L'Étoile de Prosper Claes - Léopold Courouble
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Présentation L'étoile De Prosper Claes de Léopold Courouble
- eBookLa fatalité, qui préside aux événements de notre vie, paraît dormir dans les temps calmes ; que le vent se lève, elle s'éveille et nous balaie comme un fétu de paille¿
Ainsi, petit peuple paisible et hospitalier, fûmes-nous emportés tout à coup dans l'effroyable tourmente de la guerre.
L'occupation durait depuis des mois. Chaque jour, l'ennemi parjure redoublait de rigueur dans la contrainte, faisant un odieux abus de sa force. Mais la Belgique opprimée ne désespérait pas ; armée d'une constance inébranlable, elle attendait l'heure qui la revancherait de tant d'humiliations et de maux.
Déjà les atroces vainqueurs, dessoûlés de leurs premiers et faciles avantages, redoutant l'avenir impénétrable aux rayons fulgurants de leurs projecteurs, offraient le désarmement général. Ils voulaient se reposer de leurs forfaits. Ô stupidité teutonne ! Nos canons, toujours tonnants, répondaient : « Non, jusqu'au bout ! »
Et l'angoisse étreignait le bas-ventre germain.
Jusqu'à présent la capitale, leur étape de repos et de plaisir, semblait échapper aux sévices trop militaires qui l'eussent d'ailleurs privée de ses agréments et faite plus morne encore qu'une forteresse d'outre-Rhin. Bruxelles regorgeait de monde sous l'afflux des hordes tudesques, des bandes de mouchards et de catins.
Les rues demeuraient donc animées, quelques-unes plus fourmillantes que jadis de l'affreuse marée étrangère. Les places, encombrées de guérites, de pavillons et de baraques, avaient pris un aspect repoussant ; car « ils » ne se contentaient pas de polluer la ville par leur présence, il fallait encore qu'elle subît l'infection de leur mauvais goût.
Les artères centrales, où grouillaient le troupeau gris et ses porchers, étaient désormais barrées aux vrais Belges par l'intolérable souffrance dont elles leur peignaient le coeur.
Là, le gain primait les sentiments ; là, c'était le lucre, qui mène aux basses compromissions, à la bienveillance envers l'ennemi.
Depuis longtemps, certains boutiquiers s'étaient fait une raison : la guerre les avait déjà enrichis ; ils ne la déploraient plus qu'en tartufes repus. Et le soir, cafés, restaurants, cinématographes entassaient dans leurs coffres les marks inodores.
Et les charcutiers ! Oh, ceux-là crevaient de pléthore ! Irrassasiables pourtant, ils ne cessaient d'abattre des cloisons, d'agrandir leurs palaces, d'ouvrir chaque jour des succursales. À peine si les porcs éventrés, restaient un instant suspendus, en grande toilette de boucherie, aux crocs nickelés du plafond et des étals ; tout de suite, ils retombaient sur le billot où, infatigable, la hache les débitait avec des sourires à la goinfrerie germaine ¿ germaine de la leur !¿
Dans ces affreux parages, ce n'est pas toujours l'abjecte pratique qui donnait les pires nausées.
Que faire pour dissiper son incurable tristesse ? Se réfugier dans la ville haute ? Elle n'était pas moins déprimante avec ses boulevards souillés de pancartes indicatrices du siège des « commandanturs » et des « centrales », la soldatesque bureaucratique qui courait, affairée, autour des ministères, le grotesque tintamarre des parades quotidiennes offertes à la curiosité complaisante des bourgeois sans révolte ni colère, parce que sans âme¿
Il fallait s'enfuir jusqu'à la Chapelle en Marollie pour calmer les élancements de sa douleur ou descendre dans la ville basse qui, toute proche, mais séparée du vacarme des Bourses et de l'impétueux courant des chemins traversiers, gardait encore quelque chose de son honnête physionomie d'autrefois.
Certes, « ils » étaient partout : point de venelles ni d'impasses si pauvres, si nauséabondes et si noires où ne surgît tout à coup de l'ombre une capote grise. Mais « ils » ne pullulaient pas ici comme là-bas, et leur masque s'y montrait parfois moins farouche sinon plus aimable.
Dans ces vieux quartiers, échappés sains et saufs de tant de dominations étrangères, on respirait d'une haleine plus libre ; une détente s'opérait en vous. La soupape de l'ironie fonctionnait enfin, empêchant votre poitrine d'éclater. On souriait au passage des vainqueurs éphémères ; le Temps, le meilleur allié, se chargerait de rabaisser leur jactance : un jour, ils rentreraient, en fuyant, dans leurs bauges, combien misérables, combien moins nombreux qu'ils n'en étaient sortis !
Alors, dans les fanfares d'allégresse, la Liberté remonterait sur son trône !
¿
Si la guerre n'avait pas encore altéré l'aspect vivant de la paroisse Sainte-Catherine, il ne s'ensuivait pas qu'elle n'eût déjà causé bien d'affreuses souffrances et d'irréparables deuils dans ces petites maisons, jadis si bruyantes d'activité et de joie ; elles semblaient aujourd'hui se serrer plus fort les unes contre les autres dans l'affliction grandissante, l'angoisse des malheurs futurs.
Les jeunes gens de la classe étaient partis ; les autres, cadets valeureux, disparaissaient chaque jour pour franchir le réseau de foudre des frontières et rejoindre leurs aînés. Bien peu qui ne trouvassent pas insupportable le reproche de lâcheté. Oh ! avoir vingt ans, être jeune et fort, capable de servir bien avant l'âge de la conscription, et s'acagnarder au logis, quelle honte !
Parmi les braves gens de la rue de Flandre, le pauvre Spreutels avait été éprouvé le premier. Ernest, ce bon enfant si éveillé, si dégourdi, était tombé à Boncelles sous les yeux de ses compagnons qui l'avaient rapporté tout sanglant dans nos lignes. Le garçon était mort crânement avec des mots de piété filiale et un souvenir attendri pour cette petite Charlotte qu'il devait épouser à la fin de septembre.
Le boisselier était inconsolable, car il avait l'orgueil de ce fils solidement bâti, dont le caractère décidé le consolait de sa propre mollesse, de son irrésolution en toute chose. Entêté dans le chagrin, il ne quittait plus guère la boutique que pour se traîner, tout courbé et bossu, chez Théodore où les vaines consolations de ses amis ne le sortaient pas de son hébétement taciturne.
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