Edma et Marguerite - Catherine Woillez
- Collection: Oeuvres de Catherine Woillez
- Format eBook: Epub2 Voir le descriptif
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Avis sur Edma Et Marguerite de Catherine Woillez - eBook
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Présentation Edma Et Marguerite de Catherine Woillez
- eBookExtrait: Par une belle matinée du printemps de 1818, une jeune femme élégante et un vieillard d'un extérieur grave parcouraient lentement en calèche les environs de Milan.
Le ciel d'Italie étalait en ce moment toutes ses splendeurs. L'air était embaumé ; une foule d'oiseaux, voltigeant au milieu des plantes odoriférantes, troublaient seuls, par leurs chants mélodieux, le repos de la nature.
« Que cette matinée est délicieuse ! dit langoureusement la jeune femme à son silencieux compagnon. J'avais bien raison, cher docteur : je sens que mon séjour dans votre magnifique pays calmera l'agitation de mes nerfs fatigués ; celui de nos montagnes m'eût tuée infailliblement. Sans cesse je le disais à mon mari ; mais il y a des gens qui n'entendent, qui ne comprennent rien ; et puis, les hommes livrés à l'agriculture semblent ignorer les maux qui pèsent sur la pauvre humanité.
¿ C'est, Madame, répondit le médecin italien, nommé Butura, qu'ils y sont, pour la plupart, moins assujettis : le travail, l'air pur des champs, et le contentement qu'éprouvent ceux qui les font fructifier, sont les meilleurs préservatifs contre les maladies, trop souvent le partage du désoeuvrement et de la paresse.
¿ Ainsi vous pensez, cher docteur, que l'exercice me guérira ? reprit la dame, toujours du même ton.
¿ Sans doute, repartit assez brusquement le vieillard. Je vous l'ai déjà fait entendre, Madame, et il faut aujourd'hui vous le dire sans détour : il n'y a de malade chez vous que l'imagination, et ce que j'appellerais volontiers le trop-plein de l'opulence ; agissez, travaillez selon vos forces ; occupez sérieusement votre esprit des devoirs qui vous sont imposés, et vos maux disparaîtront comme de vains fantômes.
¿ En vérité, monsieur le docteur, vous êtes encore plus incrédule, en fait de souffrances, que votre ami le baron de Linard. Lui, du moins, plaignait parfois celles que j'endure, et, quand j'insistai pour faire le voyage d'Italie, il céda à mes instances, ne doutant pas que vos soins ne parvinssent à me guérir, tandis que vous semblez à peine les croire nécessaires.
¿ Je n'ai pas l'habitude, Madame, répliqua l'obstiné vieillard, de faire entrer la flatterie dans le traitement que j'emploie pour ceux qui me consultent : je laisse ce moyen aux charlatans ; un homme qui se respecte n'en saurait user sans s'abaisser à ses propres yeux. Or, votre mari, que j'ai beaucoup connu autrefois, vous a envoyée avec confiance auprès de moi pour que je vous disse la vérité, et je vous la dis, pensant qu'elle pourra vous être utile.
¿ Voyons, ne vous fâchez pas, bon docteur, se hâta de répondre Mme de Linard, accompagnant ces paroles de son plus séduisant sourire. Avec le temps vous reconnaîtrez la réalité de mes souffrances. Promettez-moi seulement de ne pas faire connaître à mon mari votre opinion actuelle ; il ne manquerait pas de s'en autoriser pour me rappeler en France sur-le-champ, et je perdrais ainsi le fruit du voyage que j'ai tant désiré. Si vous saviez combien la solitude que s'est choisie le baron est triste et monotone pour une femme qui compte à peine vingt-six ans !
¿ Eh ! Madame, dans cette solitude, dont vous vous plaignez, se trouvent des richesses à répandre sur les malheureux, une maison à surveiller, un mari qui vous aime, une enfant qui réclame vos soins maternels : ne sont - ce pas là des objets capables de vous sauver de l'ennui ?
¿ Que vous vous méprenez, cher docteur ! sachez donc que dans ces montagnes du Lyonnais, où furent ensevelies les plus belles années de ma jeunesse, personne ne s'occupe de moi. Le baron ne songe qu'aux spéculations financières qu'il fait marcher de front avec la culture de ses vignes et de ses champs ; ma fille ne se plaît qu'avec sa poupée ; quant à la maison, M. de Linard y commande en maître ; que puis-je faire au milieu d'une vie si opposée à mes goûts ? »
En recueillant ces mots, l'austère Butura haussa brusquement les épaules, et sa belle cliente, déconcertée de son air frondeur, n'osa poursuivre l'entretien ; en sorte que leur promenade eût fini par les ennuyer beaucoup l'un et l'autre, si un cri perçant, sorti d'un massif d'arbres que côtoyait leur voiture, n'était venu tout à coup les distraire.
Au même instant, une petite fille, âgée de huit ans environ, et n'ayant pour vêtements que de misérables haillons, se précipita hors du taillis, et vint tomber aux pieds des chevaux, qui, heureusement, s'arrêtèrent d'eux-mêmes.
« Oh ! tu ne m'échapperas pas, » criait en italien une femme derrière le feuillage, d'où elle sortit pour s'élancer sur la petite fille. Étonnée à la vue de l'équipage, que dans sa fureur elle n'avait pas aperçu, soudain elle changea de ton, et, joignant les mains d'un air suppliant, elle implora la charité des promeneurs.
« Pourquoi maltraitez-vous cette enfant ? lui demanda sévèrement le docteur, qui, déjà descendu de voiture, avait ramassé la pauvre petite, dont la pâleur annonçait l'effroi.
¿ Eh ! mais, signor, répondit l'Italienne, que voulez-vous donc que je fasse ? Ce mauvais sujet est à ma charge ; pour elle, il me faut chaque jour diminuer la part de mes propres enfants ; encore ne veut-elle pas mendier le pain qui nous est si nécessaire. Tout à l'heure nous étions là sous ces arbres ; des gens comme il faut vinrent à passer, je lui dis d'aller leur demander l'aumône ; au lieu de m'obéir, elle se mit à pleurer en se cachant, et des larmes, voyez-vous, signor, ça ne rapporte rien, tant qu'elles ne sont pas versées devant ceux qui peuvent soulager notre misère.
¿ A qui appartient cette jeune infortunée, et comment se trouve-t-elle entre vos mains ? reprit le docteur en fixant sur la mendiante un regard pénétrant.
¿ La chose est facile à expliquer, répliqua celle-ci, sans témoigner le moindre embarras. J'habite cette cabane que vous voyez ( en même temps elle montrait une masure isolée qu'on apercevait à travers le taillis), et c'est presque toujours de ce côté que je viens demander l'aumône. Il y a deux ans, une jeune femme, dont le visage défait annonçait le chagrin et la souffrance, passa sur cette route. Elle tenait cette enfant par la main ; tout à coup je la vis chanceler et tomber au pied d'un arbre. J'allai vers elle, sans oser toutefois lui adresser la parole ; elle m'aperçut alors, malgré son profond abattement, et me demanda d'une voix éteinte de lui indiquer un gîte où sa fille et elle pussent passer la nuit. Je lui conseillai de retourner à Milan, d'où elle paraissait venir. A ce nom elle baissa les yeux, puis aussitôt, les relevant sur moi, elle me dit d'une manière à fendre le coeur ..........
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