Sabine - Marc de Montifaud
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Avis sur Sabine de Marc de Montifaud - eBook
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Présentation Sabine de Marc de Montifaud
- eBookPROLOGUE
I
¿ Je ne me trompe pas, c'est bien mon incomparable Junon ?
¿ Tiens, vous ici, mon cher ?
Ces deux exclamations se croisaient dans une rue du Caire, entre une femme d'une corpulence excessive et un homme de trente-cinq à trente-huit ans.
En une minute, la dame à l'embonpoint au-dessus de la moyenne eut inspecté la toilette et l'air de tête du personnage qui l'interpellait, et, satisfaite de son examen, poursuivait :
¿ Que diable faites-vous dans ce quartier, rôdant ainsi autour de la maison de Sidi Mohammed ?
¿ Mais, vous le voyez, j'ai mon album sous le bras, je voudrais enlever cette façade¿
¿ Est-ce qu'il ne serait pas plus exact de dire : escalader ?
Celui auquel s'adressait la réplique sourit légèrement ; son sourire équivalait à la meilleure affirmation.
¿ Écoutez, continua la dame, je vous trouve à la porte d'un de nos riches Levantins, qui a le périlleux avantage de posséder le sérail le mieux réputé pour la vigilance de ses gardiens et la beauté de ses invisibles, quoi d'étonnant à ce que j'en conclue que mon célèbre compatriote¿ ?
¿ Oh ! oh !¿ Interrompit l'autre avec une modestie affectée.
¿ Allons donc, mon cher ! ne me coupez pas la parole¿
¿ Pour Dieu, comtesse, ne parlez pas de rien couper ici.
¿ Je reprends, alors. Quoi d'étonnant à ce que mon célèbre compatriote, Henri Duvicquet, toujours fou d'orientalisme, se brûle les yeux en face d'un mur blanc, derrière lequel il se passe tant de choses ?
¿ Puisque vous êtes si perspicace, j'aime mieux convenir franchement de la vérité.
¿ Et vous aurez raison, car je pourrai peut-être vous aider.
¿ Bah ! Vous connaissez Sidi Mohammed ?
¿ Moi ? par exemple ! Je ne connais d'autre Mohammed que mon domestique, un eunuque, qui me sert de femme de chambre, ¿ la perle des femmes de chambre, mon cher ; ¿ il ne lui manque que de savoir coudre. Je l'emmènerai en France, à mon retour.
¿ Quelle bêtise ! vous trouverez l'équivalent au Hammam.
¿ Pas si sûr ! Songez donc, je suis absolument certaine que je peux laisser Rachel ¿ vous savez ? ma fille ¿ avec celui-là. Tandis qu'un autre, recruté à Paris, hum ! c'est¿ délicat, vous en conviendrez.
¿ Excessivement délicat. Et même, sous ce côté de la turquerie, je ne demanderais qu'à être l'heureux Turc qui aurait l'avantage de vous expédier à toutes deux vos toilettes du matin.
¿ Nous avons mieux que vous, mon petit. Mais parlons un peu de vos affaires. Vous préparez une toile, je suppose ?
¿ Oui, seulement la ville me fait regretter mon ancien désert.
¿ Qu'est-ce qui vous gâte l'Orient ?
¿ Les Orientales, parbleu ! Croyez-vous qu'il me plaît tant que ça, pour exprimer le superlatif du beau, de m'écrier, en imitant le Cantique des cantiques : « Les hanches de ma bien-aimée sont comme un bastion¿ et ses pieds comme des coussins. Sa figure est pareille à un soleil, et, si elle marche, elle possède la majesté d'un éléphant ! » Au diable la Mingrélie et la Circassie ! Imaginez-vous que, le jour même de mon arrivée, le hasard m'englobe dans un cortège lugubre : une file de voitures mornes. Je me crois, décemment, obligé de prendre mon chapeau à la main, comme si je suivais un enterrement civil. Pas du tout ! c'était un mariage. Ça me ragaillardit. Mais, dans le même moment, une troupe arrive, musique en tête, chantant un air à peu près comme celui-ci : ¿ La illah il Allah ! ou, Mohammed Ressoul Allah ! ¿ Je me dis : à la bonne heure ! ce sont de braves villageois qui n'attendent pas leur arrivée au point de réunion pour ouvrir le bal ! Et me voilà criant à tue-tête : La illah il Allah ! Mohammeh Ressoul Allah ! ¿ Au bout d'un instant, j'étais complètement turquifié ; je gambadais comme un vrai bamboula. Tout à coup, à la tête du cortège, j'aperçois des hommes qui font danser à qui mieux mieux un coffre étroit et long, couvert d'un châle rouge qui devait au besoin servir de couvre-pied les jours ordinaires. ¿ Naturellement, le refrain ne discontinuait pas. Or, cet objet se trouvait être une bière qui bondissait gaiement sur les épaules de ses porteurs, et cette bière contenait un défunt qu'on allait enterrer avec un entrain de diable-au-corps.
¿ C'est exact, répliqua la comtesse. Seulement vous n'avez rencontré là que les moeurs populaires.
¿ Je le crois fichtre bien ! mais pensez-vous que ce soit préférable dans les classes riches, par exemple ?
Perdre quelqu'un, mazette ! ce n'est pas une petite affaire, si l'on veut le pleurer dans les rites convenus ; on n'en est guère quitte à moins d'un combat d'où l'on revient presque toujours éclopé. Quand, amis et parents se sont disputé le cercueil, en se l'arrachant avec des vociférations, c'est qu'il ne s'agit plus d'en rester là, mille dieux ! À peine le mari enterré, ses femmes sont tenues, chaque jour, à la même heure, de pousser des hurlements et d'assourdir les voisins. Quand la voix leur manque, elles frappent sur le tarabouk et tirent des coups de pistolet. ¿ Au besoin, ¿ je n'invente rien, ¿ on appelle les bonnes amies à la rescousse¿ et allez donc !¿ Ça donne du renfort et on crie de compagnie. Que le prophète me préserve de rendre des visites de condoléance aux femmes haut placées. J'aime encore mieux la gigue ¿ non, l'enterrement du populo, où l'on chante : tra la la illah il Allah¿ en se trémoussant comme des diables. ¿ On ne comprend pas ce que ça veut dire, mais les gens vous en savent gré quand même. Et on a la satisfaction, lorsque l'on s'est démené en conscience, de ne pas rapporter de horions.
La comtesse haussa les épaules, en femme qui s'apprête à répondre : ¿ Vous n'avez pas tout vu.
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