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La Tour de Percemont - GEORGE SAND

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      Présentation La Tour De Percemont de GEORGE SAND

       - eBook

      eBook - George Sand 28/10/2018
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : GEORGE SAND
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 28/10/2018
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Liseuse, Android, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230002752501



    • ¿ Je ne pourrais jamais désirer ni espérer rien de mieux, si j'étais aimé, répondit Henri ; mais sache, mon père, que cette affection, sur laquelle je croyais pouvoir compter, s'est étrangement refroidie depuis quelque temps. Jacques ne m'a pas répondu lorsque je lui ai annoncé mon prochain retour, et les dernières lettres d'Émilie étaient d'une froideur remarquable.

      ¿ Ne lui aurais-tu pas donné l'exemple ?

      ¿ S'en est-elle plainte ?

      ¿ Miette ne se plaint jamais de rien ; elle a seulement remarqué une sorte de préoccupation dans tes propres lettres ; et, quand j'ai voulu me réjouir avec elle de ton retour, elle a eu l'air de douter qu'il fût aussi prochain que je le lui annonçais. Voyons, enfant, la vérité. Tu peux bien te confesser à tes parents. Je ne te demande pas compte des distractions que Miette pourrait te reprocher. Nous avons tous passé par là, nous autres étudiants d'autrefois, et je ne prétends pas que nous valussions mieux que vous ; mais nous revenions au bercail avec joie, et peut-être dans ta correspondance avec ta cousine as-tu laissé percer un regret de ces distractions que tu aurais eu le tort de prendre trop au sérieux ?

      ¿ J'espère que non, mon père, car ce regret a été bien léger et rapidement effacé par la pensée de votre bonheur. Je ne me rappelle pas les expressions qui ont pu m'échapper ; mais, à coup sûr, je ne suis pas assez naïf pour avoir rien dit et rien pensé qui motive le ton glacial que la petite cousine a pris pour me répondre.

      ¿ As-tu là sa lettre ?

      ¿ Je cours vous la chercher.

      Henri sortit, et ma femme, qui avait écouté en silence, prit vivement la parole.

      ¿ Mon ami, me dit-elle, ce mariage est rompu, il n'y faut plus songer.

      ¿ Pourquoi ? qui l'a rompu ? à quel propos ?

      ¿ Miette est une fille rigide et froide qui ne comprend rien aux exigences de la vie élégante dans une certaine situation ; elle n'est pas capable de pardonner même l'apparence d'un petit égarement dans la vie d'un jeune homme.

      ¿ Allons donc ! que me dis-tu là ? Miette connaît fort bien toutes les légèretés commises par monsieur son frère lorsqu'il faisait son droit à Paris, et j'aime à croire qu'Henri n'en a pas le quart à se reprocher. Pourtant Miette n'en a jamais témoigné ni inquiétude ni dépit ; elle l'a reçu à bras ouverts lorsqu'il est revenu, il y a deux ans, aussi coureur d'aventures et aussi peu avocat que possible. Elle l'a aidé à payer ses dettes sans un mot de reproche ou de regret. Il me le disait encore dernièrement en ajoutant que sa soeur était un ange pour l'indulgence et la générosité, et à présent tu voudrais¿

      Henri, qui rentrait avec la lettre, nous interrompit. Cette lettre n'était pas froide comme il le prétendait. Émilie n'était jamais très-démonstrative, et ses habitudes de modestie ne lui avaient jamais permis de se livrer davantage ; mais il est bien certain que cette fois il y avait chez elle un trouble et une sorte d'effroi inusités. « L'amitié, disait-elle, est une chose indissoluble, et vous trouverez toujours en moi une soeur dévouée ; mais il ne faut pas que le mariage vous tourmente ; s'il vous faut le temps de la réflexion, il me le faut aussi, et nous ne sommes engagés à rien que nous ne puissions encore discuter et remettre en question selon les circonstances. »

      ¿ Tu remarqueras, observa Henri en s'adressant à moi, qu'elle me dit vous pour la première fois. ¿ Il faut qu'il y ait de ta faute, répondis-je. Voyons ! allons au fait. Es-tu toujours amoureux, oui ou non, de ta cousine ?

      ¿ Amoureux ?

      ¿ Oui, amoureux, amoureux d'amour, il n'y a pas à jouer sur les mots.

      ¿ Il est en peine de te répondre, dit ma femme. Il se demande peut-être s'il l'a jamais été.

      Henri saisit avidement la perche que lui tendait sa mère.

      ¿ Oui, s'écria-t-il, voilà le vrai ! Je ne sais pas si on peut appeler amour le sentiment respectueux et fraternel que Miette m'a inspiré dès l'enfance. La passion n'est jamais éclose de part ni d'autre.

      ¿ Et tu veux la passion dans le mariage ?

      ¿ Tu crois que j'ai tort ?

      ¿ Je ne crois rien, je ne fais pas de théorie. Je veux connaître l'état de ton coeur. Si Miette Ormonde aimait un autre que toi, tu ne demanderais pas mieux ?

      Henri pâlit et rougit simultanément.

      ¿ Si elle en aime un autre, répondit-il d'une voix émue, qu'elle le dise !¿ Je n'ai pas le droit de m'y opposer, et je suis trop fier pour ne pas m'interdire les reproches.

      ¿ Allons, repris-je, la chose s'éclaircit et la cause est entendue. Écoute, nous avons dîné à quatre heures, il en est à peine six. Tu peux dans une demi-heure être chez ta cousine. Tu vas prendre Mademoiselle Prunelle, ta bonne petite jument, qui ne galope guère en ton absence et qui va être enchantée de cette promenade. Tu n'as rien à dire à Miette, sinon qu'arrivé à l'instant tu accours serrer sa main et celle de son frère. Cet empressement est la plus concise et la plus nette des explications en ce qui te concerne. Tu verras s'il est accueilli avec plaisir ou avec indifférence. À un garçon d'esprit, il n'en faut pas davantage.





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