Le Château vert - Georges Beaume
- Format eBook: Epub2 Voir le descriptif
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Avis sur Le Château Vert de Georges Beaume - eBook
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Présentation Le Château Vert de Georges Beaume
- eBook¿ Je n'y comprends rien, disait Benoît. Nous faisons beaucoup d'argent, et il y a des jours où j'ai de la peine à acquitter des notes de rien du tout.
¿ Nous avons tant de frais, mon ami ! Et puis les ré-parations, les agrandissements, le garage¿ Ça coûte, un garage.
¿ Puisque nous avons augmenté le prix de la pension, nous devrions avoir de l'argent de reste. Or j'ai été encore obligé d'emprunter au brave François Ravin, il y a un mois.
¿ Tout s'arrangera, pourvu que nous ayons toujours beaucoup de monde.
¿ Il faudra que je sache où file mon argent. Dès aujourd'hui, je tiendrai une comptabilité sévère.
¿ Quel casse-tête tu vas t'infliger !
Benoît était assis à sa petite table d'acajou, qui appuyait contre le mur ses deux menus compartiments de tiroirs, où s'entassaient pêle-mêle des factures, des quittances, des papiers à lettres. Benoît, les coudes sur la table, souffrait véritablement, lui si loyal, de voir sa dette monter chaque jour. Il finit pourtant par donner raison à sa femme. Il lui donnait toujours raison.
Il se leva d'un sursaut, et se plaçant tout contre Irène, il lui dit :
¿ J'ai le cafard, des fois, que veux-tu !
¿ Allons, avec tous nos éléments de fortune, tu ne devrais pas te désespérer.
Irène le saisit par les bras et tendrement le baisa au front. Ils étaient l'un et l'autre d'une taille au-dessus de la moyenne, le teint rose, les cheveux châtains, et de figure presque jolie. Irène, qui avait en ses yeux bleus, quand elle voulait, une douceur languissante, savait l'empire absolu qu'elle possédait sur son mari. Si elle lui recommandait d'avoir confiance en l'avenir, et à l'heure même où les menaçait quelque épreuve, elle ne mentait pas. Car, pareille à l'oiseau qui attend chaque jour du bon Dieu sa pâture, elle était douée de la plus rare insouciance. Benoît également voyait d'ordinaire la vie facile, dans cet hôtel où il avait vécu toujours heureux. Aussi, pour ne pas troubler la sérénité de leur existence, n'osait-il pas reprocher à Irène l'excès de ses dépenses en toilettes et en promenades.
Il se retirait de son étreinte, lorsque la porte de leur salle à manger s'ouvrit. Leur fille, Thérèse, apparut, une enfant gâtée, un peu gamine, qui se croyait belle, malgré son nez trop long et ses lèvres trop grosses. À vrai dire, le brillant velouté de ses yeux noirs, l'éclat bronzé de sa peau, prêtaient un certain charme à la fraîcheur de ses seize ans. Thérèse était pour ses parents le trésor de leur amour. Et elle abusait de leur complaisance en souveraine.
Coiffée d'un chapeau neuf qui ne laissait guère à découvert que l'extrémité de ses cheveux courts, une ombrelle à la main, elle s'avança vers son père en minaudant :
¿ Toi ! lui dit-il. Tu viens nous demander quelque chose.
¿ Oui. Je m'en vais à Agde.
¿ À Agde !¿ Et pourquoi ? Nous allons bientôt déjeu¬ner.
¿ Jacques me conduira en auto chez les Ravin.
¿ Tu vas trop souvent chez nos amis, petite. Les gens finiront par s'étonner que nous te laissions aller si libre¬ment dans une maison où il y a un jeune homme à marier.
¿ Je me moque bien des gens ! Et puis, je suis chez les Ravin comme chez moi.
¿ Si tu veux me faire plaisir, tu renonceras désormais à ces visites imprévues. Les Ravin sont trop riches.
¿ Pas pour nous.
D'une brusque pirouette Thérèse s'éloigna, en marmon¬nant, de méchante humeur.
¿ Notre héritière n'est pas contente, plaisanta Benoît.
¿ Tu as été dur. Que les gens s'occupent de leurs affaires, non des nôtres. Tant que les Ravin ne se fâchent pas !
¿ Ils sont trop polis pour se fâcher. Et ils ne soupçonnent rien de la liaison qui peut se tramer entre les deux enfants.
¿ Mais il n'y a rien !¿ Ah ! comme tu te montes la tête !¿
Irène lança un regard de reproche à son mari. Celui-ci, faiblissant aussitôt, se gratta le nez et dit :
¿ Tu n'as peut-être pas tort. Té ! Je m'en vais surveiller mes marmitons.
Tandis que Benoît passait dans la cuisine, Irène, nonchalante, le remplaça au petit bureau, afin d'établir quelques notes pour sa clientèle.
Le Château Vert était une volumineuse bâtisse, ici en bois, là en briques, construite par morceaux, au fur et à mesure que se développait la prospérité du grau d'Agde. Au rez-de-chaussée, la salle à manger, deux salons, un café, la cuisine et les différentes pièces d'un nombreux ménage. Sur l'un des côtés de ce bizarre caravansérail, au rez-de-chaussée, s'étalait une terrasse très gaie, encadrée, du moins à demi, de fines lamelles à jour où grimpaient les lianes d'une vigne vierge. Le bois des façades était peint en vert, ce qui, dans le grand paysage de lumière, de sables argentés et d'eaux, prêtait à l'énorme bâtisse une sorte de rusticité malicieuse. Un bosquet de vieux pins descendait vers la plage, qui depuis l'Hérault jusqu'aux laves du Cap allonge une lieue de sables. Aucun endroit du monde n'eût offert plus de magnificence aux Jalade. Non qu'ils en sentissent la beauté, le charme d'ingénuité primitive. Mais ils lui avaient confié leurs rêves de fortune.
Devant le château, que suivaient des auberges et d'humbles gîtes de baigneurs, l'Hérault, tel un fleuve majestueux, roulait ses ondes vertes, et là-bas, sur la rive opposée, s'étendait à perte de vue une lande à la brousse sauvage. À deux cents mètres du château, le fleuve s'abandonnait aux remous de la mer avide. Sur la plage campaient en grouillantes tribus, à l'abri de leurs voitures et de leurs charrettes, des paysans du littoral : campement d'ancien temps, auquel les Jalade ne s'intéressaient pas plus qu'ils n'étaient tentés d'aller en promenade jusqu'au phare qui, tout à la pointe de la jetée élève sa tour blanche et sa lanterne de verre, dont la clarté dès le crépuscule s'élance vers le large et le promontoire de Cette, très loin.
Benoît, quand il eut fait un tour à la cuisine, s'esquiva par le jardin potager vers le garage. Tout à coup, une auto, la sienne, tourna devant lui, dans la direction d'Agde. Il appela :
¿ Jacques, arrête !¿ Arrête !¿
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