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Le Feu follet - Pierre Drieu La Rochelle

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      Présentation Le Feu Follet de Pierre Drieu La Rochelle

       - eBook

      eBook - Pierre Drieu La Rochelle 23/01/2014
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Pierre Drieu La Rochelle
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 23/01/2014
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Android, Windows, Liseuse, iOS, Desktop
    • ISBN : 1230000212197



    • À ce moment, Alain regardait Lydia avec acharnement. Mais il la scrutait ainsi depuis qu'elle était arrivée à Paris, trois jours plus tôt. Qu'attendait-il ? Un soudain éclaircissement sur elle ou sur lui.

      Lydia le regardait aussi, avec des yeux dilatés, mais non pas intenses. Et bientôt elle détourna la tête, et, ses paupières s'abaissant, elle s'absorba. Dans quoi ? Dans elle-même ? Était-ce elle, cette colère grondante et satisfaite qui gonflait son cou et son ventre ? Ce n'était que l'humeur d'un instant. C'était déjà fini.

      Ce qui fit qu'il cessa aussi de la regarder. Pour lui, la sensation avait glissé, une fois de plus insaisissable, comme une couleuvre entre deux cailloux. Il resta un moment immobile, couché sur elle ; mais il ne s'abandonnait pas, crispé, soulevé sur ses coudes. Puis, comme sa chair s'oubliait, il se sentit inutile, et se renversa à côté d'elle. Elle était allongée presque au bord du lit ; il eut juste la place de se maintenir sur le flanc, tout contre elle, plus haut qu'elle.

      Lydia rouvrit les yeux. Elle n'aperçut qu'un buste velu, pas de tête. Elle ne s'en soucia pas : elle n'avait rien éprouvé non plus de très violent, mais pourtant le déclic s'était produit, et c'était tout ce qu'elle avait jamais connu, cette sensation, sans rayons mais nette.

      La maigre lumière, qui grelottait dans l'ampoule du plafond, révélait à peine, à travers l'écharpe dont Alain l'avait enveloppée, des murs ou des meubles inconnus.

      ? Pauvre Alain, comme vous êtes mal, dit-elle au bout d'un moment, et, sans se presser, elle lui fit place.

      ? Une cigarette, demanda-t-elle.

      ? Il y avait longtemps?, murmura-t-il d'une voix blanche.

      Il prit le paquet qu'il avait pris soin de poser sur la table de nuit, quand ils s'étaient couchés quelques minutes auparavant. C'était un paquet intact, mais le troisième de la journée. Il l'éventra d'un coup d'ongle et ils éprouvèrent du plaisir, comme s'ils en avaient été longtemps privés, à tirer de la botte serrée deux petits rouleaux blancs, bien bourrés de tabac odorant.

      Sans se donner la peine de tourner la tête, en se rabattant sur le dos et en tordant sa belle épaule, elle chercha d'une main aveugle, sur l'autre table de nuit, son sac d'où elle tira un briquet. Les deux cigarettes grillèrent. La cérémonie était finie, il fallait parler.

      D'ailleurs, cela ne les gênait plus comme autrefois ; chacun d'eux, n'ayant plus peur de se montrer, en était au point de trouver la réalité de l'autre déjà courte, mais encore savoureuse ils avaient couché ensemble peut-être douze fois.

      ? Je suis contente, Alain, de vous avoir revu, un instant, seul.

      ? Votre séjour aura été un peu bousculé.

      Il ne cherchait pas à s'excuser de ce qui était arrivé. Et elle ne lui en faisait pas grief ; du moment qu'elle était allée vers lui, elle risquait de pareils incidents. Pourtant, ne faisait-elle pas un petit effort secret pour se persuader que sur trois jours à Paris, avec Alain, elle devait en passer un à la préfecture de police, après avoir été ramassée avec lui dans une tanière d'intoxiqués ?

      ? C'est vrai, c'est ce matin que vous partez, ajouta-t-il, d'une voix légèrement voilée de dépit.

      Elle repartait avec le Léviathan, sur lequel elle était arrivée. Mais pour cela, il lui avait fallu téléphoner toute la soirée précédente, car elle n'avait pas réservé, dès New York, sa place de retour, bien qu'elle eût déclaré alors qu'elle ne ferait que toucher Paris. Est-ce que ç'avait été négligence ou secrète idée de rester ? Dans ce cas, c'était sans doute l'incident policier qui l'avait décidée à repartir, cette nuit passée sur une chaise au milieu des détectives qui sentaient fort et qui lui fumaient au nez, tandis qu'Alain prenait un air déchu qui l'avait surprise. En dépit de son titre d'Américaine et de promptes entremises, l'humiliation avait duré plusieurs heures.

      Pourtant, elle était obstinée.

      ? Alain, il faut que nous nous mariions.

      Elle lui disait cela, parce que c'était pour le lui dire qu'elle avait pris le Leviathan.

      Six mois auparavant, jeune divorcée, elle s'était fiancée avec Alain, un soir, dans une salle de bain de New York. Mais trois jours après, elle s'était mariée avec un autre, un inconnu, dont d'ailleurs elle s'était séparée un peu plus tard.

      ? Mon divorce sera prononcé bientôt.

      ? Je n'en dirai pas autant du mien, répondit Alain avec une nonchalance un peu affectée.

      ? Je sais bien que vous aimez encore Dorothy.

      C'était vrai, mais cela n'empêchait pas son envie d'épouser Lydia.

      ? Mais Dorothy n'est plus la femme qu'il vous faut, elle n'a pas assez d'argent et vous laisse courir. Il vous faut une femme qui ne vous quitte pas d'une semelle ; sans cela vous êtes trop triste et vous êtes prêt à faire n'importe quoi.

      ? Vous me connaissez bien, railla Alain.

      Son oeil avait brillé un instant.





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