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Les Mendiants de Paris - Clémence Robert

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      Présentation Les Mendiants De Paris de Clémence Robert

       - eBook

      eBook - Clémence Robert 08/02/2019
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Clémence Robert
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 08/02/2019
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Android, Desktop, Liseuse, Windows, iOS
    • ISBN : 1230003074886



    • Sur le boulevard d'Enfer, au-coin de l'étroite et solitaire rue Lacaille, est une taverne large et basse, à façade vermoulue, lézardée peinte en rouge, marbrée de boue et percée, de quelques fenêtres étroites à petites vitres compactes, à châssis délabrés. Au-dessus-de la porte d'entrée est écrit en lettres difformes :

      Au Trou-à-Vin.
      Mitouflet, traiteur. Fait noces et festins.

      Après avoir franchi la porte d'entrée garnie de l'éternel rideau rouge, on entre dans une première salle ouverte à tout venant ; puis, de là, dans une pièce plus spacieuse, donnant sur la rue déserte du faubourg, pour la satisfaction des buveurs qui désirent continuer leurs libations et leurs bachiques refrains au-delà de l'heure sacramentelle de minuit sans être dérangés par la police.

      Il est huit heures du soir.

      Un certain nombre de mendiants sont attablés dans cette salle. On y retrouve les personnages que nous avons signalés à l'entrée de l'église Saint-Sulpice. Le vieux Corbeau, le donneur d'eau bénite, le philosophe Corbillard, Pasqual, l'un des privilégiés de sa classe, et même le nègre Jupiter, si malmené le matin, mais qui garde sous la paille de son taudis quelques pièces rondes venues d'un temps meilleur, et qui lui servent à payer son écot à chaque partie qui se présente.

      Des femmes ont aussi pris place à table. Les plus marquantes de la société sont madame Jacquart, mademoiselle Rose, sa soeur, petite vieille fraîche et avenante, qu'on voit siéger depuis trente ans sous le porche de l'Abbaye-aux-Bois, et la jolie Robinette, l'enfant gâtée de la gent mendiante.

      Il n'y a ce soir au Trou-à-Vin que la petite réunion intime de chaque lundi, formée des plus habiles et des plus heureux des pauvres, de ceux qui trouvent encore dans l'aumône un peu de superflu.

      Cependant, malgré le petit nombre des assistants, il se rencontre là les divers types de mendiants. Beaucoup d'entre eux sont enfants de la balle et mendient comme mendiaient leurs pères ; d'autres, de bons vivants, qui veulent seulement exister sans rien faire. Quelques-uns sont jetés sur le pavé de la rue par les infirmités ou la perte de leurs biens. Mais la paresse et l'inertie recrutent surtout ces bandes. Il est beaucoup de gens qui, tout en sentant le besoin d'une existence honnête, et même l'ardeur de tous les biens, reculent devant le travail qui peut les faire obtenir ; il en est beaucoup d'autres qui avec les instincts du brigandage et du crime, faiblissent devant la perspective du bagne ou de l'échafaud ; et la mendicité recueille dans son vaste giron toutes ces lâchetés.

      Bien qu'il soit encore de bonne heure, les habitués du Trou-à-Vin, pour la plupart paysans de la banlieue, sont déjà repartis pour leurs gîtes, et les mendiants restent seuls au cabaret.

      On a longtemps parlé d'affaires, des différents quartiers qu'on doit se partager, des ruses de guerre qu'il serait bon de rajeunir et de perfectionner. Mais maintenant le vin échauffe les têtes ; on rit, on trinque, on chante en choeur. Corbillard rend ses soins à mademoiselle Rose, et lui tient des propos galants que ses soixante ans ne refroidissent pas trop ; Robinette roule ses beaux yeux à demi fermés du côté de Pasqual, et croit ainsi, lui lancer des regards d'amour, qui sont bientôt suivis d'un franc rire d'enfant.

      Pasqual, à la vérité, est bien changé à son avantage depuis le matin. Il n'a plus, le bandeau sur le visage et la jambe de bois, qui ne servaient qu'à tenir en retraite un oeil vivement allumé et une jambe très-alerte.

      Sa figure, maintenant, présente un front large et austère, des traits réguliers, une physionomie qui avec l'aspect un peu sauvage qu'imprime la vie vagabonde, et une gravité sombre, montre pourtant quelque élévation, et respire surtout la force d'âme, l'intelligence et le courage.

      Robinette, assise table au milieu de ses ignobles compagnons, apparaissant entre deux brocs de vin, et à la lueur de chandelles fumeuses, ressemble à l'iris rosé éclos au milieu des marais.

      Cependant toutes ses grâces et tous ses sourires ne rencontrent dans celui qu'ils vont chercher qu'un marbre froid, sur lequel ils glissent sans pénétrer.

      Il vient d'entrer un personnage d'importance, dont le chapeau est resté cloué sur la tête. C'est M. Friquet, le mendiant à domicile, qui veut bien faire l'honneur à ses confrères de plus bas étage de venir goûter leur vin de dessert.

      ? Eh bien ! dit maître Friquet après les premiers compliments et les premières rasades, comment vont les affaires ?

      ? Il ne faut pas demander cela à ces messieurs, interrompt madame Jacquart. Le père Corbeau reçoit des sous pour chaque goutte d'eau bénite, qui ne coûte pas grand'chose à M. le curé ni à lui, et c'est un bénéfice tout clair? Pasqual a la science du diable pour faire tomber l'aumône dans sa poche? Mais, quant à moi, je puis dire pourtant que la semaine n'a pas été mauvaise.

      ? Les fêtes de Pâques viennent de finir, dit le vieux Corbeau ; les offices, les sermons ont réchauffé les consciences? Pâques fait venir la charité dans les âmes comme les fleurs dans les prés.





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