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Le Mari embaumé - Paul Féval

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      Présentation Le Mari Embaumé de Paul Féval

       - eBook

      eBook - Paul Féval 28/07/2020
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Paul Féval
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 28/07/2020
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Liseuse, Android, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230004075479



    • Tome II

      LA CHAMBRE MYSTÉRIEUSE.

      La descente était rude, mais chacun de nos trois compagnons avaient bon pied, bon oeil et le poignet solide. Au bas de la rampe, il n'y avait qu'un petit ravin à traverser pour atteindre une poterne qui était ouverte, et au seuil de laquelle se tenait notre jolie Mélise.

      ¿ Ai-je assez prié Dieu et la Vierge pour en arriver là ! dit-elle. Voici donc mes trois bonnes épées réunies ! Demain, ceux qui croient avoir bataille gagnée en verront de belles !

      ¿ Où est votre père, ma fille ? demanda Estéban.

      Mélise secoua sa tête charmante et répondit :

      ¿ Voilà deux jours que mon père n'a pas voulu boire un seul verre de vin ! Ne comptez pas sur lui et faites vos affaires vous-même.

      ¿ Mort de moi ! murmura Estéban, c'est assez notre habitude depuis longtemps, et, si nous nous reposons quelque jour, nous ne l'aurons pas volé. Où est madame la comtesse, ma mignonne ?

      Mélise n'avait plus son gai sourire d'autrefois. À la question du More son visage se rembrunit davantage.

      ¿ M. le comte de Pardaillan, répondit-elle en donnant à sa voix une inflexion particulière et sans regarder Roger, fera bien de rejoindre sa mère tout de suite. Celle-là est bien changée depuis hier. Elle a grand besoin d'être consolée.

      ¿ Mélise, dit tout bas Roger, qui s'était approché d'elle, avez-vous donc quelque chose contre moi, mon cher amour ?

      Une larme vint aux yeux de la jeune fille.

      ¿ J'aimais un page qui serait devenu mon mari, répondit-elle. Voilà huit jours, on m'a dit que vous étiez un grand seigneur, et je sais bien que je suis perdue.

      ¿ Mélise, ma bien-aimée Mélise ! voulut protester le jeune comte.

      ¿ Mort de mes os ! s'écria Estéban, il s'agit bien de pareilles fadaises 1 Fillette, parlez-nous de madame la comtesse, et que cette porte soit refermée solidement.

      Ils étaient maintenant tous les quatre dans un étroit préau où l'on descendait par l'escalier tournant du donjon.

      ¿ Madame Éliane, répondit Mélise, pendant que les deux jeunes gens replaçaient les barres de la poterne, est arrivée ici bien affaiblie et bien souffrante, après un voyage terrible. Un espoir la soutenait ; elle croyait trouver au château un ordre de la reine dont elle parle sans cesse, et qui serait, à ce qu'il paraît, son salut. Depuis son arrivée, je l'ai peu quittée, et ce mot est sans cesse sur ses lèvres : l'ordre de la reine.

      ¿ Quel peut être cet ordre ? murmura Estéban.

      ¿ Je l'ignore. Une autre pensée venait bien souvent à la traverse de celle-ci dans l'esprit de madame Éliane : la pensée de son fils. Si elle a capitulé si vite, si elle a demandé seulement les heures de cette nuit avant d'ouvrir les portes du château aux gens du roi, c'est qu'elle craignait pour son fils, arrivant seul et cherchant à percer les lignes ennemies. Elle est payée pour craindre et pour savoir que rien ne coûte à l'avide ambition de ses adversaires. À Paris, au moment où elle est tombée dans le piège que lui tendaient le conseiller Renaud et M. le baron de Gondrin, elle se croyait sauvée, elle se croyait victorieuse ; elle avait pris ses mesures pour rappeler auprès d'elle ce fils qu'elle se sentait capable de protéger désormais. Sa plus cruelle frayeur est, maintenant, de l'avoir désigné aux coups des assassins.

      Pendant que Mélise parlait, on avait monté l'escalier tournant qui conduisait à une porte communiquant avec le corridor principal du premier étage. Le corridor était désert. Le vent du dehors gémissant dans les jointures des hautes fenêtres, agitait le lumignon qui l'éclairait. Mélise s'arrêta devant une draperie fermée et dit à Roger :

      ¿ Monsieur le comte, vous allez voir votre mère et votre soeur.

      Elle s'effaça pour lui livrer passage.

      Un mot vint jusqu'aux lèvres de Roger, qui était très pâle ; mais il resta muet, souleva la draperie et entra. L'instant d'après, on entendit derrière la porte refermée un grand cri de joie.

      Deux larmes jaillirent des yeux do Mélise qui murmura :

      ¿ Il ne m'a rien dit¿ pas un mot !

      Le More lui toucha le bras.

      ¿ À noua deux, ma fille, prononça-t-il tout bas. Souvenez-vous de ce que vous m'avez promis.

      ¿ Suivez-moi, seigneur, répondit Mélise qui essuya ses beaux yeux et releva la tête vaillamment.

      Avant d'obéir, le More se tourna vers Gaëtan qui restait muet depuis l'entrée au château.

      ¿ Vous, chevalier, dit-il, votre rôle n'est pas encore commencé. Vous serez l'homme de la dernière heure. En attendant, s'il vous plaît, l'épée à la main, et soyez sentinelle. Nul ne doit franchir cette porte.

      Il montrait la draperie derrière laquelle venait de disparaître Roger.

      ¿ Tant que je serai debout, répliqua Gaëtan, nul ne la franchira.

      Le More lui serra la main et s'éloigna, précédé de Mélise, qui avait adressé au chevalier un amical et mélancolique sourire.

      ¿ De par Dieu ! pensa Gaëtan, j'aime déjà ce Roger, mon ami d'une nuit, de tout mon coeur, mais s'il oubliait ces beaux yeux-là dans sa fortune nouvelle, ce serait à croiser l'épée contre lui pour lui rendre la mémoire !

      Il était seul désormais dans la galerie.





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