Excursion dans L'Oyapock - Théodore Lacordaire
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Avis sur Excursion Dans L'oyapock de Théodore Lacordaire - eBook
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Présentation Excursion Dans L'oyapock de Théodore Lacordaire
- eBookDans les premiers jours du mois d'octobre 1831, je quittai la ville de Cayenne pour me rendre dans l'Oyapock [1], la rivière la plus importante de la Guyane française après le Maroni, qui nous sépare de la colonie de Surinam, et dont la possession nous est commune avec les Hollandais. Cette traversée, qui n'est que de trente lieues, n'exige ordinairement que deux ou trois jours ; mais les vents de sud-est, qui soufflent constamment dans cette saison sur les côtes de la Guyane, forcèrent la goélette sur laquelle j'avais pris passage à relâcher dans l'Approuague, et je ne parvins à ma destination que dix jours après mon départ.
En se jetant dans la mer, l'Oyapock donne son nom à une vaste baie dont le cap d'Orange (Lat. N. 4° 8'-Long. 0. 54° 40' 15'') forme la limite sud-sud-est, et la Montagne d'Argent celle nord-nord-ouest. Ces deux points extrêmes sont éloignés de sept lieues. A partir de l'embouchure de la rivière jusqu'au cap d'Orange, on n'aperçoit qu'une longue lisière de palétuviers qui défendent l'accès du rivage, et qui vont en s'abaissant jusqu'au cap, où ils paraissent se confondre avec la mer et le ciel. Cette côte monotone n'est interrompue que dans un seul endroit, là où la rivière d'Ouassa, après avoir parcouru les savanes de ce nom, vient décharger ses eaux dans la mer. L'autre côté de la baie forme un demi-cercle qui commence, à l'embouchure de la rivière, par le Morne Lucas, taillé à pic, et qui n'est que le prolongement des montagnes de l'intérieur, dont on aperçoit les diverses chaînes vers un horizon peu éloigné. Deux lieues plus loin est l'embouchure du Ouanary, petite rivière sur les bords de laquelle existe une sucrerie fondée en 1741 par la compagnie du Sénégal, qui y cultiva d'abord l'indigo, industrie abandonnée aujourd'hui dans toute la colonie. A partir de ce point jusqu'à la Montagne d'Argent s'étendent des terres basses, incultes et couvertes de bois, si ce n'est au pied de la montagne, où règnent de vastes plantations de coton créées récemment. De son sommet on jouit de la vue de toute cette scène.
L'Oyapock, à son embouchure, n'a pas moins d'une grande lieue de large. A peine a-t-on doublé le Morne Lucas, en y entrant, qu'on découvre deux îles étroites, qui occupent presque le milieu de la rivière. La première, nommée Ilet Perroquet dans le langage du pays, est de forme quadrangulaire, et n'a pas plus d'un tiers de lieue de long sur une faible largeur. Elle est couverte de bois et inhabitée, ainsi que la seconde, appelée Ilet Biche, qui a environ deux lieues de long sur une largeur peu considérable, et tend sans cesse à s'accroître par les alluvions qu'y forme le retrait des eaux. Vis-à-vis de son extrémité supérieure, sur la rive gauche de la rivière, s'avance une légère pointe sur laquelle était située, dans le dernier siècle, la paroisse de l'Oyapock, où les missionnaires avaient rassemblé un assez grand nombre d'Indiens, et qui était protégée par le fort Saint-Louis, bâti en 1726, et défendu par une faible garnison. Ce fort fut pris et incendié, ainsi que la bourgade, en 1744, par les Anglais, qui y commirent des actes de cruauté dont on peut voir le récit dans une lettre du père Fauque, insérée dans les Lettres édifiantes. Depuis cette époque, la paroisse et le fort n'ont pas été relevés, et il n'en reste plus que de faibles traces, qu'il faut chercher au milieu d'une végétation épaisse qui les recouvre. Il en est à peu près de même de quelques fortifications que les Hollandais avaient construites au pied du Morne Lucas pendant leur domination momentanée sur la colonie en 1676.
Jusqu'à ce point, les bords de l'Oyapock sont incultes et déserts. Les habitations commencent non loin de l'ancienne Mission, et se succèdent, tantôt rapprochées, tantôt isolées, jusque près du premier saut, qui est éloigné de quatorze lieues de l'embouchure. La rivière diminue insensiblement de largeur, et offre, de distance en distance, des îlots inhabités dont le nombre et l'étendue vont sans cesse croissant. Le rivage, d'abord plat des deux côtés, s'élève peu à peu et finit par être bordé de collines, dont l'élévation est peu considérable, mais qui présentent çà et là des points de vue de l'effet le plus pittoresque, et qui fourniraient aux peintres les sujets d'études les plus variés.
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