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Mitsi - Delly

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      Présentation Mitsi de Delly

       - eBook

      eBook - Delly 18/03/2020
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Delly
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 18/03/2020
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Liseuse, Android, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230003760499



    • Ce matin de juin, une amazone et deux cavaliers parcouraient au petit trot la route large, bien entretenue, bordée de vieux arbres, qui conduisait aux forges de Rivalles et à la superbe résidence désignée dans le pays sous le nom de « Château Rose ». L'amazone était jeune, très blonde et d'une incontestable beauté. Les yeux d'un bleu vif avaient beaucoup d'éclat et la fraîcheur du teint pouvait soutenir toutes les comparaisons. Elle montait fort bien, avec beaucoup d'aisance. Son compagnon de gauche fit remarquer :

      ¿ Vous devenez une excellente écuyère, Florine.

      Celui-là était le directeur des forges, Flavien Parceuil. Bien qu'il eût dépassé largement la soixantaine, il restait d'allure encore jeune, et, visiblement, était plein d'activité. Une barbe grise très soignée terminait son visage long et pâle, creusé de petites La bouche avait un pli dur, et les yeux se cachaient fréquemment sous de molles paupières flétries par l'âge.

      Le second cavalier n'était autre que Christian Debrennes, vicomte de Tarlay, maître et seigneur non seulement des importantes forges de Rivalles et du Château Rose, mais encore d'une grande partie du pays, fort loin à la ronde.

      Le beau Tarlay, comme on l'appelait à Paris et dans tous les endroits à la mode. Il venait d'atteindre ses vingt-trois ans. Cinq ans auparavant, en 1870, il s'était engagé, avait combattu avec une ardente bravoure. Puis, la guerre finie, il avait repris ses études qu'il menait brillamment, la nature l'ayant doué d'une rare intelligence et d'une extrême facilité. Il commençait alors de s'occuper des forges dont son père, toujours malade, laissait la direction à Parceuil, leur parent éloigné. Mais bientôt, le jeune homme n'avait plus guère songé qu'à l'existence mondaine qui lui réservait des succès bien faits pour flatter son orgueil. Adulé chez lui et au dehors, disposant d'une fortune presque sans limites, puisque chaque année les forges prenaient plus d'importance, il était devenu le plus parfait égoïste du monde, n'ayant souci que de satisfaire sa volonté fantasque et ses désirs impérieux.

      Ce n'était pas sa grand'mère paternelle, la présidente Debrennes, qui aurait cherché à le détourner de cette voie. Christian, descendant par son aïeule maternelle de la très noble race des vicomtes de Tarlay, et par son grand-père Jacques Douvres, d'une opulente famille de la vieille bourgeoisie d'Ile-de-France, avait, assurait-elle, mieux à faire que de diriger par lui-même ces forges qu'il avait plu au dit grand-père, homme d'une activité dévorante, d'établir dans ce pays, près du château de Rivalles, bâti par les Tarlay au cours du xviie siècle.

      Flavien Parceuil, de son côté, trouvait cette situation fort à son gré. Il y avait en cet homme un besoin de domination, ou plutôt de tyrannie qu'il pouvait assouvir dans la direction dont Christian lui abandonnait l'entière responsabilité.

      Laissant de côté le chemin qui menait aux forges, les promeneurs s'engageaient dans la magnifique allée de hêtres au bout de laquelle se dressait une grille immense, chef-d'oeuvre de ferronnerie. Au delà s'étendait une cour d'imposantes proportions. À droite et à gauche, des bosquets touffus dissimulaient communs et écuries. En face, dans la chaude lumière de juin, apparaissait un délicieux petit palais dans le style du xviie siècle, décoré de marbre rose et formant un corps de logis principal avec deux ailes en retour.

      Comme l'amazone et les cavaliers allaient atteindre la grille, ils dépassèrent une femme et une petite fille qui marchaient d'un pas lassé. La femme était grande, forte, d'aspect commun, vêtue en campagnarde endimanchée. La petite fille portait une robe mal faite, d'étoffe grossière, qui engonçait complètement son frêle petit corps. Un affreux chapeau de paille brune, garni d'un ruban fané, s'enfonçait jusqu'à ses yeux, cachant ainsi presque tout son visage menu et très brun. Elle portait un sac qui paraissait assez lourd et sa compagne avait au bras un pesant cabas. Au moment où le cheval de Florine passait près d'elle, il se cabra, recula et la renversa. Un cri d'effroi s'échappa des lèvres de la femme. Christian, qui se trouvait en avant de ses compagnons, se détourna et demanda vivement :

      ¿ Eh bien qu'y a-t-il ? Cette enfant est-elle blessée ?

      Mais déjà elle se relevait, en disant d'une voix tremblante :

      ¿ Non, je n'ai rien¿

      ¿ Petite, sotte, ne pouviez-vous marcher tout au bord de la route ? s'écria sèchement Florine.

      Parceuil dit entre ses dents :

      ¿ Voilà des gens que Laurent va mettre promptement à la porte, j'imagine.

      Christian avait fait repartir sa monture. Il restait silencieux, avec son air distrait et hautain des mauvais jours. Florine glissait vers lui des regards inquiets et brûlants dont il ne paraissait pas s'apercevoir.

      Des palefreniers, qui guettaient le retour des promeneurs, vinrent prendre les chevaux tandis que Christian, la jeune fille et Parceuil entraient dans le vestibule aux murs couverts de porphyre et que décoraient des statues d'une grande beauté.

      L'une des portes à double battant donnant sur ce vestibule était ouverte, laissant voir un salon à trois fenêtres où se trouvaient en ce moment deux personnes. L'une d'elles, une femme âgée, aux traits accusés, vêtue de faille vert foncé, quitta le fauteuil qu'elle occupait et s'avança en demandant :

      ¿ Eh bien, avez-vous fait bonne promenade ?

      Elle s'adressait à tous, mais son regard s'attachait plus particulièrement à Christian. Ce fut lui qui répondit avec indifférence :

      ¿ Mais oui, grand'mère¿ La chaleur n'était pas trop forte encore¿ n'est-ce pas, Florine ?

      ¿ Non¿ un temps délicieux, chère marraine !

      La présidente inclina la tête en signe de satisfaction, tout en glissant un coup d'oeil complaisant vers le beau couple que formaient sa filleule et son petit-fils, en ce moment l'un près de l'autre.

      Florine, mince souple, atteignait presque la taille cependant élevée de Christian. Sa chevelure semblait plus blonde encore près des épaisses boucles brunes que le jeune homme venait de découvrir pour saluer sa grand'mère, en lui baisant la main.

      Parceuil demanda, tout en serrant à son tour cette main blanche garnie de fort belles bagues anciennes :

      ¿ Comment va Louis, ce matin ?

      La présidente se détourna à demi, en jetant un coup d'oeil vers la fenêtre la plus éloignée. Un homme était assis là, enfoncé dans les coussins d'une bergère. Son pâle visage creusé témoignait des ravages faits par la maladie. Dans les yeux noirs très doux, une profonde tristesse paraissait à demeure et disparut à peine pendant quelques secondes quand Christian, entrant dans le salon, vint à lui et se pencha pour lui prendre la main en demandant :

      ¿ Vous sentez-vous mieux, ce matin, mon père ?

      ¿ Non, pas mieux du tout, mon enfant.





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