfaction quand on s'aperçut que l'ilôt ainsi formé n'était pas stationnaire, qu'il flottait, qu'il se mouvait, pour ainsi dire. De fait, il traversa le lac et alla accoster le côté opposé. Le colon vit arriver sans enthousiasme ce visiteur et ne conçut aucune joie à cet accroissement de son bien. Au surplus, le séjour de l'intrus fut de courte durée et il a depuis abordé, si l'on peut dire, à tous les endroits du rivage sans cependant jamais, le volage, se ranger pour de bon, faire une fin.
Mais la raison, le pourquoi de ces allées et venues insolites sinon contre-nature ?
Il ne saurait s'agir de supercherie ou de fumisterie. Puisque la performance remonte à 1812, il ne peut non plus être question d'automob¿île. Au surplus, je ne sache pas que le machinisme même moderne ait jamais prétendu mobiliser de la sorte tout un pan de forêt. Ce serait vraiment trop commode pour l'industrie du bois si l'on pouvait ainsi pratiquer le flottage¿ sur pied.
Mais alors, quelle explication donner, quelle théorie proposer ?
Un savant aurait recherché une cause scientifique et, n'en trouvant pas, n'aurait pas manqué d'en supposer une. Il n'y a rien de moins réfutable qu'une théorie dite scientifique soutenue avec assurance par un bachelier quelconque (j'allais dire bateleur), à grand renfort de termes pédantesques et obscurs, même ¿ je devrais dire : surtout ¿ si elle n'est étayée d'aucune donnée bien plausible. La science, la misérable science n'est souvent qu'un trompe-l'oeil dont se leurrent les faibles esprits forts qu'offusque le surnaturel.
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