Gómez Arias - Telesforo de Trueba y Cosío
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Présentation Gómez Arias de Telesforo de Trueba y Cosío
- eBookTome II
Nous devons maintenant rappeler l'attention de nos lecteurs sur la révolte des Maures, qui est en quelque sorte liée à notre histoire. Les quarante chefs qui avaient été élus par les rebelles de I'Albaycin réussirent à faire partager leur ressentiment aux habitans des villes et des villages qui se trouvaient dans la juridiction des Alpujarras ; leurs efforts cependant furent rarement couronnés de succès. Dans la plupart de leurs rencontres avec les Chrétiens, les Maures furent ou entièrement défaits, ou obligés de chercher leur salut dans la fuite ; néanmoins ils persévéraient dans leurs desseins. Leurs revers de fortune, au lieu de les abattre, augmentaient leur courage, en ajoutant à leur désir de vengeance.
Les rebelles avaient déjà essuyé de grandes pertes ; ils ne possédaient plus la ville de Guejar, qui, après une résistance désespérée, avait cédé aux forces réunies du comte de Tendilla, et à celles du fameux Gonzalve de Cordoue. Une grande partie des Maures qui occupaient la ville périrent en la défendant ; le reste fut passé au fil de l'épée, tandis que le château était la proie des flammes.
Quelque temps après, le Comte de Lerin se rendit maître de la forteresse et de la ville d'Andarax ; exaspéré par la résistance des habitans qui continuaient à se défendre sans aucune chance de succès, il fit mettre le feu à la mosquée où un grand nombre de personnes, parmi lesquelles se trouvaient des vieillards, des femmes et des enfans avaient cherché un refuge.
Ainsi des trois forteresses que possédaient les rebelles, Lanjaron était la seule qui restât en leur puissance, et paraissait offrir une résistance plus formidable encore ; la garnison avait pour chef El Negro, homme d'une basse origine, mais d'un courage et d'une fermeté extraordinaires.
Ces qualités et les services qu'il avait rendus dans les guerres de Grenade, lui avaient acquis la confiance de ses compatriotes, qui le choisirent pour commander le poste le plus important. C'était un homme dont les habitudes étaient simples et sévères et le caractère féroce, et qui, quoiqu'il n'eût pu se concilier les coeurs, savait commander le respect et l'obéissance de ses soldats.
Le château de Lanjaron, situé dans la vallée de Lecrin, était un poste de la plus haute importance, non seulement par ses moyens de défense, mais parcequ'il servait de refuge aux Maures des contrées adjacentes. Les troupes de l'Alcade de los Donceles et d'autres chefs, entouraient cette forteresse ; elles empêchaient les rebelles de communiquer avec les montagnes, et les avaient réduits à toutes les affreuses conséquences d'un tel abandon.
Dans cette extrémité, El Negro assembla ses troupes, et par un discours bref mais animé, essaya de les persuader de l'importance qu'il y avait à garder Lanjaron, jusqu'au moment où les autres chefs des révoltés auraient organisé leurs moyens de défense dans les Alpujarras. Ce discours fut reçu avec le plus vif enthousiasme, et pendant quelque temps les assiégés rivalisèrent à qui donnerait les preuves les plus héroïques de courage et de persévérance. Cependant comme la forteresse était entourée de tous côtés, les vivres commençaient à manquer. Pour tenter un dernier effort, les assiégés firent une sortie ; ils combattirent en désespérés, mais ils furent repoussés avec perte. Ce revers affaiblit leur résolution ; les moins courageux murmurèrent contre un essai qui les eût sauvés s'il eût réussi.
Tandis que ces symptômes de discorde se manifestaient, le coeur d'El Negro était pénétré de tristesse ; mais son maintien paraissait aussi calme que sévère ; il employa tous les moyens qui étaient en son pouvoir pour calmer cette tempête naissante, apaisant les uns par des espérances et des promesses, et accablant des plus horribles menaces ceux qui soufflaient la révolte.
Le lendemain matin, trois têtes hideuses et dégouttantes de sang parurent fixées sur les créneaux ; mais cette juste punition ne produisit point l'effet espéré ; elle apaisa, il est vrai, les mécontens, mais ne réveilla point leur valeur ; tandis que les Chrétiens qui contemplaient cet affreux spectacle augurèrent favorablement de la cause qui avait rendu nécessaire une telle sévérité.
Le nombre des assiégés diminuait de jour en jour ; et ceux que la faim et les armes des Chrétiens épargnèrent, prirent la résolution de se rendre à discrétion. Les principaux d'entre les assiégés avaient déjà envoyé secrètement un messager au camp des Espagnols, pour traiter au nom de la garnison, et les conspirateurs s'étaient assemblés clandestinement, lorsque El Negro, qu'ils supposaient accablé de ses fatigues, parut tout-à-coup au milieu d'eux, et les jeta dans la plus grande consternation.
? Traîtres ! que veut dire cette assemblée ? s'écria El Negro d'une voix de tonnerre ; quelles sont vos intentions ?
? De capituler, répondit un des plus hardis conspirateurs, et de nous sauver par la soumission.
? Misérable ! reprit El Negro avec rage, tu ne jouiras pas du prix de ta lâcheté. Et saisissant son arme, d'un coup de son redoutable cimeterre il fendit jusqu'aux épaules la tête du traître, dont le corps roula pesamment sur la terre. Ses compagnons gardaient un silence causé par l'horreur, tandis que El Negro, dont les lèvres tremblaient de colère, jetait autour de lui des regards provocateurs et méprisans. ? Allez, dit-il, indignes Musulmans ; abandonnez une cause que vous n'avez pas le courage de soutenir. Allez vivre comme des esclaves, puisque vous ne savez pas mourir comme des hommes. Était-ce donc pour que je fusse témoin de votre lâcheté que vous m'avez forcé d'être votre chef ? que j'ai abandonné Grenade, y laissant les plus chers de mes amis, et brisant tous les liens qui attachent l'homme à l'existence ? Allez, et acceptez un pardon avilissant. Je resterai seul ici pour montrer à nos amis des Alpujarras qu'il y avait à Lanjaron un véritable Maure, un seul qui sût mourir au poste où le fixait l'honneur et le devoir.
Il dit, et, saisissant l'étendard sacré et montant rapidement sur le haut de la forteresse, il se plaça parmi les trois têtes, dont les chairs exposées au soleil commençaient déjà à se décomposer et présentaient un spectacle horrible et dégoûtant. La garnison révoltée ouvrit aux Chrétiens les portes du château. El Negro, abandonné de tous ses compagnons, continuait à marcher tristement sur la plate-forme. Les Chrétiens, respectant son courage et voulant sauver sa vie, lui envoyèrent un Héraut pour l'inviter encore une fois à se rendre, déclarant qu'il avait fait son devoir, et que la mort serait le résultat d'une plus longue résistance. Il reçut ce message avec un sourire, dans lequel était mêlé autant de mépris que de désespoir ; puis, saisissant l'Adarga[1] qu'on lui présentait, et qui était un signe de paix, il le jeta dédaigneusement sur la terre et le foula sous ses pieds.
? Porte cette réponse à celui qui t'envoie, dit-il ; et croisant ses bras sur sa poitrine, il continua sa mélancolique promenade.
Les Chrétiens prirent possession du château, et le chef abandonné contempla tranquillement leur approche. L'Alcade de los Donceles, voulant faire un dernier effort pour le sauver, cria en avançant vers El Negro : ? Rends-toi, Maure ; rends-toi et accepte ta grâce.
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