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Avis sur Les Peaux Noires de Xavier Eyma - eBook
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Présentation Les Peaux Noires de Xavier Eyma
- eBookLE CODE NOIR
I
Tous les drames que présente la vie des esclaves dans le Nouveau-Monde ; tous les sentiments que peut inspirer ce spectacle de l'omnipotence d'un côté et de la soumission absolue de l'autre ; toutes les émotions, toutes les accusations, toutes les injustices, toutes les pitiés, tous les abus de pouvoirs, toutes les générosités, toutes les révoltes, tous les crimes, toutes les larmes, se résument dans la loi qu'on a appelée le Code noir.
Dénomination terrible et lugubre qui épouvante l'imagination beaucoup plus que de raison ! Il semble que derrière chaque page de ce code se cache le bourreau, que chacun de ses articles enseigne un supplice nouveau, que chaque mot met aux mains du maître un instrument de torture ! Et pourtant le Code noir n'est qu'une loi protectrice, protectrice pour l'esclave et pour le maître à la fois.
L'esclavage étant donné, le Code noir a dû exister ; ce n'est pas le Code noir qu'il faut condamner, mais l'esclavage. Les abolitionistes ont beaucoup déclamé contre le Code noir, sans trop savoir ce qu'ils disaient. Ils ont bataillé contre un mot, et rien de plus.
Le Code noir n'a accordé aucun pouvoir extraordinaire au maître sur l'esclave, c'est la société qu'il a armée de toutes les rigueurs pénales contre le nègre coupable de crimes que la conscience humaine, la philosophie et la religion excusent et légitiment à distance des époques, des moeurs et loin du milieu social où règne la loi. Le Code noir, au contraire, impose des devoirs au maître, définit et limite ses pouvoirs, ses droits. Ce n'est pas contre le Code noir que l'esclave se révolte, c'est contre l'esclavage. L'esclavage a rabaissé une race humaine, l'a dégradée, asservie ; la loi a pris le nègre en cet état, et l'a couvert de son bouclier protecteur, en prévenant les abus, mais en le tenant toujours dans une condition inférieure au blanc ; l'esclavage a fait le nègre la propriété du blanc, propriété intelligente, active, susceptible conséquemment de toutes les passions ; passions d'homme libre d'abord, puis passions d'esclave. Sans une loi également protectrice, le maître pouvait commettre autant de crimes sur la personne de l'esclave que l'esclave sur la personne du maître.
Tous les pays à esclaves ont eu leur Code noir, soit qu'il ait été une loi unique, soit qu'il ait été la réunion de toutes les ordonnances, ou règlements spéciaux concernant l'esclavage. Partout ce Code noir a été le même, ou du moins le même esprit l'a inspiré ; à peu de chose près, aux États-Unis, dans l'Amérique méridionale, aux Antilles, ce sont toujours les mêmes obligations réciproques, la même omnipotence d'un côté, la même soumission, les mêmes humiliations, la même dégradation de l'autre ; partout le nègre est l'esclave et le blanc est le maître ; partout l'esclavage porte à ses rameaux des fruits amers.
Il est bon que le lecteur prenne une idée de ces codes noirs ; il aura ainsi la clé de bien des faits que j'ai consignés dans le cours de ce volume, et de quelques traits qu'il me reste a rapporter de la vie des esclaves.
J'emprunte au Code noir d'un des États à esclaves de l'Union américaine, ses principales dispositions.
II
Le Code noir garantit aux esclaves la jouissance du dimanche ; toutefois, le maître peut les faire travailler ce jour-là, moyennant une indemnité de quatre schillings. Cette disposition du code n'est applicable ni aux domestiques de maison, ni aux cochers, ni aux esclaves employés dans les hopitaux, ni à ceux qui portent des légumes au marché.
Le Code noir assure à l'esclave un baril de maïs par mois, une pinte de sel, une chemise et une paire de pantalons de coton, pour l'été ; une chemise de flanelle, une paire de pantalons de laine, une casaque pour l'hiver, et une pièce de terre à cultiver. Les esclaves infirmes, âgés et aveugles, doivent être habillés, nourris et soignés aux frais du maître, sous peine pour celui-ci d'une amende de vingt-cinq dollars pour chaque infraction à cette disposition de la loi.
Le maître ne peut pas se débarrasser de la charge d'entretenir les esclaves en leur accordant un jour pour travailler à leur propre compte.
Les enfants au-dessous de dix ans ne peuvent être vendus sans leur mère.
Il est interdit aux esclaves de rien posséder, ni de rien vendre, d'avoir des armes ou de chasser sans la permission du maître ; ils ne peuvent ni se porter parties, ni témoigner dans aucun procès civil ou criminel.
Tout esclave rencontré à cheval sans la permission de son maître, peut être arrêté, et puni de vingt-cinq coups de fouet.
Nul ne peut frapper un esclave au service d'un autre maître, sous peine d'une amende de vingt-cinq dollars ; néanmoins toute personne rencontrant un esclave, hors de la circonscription de la plantation de son maître, est autorisée à l'arrêter, à le punir, et même à le tuer en cas de résistance.
Toute personne a droit de faire feu sur un esclave marron, ou sur un esclave qui, sommé de s'arrêter, s'y serait refusé.
Quiconque est blessé par un esclave marron, en cherchant à se saisir de lui, reçoit une indemnité de l'État, et en cas de mort l'indemnité est allouée à ses héritiers.
Tout propriétaire d'esclave marron a le droit de le rechercher ou de le faire rechercher par le ministère de personnes blanches, même sur les plantations des autres planteurs, sans la permission de ces derniers, excepté dans l'intérieur des maisons ou dans tout autre lieu fermant à clé.
Le maître qui maltraite ses esclaves ou qui leur refuse la nourriture et l'habillement, est traduit sur la déclaration d'une ou de plusieurs personnes, devant la justice de paix, et condamné à une amende de vingt-cinq dollars par chaque délit.
Les gens de couleur libres qui manquent de respect à un blanc, qui prétendent à traiter d'égal à égal avec lui, qui l'insultent ou le frappent, sont punis de la peine de l'emprisonnement selon le degré de l'offense.
L'esclave accusé d'un crime est jugé dans les trois jours qui suivent son accusation, par un tribunal composé de trois ou cinq personnes libres ; ni le propriétaire de l'esclave, ni aucun de ses parents jusqu'au quatrième degré ne peut faire partie de ce tribunal.
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