Le siége de Calais - Pierre-Laurent Buirette de Belloy
- Collection: Oeuvres de Pierre-Laurent Buirette de Belloy
- Format eBook: Epub2 Voir le descriptif
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Avis sur Le Siége De Calais de Pierre - Laurent Buirette de Belloy - eBook
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Présentation Le Siége De Calais de Pierre - Laurent Buirette de Belloy
- eBookVOICI peut-être la première Tragédie Française où l'on ait procuré à la Nation le plaisir de s'intéresser pour elle-même. J'ai dû à cet avantage de mon Sujet un succès que je n'aurais pu mériter à d'autres titres. Les Étrangers se demandent comment il est possible que, chez un Peuple qui est en possession depuis plus d'un siècle de l'emporter sur tous les autres Peuples dans l'Art Dramatique, on ait si peu puisé dans son Histoire les Sujets dont on a enrichi son Théâtre. Le Grand-Homme qui, depuis quarante années, soutient la gloire de la Scène Française avec tant d'éclat, est le seul qui y ait fait entendre quelquefois des noms chers à la Patrie. Mais un intérêt National, fondé sur un évènement purement historique, était encore un Sujet que le Sophocle Français n'avait pas traité.
Cependant la plûpart des Tragédies Anglaises sont tirées de l'Histoire d'Angleterre. Les Grecs n'empruntaient guères aux Étrangers les grandes actions qu'ils célébraient dans leurs Drames. Nous voyons singulièrement dans la Tragédie des Perses, dans celle des Suppliantes, dans celle d'Oedipe à Colonne que la gloire des Athéniens y fut le premier objet, d'Eschile, de Sophocle d'Euripide. Mais les Grecs n'avaient pas eu avant eux d'autres Peuples célèbres, surtout des Romains, dont l'Histoire pût leur fournir, comme à nous, tant d'événemens dignes du Cothurne.
D'ailleurs, on a grand soin dans notre enfance de nous instruire aussi peu de notre Histoire que de notre langue. Nous savons exactement tout ce qu'ont fait César, Scipion, Titus : Nous ignorons parfaitement les actions les plus fameuses de Charlemagne, de Henri IV, du Grand Condé. Demandez à un Enfant qui fort du Collége, quel fut le Général vainqueur à Marathon ou à Trébie ; il vous répondra sur le champ. Demandez lui quel Roi ou quel Général Français gagna la bataille de Bovines, d'Ivri, de Fornoue, ou de Ravenne ; il restera muet.
Imitons les Anciens en nous occupant de nous-mêmes : sans vanité, nous en valons bien la peine. Que le brave Eustache de Saint-Pierre n'était - il bourgeois d'Albe ou de Préneste ? tous les Poëtes de la République Romaine auraient chanté son courage intrépide. Ils ne se seraient pas embarassés si le nom de ce généreux Citoyen pouvait prêter au ridicule. Les Romains ne riaient pas quand on leur nommait Régulus, dont le nom cependant ne devait pas être bien majestueux à Rome, puisqu'il signifie un Roitelet. Accoutumons-nous à dresser des monumens aux vertus de nos Compatriotes. C'est en excitant la vénération de la France pour les Grands-Hommes qu'elle a produits, qu'on parviendra à inspirer à la Nation une estime un respect pour elle-même, qui seuls peuvent la rendre ce qu'elle a été autrefois. L'ame est entraînée par l'admiration à imiter les Vertus, sur-tout quand elle ne les voit pas absolument hors de sa portée. Qu'on ne dise plus sans cesse en sortant de notre Théâtre ; les Grands Hommes que je viens de voir représenter étaient Romains, je ne fuis pas né dans un Pays où je puisse leur ressembler : Mais que l'on dise au moins quelquefois ; je viens de voir un Héros Français, je puis être Héros comme lui.
Voilà le nouveau genre que je desirais de voit introduit sur notre Scène, que j'ai eu le bonheur de faire goûter à ma Nation. Le premier de mes voeux, celui qui sera le plus facilement rempli, c'est de me voir surpassé dans la nouvelle carrière où je fuis entré. Les graces que le Roi a daigné répandre sur moi, les bontés dont le Public m'accable, ne doivent être regardées que comme un encouragement qu'ils donnent à ceux qui sont en état de les mériter mieux. J'ai voulu être utile à ma Patrie : elle m'a fû gré du projet ; que ne doivent pas attendre les Génies heureux qui l'exécuteront ? Du moins ai-je donné occasion aux Français de prou ver encore aux Étrangers que la légereté de notre esprit n'ôte rien de la force de notre ame ; qu'il ne faut qu'une étincelle pour enflammer à l'instant ces semences de feu que nous portons toujours au fond du coeur. Je crois bien connaître ma Nation, je l'ai bien étudiée : Voilà pourquoi je l'aime si passionnément.
Venons au sujet particulier de cette Tragédie. Je le regarde comme un des plus grands évènemens de notre Histoire. La Couronne de France disputée à l'Héritier légitime par le Monarque le plus illustre que l'Angleterre ait vu sur son Thrône ; la politique profonde insinuante de l'ambitieux Édouard qui déployait tous ses talens toutes ses graces pour séduire les Grands le Peuple : la généreuse résistance des Citoyens de Calais, que les armes ni les bienfaits ne purent vaincre : le courage héroïque de ces six Bourgeois, qui se dévouerent au supplice pour la gloire de l'État, pour le salut de leurs Concitoyens, pour le soutien des Loix fondamentales de la Monarchie : Voilà sans doute les plus belles sources de ce Pathétique sublime qui pénètre l'ame sans l'amollir, qui l'élève en l'attendrissant. Je fuis très- surpris qu'aucun de nos Grands Maîtres ne se soit emparé avant moi d'un champ si vaste si fertile. Eh ! que de beautés n'en aurait pas tiré le Génie profond de l'Auteur de Cinna, ou le Génie brillant de l'Auteur de Brutus ! La force du Sujet a soutenu ma faiblesse : l'amour de la Patrie a donné à mon ame un essor qui l'a élevée au-dessus d'elle-même. Tout mon mérite, s'il y en a quelqu'un dans cet Ouvrage, a été de me bien pénétrer de mon Sujet de l'appercevoir dans toute son étendue.
Ceux qui n'avaient pas approfondi cette époque si intéressante de notre Histoire, n'attendaient dans ma Tragédie que la peinture d'une action courageuse, faite dans un Siége ordinaire, pour dérober au ressentiment du Vainqueur un Peuple malheureux soumis. Sous ce point de vue même le Sujet offrait déjà de grandes beautés. Et c'est ainsi qu'il a été présenté par tous nos Historiens, par le Roman ingénieux que l'on relit encore avec tant de plaisir. Mais lorsque je regardai cette action dans son principe, dans ses suites, entourée, pour ainsi dire, de tout l'appareil de ces circonstances ; je conçus une bien plus haute idée de mon Sujet, des richesses qu'il semblait me prodiguer de toutes parts. Je m'applaudis sur-tout d'y voir réunis ces deux objets utiles que le Citoyen de Genève, l'Auteur du Journal Étranger se plaignaient de ne rencontrer dans aucune de nos Tragédies : je veux dire la peinture des moeurs de notre Nation, l'avantage de lui faire aimer, par cette peinture même, ses Loix son Gouvernement.
Je commençai donc par défendre à mon imagination de travailler au plan de la Pièce. Il aurait été bien mal-adroit, dans un Ouvrage qui devait être entrepris pour l'honneur de la Nation, de prêter aux Français des exploits imaginaires ou des vertus supposées. Je voulus que les évènemens, même épisodiques, fussent tirés de l'Histoire : je trouvai heureusement dans les tems voisins de ce fameux Siége, quelques faits qui pouvaient se marier avec l'action principale.
Tel est l'Episode du Comte d'Harcourt. Ce Seigneur qui commandait la première ligne de l'Armée Anglaise à la journée de Créci, trouva mort sur le champ de bataille son frère Louis ou Jean d'Harcourt, qui combattait contre lui pour les Français. Il fut tellement frappé de ce malheur terrible, qu'il abandonna le Camp d'Edouard vint se jetter aux pieds de Philippe de Valois, qui lui pardonna. J'ai reculé de quelques mois ce fait si intéressant, pour le lier à mon Sujet ; j'ai cru que les remords violens de ce Seigneur rebelle formeraient un contraste agréable avec la vertu tranquille des fidèles Bourgeois de Calais.
Les propositions qu'Edouard fait à la Fille du Comte de Vienne, pour l'attirer dans son parti elle son père, ne lui ont pas été faites réellement ; puisque le personnage d'Aliénor est le seul que l'imagination ait placé dans ma Pièce. Mais ce Prince avait négocié même conclu de pareils traités avec plusieurs Grands du Royaume, notamment avec Godefroi d'Harcourt. Il avoit gagné le Comte d'Eu, Connétable de France : que pouvait-il avoir promis à un homme revétu de la première charge de l'État, si ce n'est le rang de Vice-Roi, ou de Lieutenant-Général du Royaume, qu'il avait déjà offert au Duc de Brabant ?
Je pourrais donc dire de cette Pièce, ce que le grand Corneille a dit de sa Tragédie de la Mort de Pompée, qu'il n'y a gueres de Drame où l'Histoire soit plus conservée et en même tems plus falsifiée. En général tous les évènemens de ma Tragédie sont vrais, mais ils sont souvent revétus de circonstances différentes de celles qui les ont réellement accompagnés. On fait que c'est-là le droit de la Poësie Dramatique. Une Tragédie n'est pas une Histoire. Le Poëte est obligé de plier les faits historiques aux regles du Théâtre : cela est peut-être plus difficile que de créer une fable nouvelle que l'on peut remanier à son gré selon ses besoins. Aussi avouerai-je avec franchise que, tout simple que puisse paraître le plan de cette Pièce, il m'a beaucoup plus coûté que celui de Zelmire.
Quelques personnes trouveront extraordinaire que je n'aye point fait paraître le Gouverneur de Calais. Jean de Vienne1 était, je l'avoue, un des plus braves des plus habiles Officiers de son tems : mais la valeur la prudence qu'il avait fait briller pendant le cours du Siége, devinrent des vertus inutiles au moment de la capitulation. Edouard voulut que le Gouverneur la Garnison restassent prisonniers de guerre ; sa colere ne demanda le sang que des seuls Bourgeois. Il aurait donc été très-peu avantageux de faire paraître Vienne, uniquement pour consoler ou exhorter les Héros de Calais, qui n'avaient besoin ni de conseil ni d'encouragement. J'aurais pû feindre peut - être qu'il se voulût dévouer avec eux : mais c'était contredire trop formellement une Histoire si connue. D'ailleurs Jean de Vienne, en se dévouant le premier, aurait ôté tout le mérite de cette action héroïque au généreux Eustache de Saint-Pierre, qu'il serait odieux de priver d'une gloire si légitime : Et Vienne, se dévouant en second, eût été un personnage dégradé : on aurait pu dire avec raison qu'il devait donner l'exemple non le recevoir. J'ai trouvé plus à propos de me borner à parler de lui comme en parle l'Histoire, et de ne le point montrer dans un moment où sa vertu ne pouvait point agir. Je lui ai donné une Fille qui le remplace à quelques égards, qui n'étant pas liée par les mêmes devoirs, peut paraitre plus grande que lui, même en faisant moins qu'il n'aurait fait.
On m'a reproché d'avoir employé pour vaincre la fureur d'Edouard, un autre ressort que celui de l'Histoire. Mais si j'ai conservé à la Reine d'Angleterre l'honneur d'avoir demandé la grace des Bourgeois de Calais, je n'ai pû mettre ce fait en action, ni en faire le dénouement de ma Pièce : parce que le Personnage de la Reine ne pouvait jamais être lié dans l'intrigue ; qu'un Rôle, comme celui de Livie dans Cinna, n'aurait sûrement pas été du goût de notre siècle. J'ai cru ne pouvoir mieux faire que d'employer contre la colere d'Edouard cette ressource si touchante dont se sert Priam, dans Homere, pour attendrir l'impitoyable Achille. Imitation qui m'a paru d'autant plus heureuse, que les circonstance rendent ce moyen plus fort sur le coeur d'Édouard qu'il ne pouvait être sur celui d'Achille même. Pelée n'avait que l'âgee de commun avec Priam ; le Sort ne lui avait jamais fait éprouver des malheurs semblables à ceux dont gémissait le Roi de Troie. Ici Édouard s'est trouvé à-peu-près dans la même situation que le Fils d'Eustache de Saint-Pierre. C'est cette conformité intéressante qui m'a fait saisir avec joie l'occasion de mettre sur la Scène un des morceaux les plus pathétiques de toute l'Iliade. Il est même encore surprenant que l'on ne m'ait pas prévenu depuis que l'on fait des Tragédies, surtout dans celle où nous avons vu représenter Priam redemandant à Achille le corps d'Hector[2].
Il y a des gens qui ont prétendu que cette imitation d'Homère affaiblissait la fin de ma Pièce ; qu'Édouard le rendait trop tard ; que le seul retour des Bourgeois devait le déterminer à la clémence ; que l'image de son Père mourant était un petit moyen. Le ressort de la Nature un petit moyen ! Je ne conçois rien à cette façon de sentir. Il me paraît que ce n'esspas connaître la marche du coeur humain, que de vouloir qu'Édouard se rende à une action de générosité, moins sublime que celles auxquelles il a résisté depuis le commencement de la Pièce. Car il y avait bien plus d'héroïsme aux six Bourgeois de s'être dévoués quand rien ne les y forçait, quand ils pouvaient attendre sans honte la décision du Sort ; qu'il n'y a de grandeur à se remettre dans les fers, quand ils savent qu'on les en a délivrés par un artifice, qu'ils ne pouraient pas seconder sans infamie. Je crois donc que l'ame violente d'Édouard s'étant roidie longtems contre le sentiment de la générosité, ce sentiment devient un ressort usé qui n'a plus de prise sur elle. Au lieu qu'elle peut céder tout-à coup à un autre mouvement imprévu, peut être plus faible en lui-même, mais que la seule nouveauté rend plus fort pour le moment. Ainsi Achille n'est que surpris, qu'interdit à l'aspect de Priam, qui vient seul au milieu d'un camp Ennemi baiser les mains sanglantes du meurtrier de son Fils : mais à ces mots, Achille, souvenez-vous de votre Père ; il est attendri, les larmes coulent de ses yeux cruels : Voilà la Nature. Homère en est le plus grand Peintre.
A l'égard des critiques que l'on a faites contre le fondd de cette Pièce, en soutenant que ce n'est pas une Tragédie, que les caracteres n'en sont point tragiques, qu'elle est contre toutes les regles du Théâtre ; j'avouerai que j'ai quelque honte de réfuter des idées aussi évidemment fausses. Quoi ! l'action de ces six généreux Citoyens qui se dévouent à la mort pour sauver leurs Compatriotes ; ce pathétique qui suit par-tout leur Héroïsme ; ces larmes d'admiration qu'ils arrachent à quiconque lit leur Histoire ; tout cela n'est point tragique ? Ce serait un grand malheur pour notre Art, si l'on n'y voulait plus admettre ce genre d'admiration, ce genre de Corneille, dont l'impression est aussi forte plus agréable que celle des autres genres. Il n'y a personne qui ne se sache plus de gré de pleurer à la mort héroïque de Gusman, ou à ces mots, soyons amis, Cinna ; qu'à la reconnaissance de Rhadamiste, ou à l'assassinat de Zopire.
Je vois que depuis quelques années on répand dans des Préfaces dans des Journaux, que la Tragédie n'est faite que pour le développement des passions. Quand cette erreur serait une vérité, l'amour de la Patrie, porté jusqu'à l'enthousiasme, devrait être mis au rang des grandes passions :
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