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Les Mystères du peuple Tome XIII - EUGÈNE SUE

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      Avis sur Les Mystères Du Peuple Tome Xiii de EUGÈNE SUE - eBook

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      Présentation Les Mystères Du Peuple Tome Xiii de EUGÈNE SUE

       - eBook

      eBook - Eugène Sue 30/09/2014
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : EUGÈNE SUE
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 30/09/2014
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Liseuse, Android, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230000271174



    • ¿ Jean Lebrenn ! un brigand ! ¿ s'écrie Charlotte regardant comme une lâcheté de ne pas défendre l'homme qu'elle aimait. ¿ Est-ce vous, mon père¿ vous¿ qui¿ naguère encore¿

      ¿ Mon ami, ¿ reprend vivement madame Desmarais, interrompant sa fille, afin de retarder une explication dont elle redoutait l'issue, ¿ tu ne nous dis pas à la suite de quelles circonstances tu es venu à Paris au lieu de siéger à l'Assemblée nationale !

      ¿ Hier soir et durant cette nuit, les bruits les plus sinistres circulaient à Versailles¿ Selon les uns, le parti de la cour avait obtenu du roi la dissolution de l'Assemblée¿ les principaux membres du côté gauche devaient être arrêtés comme factieux.

      ¿ Grand Dieu ! et tu siéges de ce côté, mon ami !¿ La violence de tes opinions¿ t'a depuis longtemps signalé aux haines de la cour¿

      ¿ L'on ne m'eût pas arraché vivant de ma chaise curule¿ ¿ répond majestueusement l'avocat comme un Romain de la vieille Rome. ¿ Mais le parti de la cour, effrayé par la croissante agitation de Paris, dont elle recevait cette nuit d'heure en heure des nouvelles ; peut-être aussi effrayé par le bruit du canon de la Bastille, que l'on entendait ce matin de Versailles¿ la cour a sans doute reculé devant un pareil attentat¿

      ¿ Je respire ! ¿ dit madame Desmarais avec un soupir d'allégement. ¿ Tu n'es ni fugitif ni proscrit¿ mais d'où vient ta présence à Paris ?

      ¿ D'autres bruits plus sérieux que celui des projets liberticides de la cour agitaient Versailles et l'Assemblée au sujet de la fermentation de Paris. L'on voyait, disait-on, des combles du château la lueur des barrières incendiées pendant cette nuit par la populace¿ Enfin, ce matin, un courrier dépêché par le baron de Bezenval, commandant de Paris, apprit au gouvernement que les gens du faubourg Saint-Antoine et autres faubourgs assiégeaient la Bastille. Cette agression parut à l'immense majorité des représentants aussi coupable qu'insensée ; comment imaginer qu'un peuple demi-nu, en haillons, presque sans armes, pourrait s'emparer d'une forteresse défendue par une bonne garnison et une nombreuse artillerie ?

      ¿ En effet¿ c'est inconcevable¿ ¿ reprend madame Desmarais tandis que sa fille prêtait une attention pensive au récit de l'avocat, ¿ cette victoire tient réellement du prodige !¿

      ¿ Encore quelques prodiges comme celui-là¿ et le pouvoir royal, notre sauvegarde, est renversé ; nous tombons alors dans une effroyable et sanglante anarchie, ¿ répond l'avocat d'un ton de récrimination amère. ¿ Le peuple, enivré du premier triomphe de sa force brutale, ne s'arrêtera pas là ! il ne se contentera plus de sages réformes consistant à amoindrir et, s'il le faut, à courber la royauté, la noblesse et le clergé devant la souveraineté du tiers état¿ qui, ainsi que l'a dit justement Sieyès, est tout dans la nation, et jusqu'ici n'était rien politiquement¿ Non, le peuple, dans sa sauvage impatience, poussé par ses appétits, par ses grossiers désirs de bien-être¿ et d'égalité chimérique, se tournera contre la bourgeoisie comme il se sera tourné contre l'aristocratie¿ et fera de nous ses victimes¿

      ¿ Grand Dieu¿ tu tiens à cette heure absolument le même langage que mon frère te tenait il y a quelque temps en te reprochant, mon ami, l'exagération de tes principes. C'est au sujet de ce discord que vos relations se sont, à mon profond chagrin, presque rompues, et¿

      ¿ Ton frère Hubert est un homme violent qui n'entend absolument rien à la politique¿ quoique, à un certain point de vue, il paraisse avoir momentanément raison, ¿ répond l'avocat très-embarrassé de l'observation de sa femme, et il ajoute : ¿ Enfin, ce matin, l'Assemblée nationale, désirant être fixée sur les bruits contradictoires relatifs à l'état des choses à Paris, chargea plusieurs de ses membres¿ je suis de ce nombre¿ d'aller s'informer de visu de la marche des événements, de tâcher d'épargner l'effusion du sang et d'empêcher, si possible, l'attaque de la Bastille, insurrection criminelle, injuste agression contre le pouvoir royal actuel, constitué légalement et reconnu par l'Assemblée nationale elle-même¿ Malheureusement, malgré notre hâte à nous rendre à Paris, le peuple à notre arrivée était déjà maître de la Bastille, après plusieurs assauts acharnés, héroïques si l'on veut. Mais le peuple a plus tard souillé, déshonoré sa victoire par le meurtre de de Launay, gouverneur de la Bastille, et de plusieurs officiers. Ces meurtres abominables n'avaient plus même l'excuse de l'ardeur, de l'emportement du combat¿ il en est ainsi de la scène de cannibales dont j'ai été bientôt témoin.

      ¿ Mon Dieu, mon ami¿ achève¿ tu m'épouvantes.

      ¿ Voyant la Bastille prise, nous nous sommes rendus, mes collègues et moi, à l'Hôtel de Ville¿ Là, heureusement, le pouvoir, quoique extra-légal, était aux mains d'une commission composée de bourgeois notables, présidée par M. de Flesselles, ancien prévôt des marchands ; sa fortune, son intelligence, son horreur de l'anarchie, le rendaient digne de ces fonctions si difficiles, si périlleuses, hélas ! en ces temps de troubles. Il avait déjà depuis deux jours adroitement déjoué les projets insurrectionnels de la populace en l'abusant par ses promesses à l'endroit des armes qu'elle demandait à grands cris. Il voulait ainsi donner à M. de Bezenval, commandant militaire de Paris, le temps de recevoir des renforts capables d'écraser les rebelles, puisque les gardes-françaises, depuis longtemps démoralisés par les émissaires de la Révolution, fraternisaient avec le peuple¿ Mais ces meneurs, pénétrant l'habile politique de M. de Flesselles, avaient conduit les insurgés aux Invalides ; là, ils se sont malheureusement emparés de plus de vingt-cinq mille fusils, de plusieurs canons qui ont servi au siège de la Bastille¿ Enfin nous parvenons, l'un de mes collègues et moi, à nous frayer un passage à travers les flots de populace en armes qui encombraient les abords de l'Hôtel de Ville, et là¿ bientôt¿





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