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Un vaincu - Lucie Boissonnas

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      Présentation Un Vaincu de Lucie Boissonnas

       - eBook

      eBook - Lucie Boissonnas 17/11/2019
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Lucie Boissonnas
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 17/11/2019
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Android, Liseuse, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230003568316



    • Quelques-unes des causes de la guerre

      Tandis que le colonel Lee occupait ainsi son lointain commandement du Texas, des dissentiments qui existaient depuis longtemps entre les États du Nord et ceux du Sud, avaient pris un caractère nouveau de gravité, et l'on commençait à se demander ce qui arriverait si ni l'un ni l'autre des deux partis n'avait la patriotique sagesse d'entrer dans la voie des concessions. Il nous faut essayer de comprendre quelles étaient les causes de l'antagonisme qui allait bientôt déchaîner la guerre civile sur un pays jusque-là privilégié.

      L'immense contrée qui s'est formée peu à peu d'États successivement unis les uns aux autres ne ressemble plus à ce qu'elle était le jour où quelques faibles colonies, repoussant le joug de l'Angleterre, formèrent le novau d'une colossale puissance.

      À l'origine, treize États, groupés les uns près des autres, avaient eu les mêmes besoins, les mêmes intérêts, ils avaient été unis par le sentiment de leur faiblesse et par celui du danger de cette faiblesse ; mais le rapide accroissement de leur population, l'envahissement de territoires nouveaux, situés sous des latitudes extrêmes, avaient à la fois créé des intérêts différents ou contraires, et dégagé les esprits d'une crainte salutaire en plaçant la puissance nouvelle au-dessus de n'importe quelle menace.

      Comme toute grandeur, l'étendue a ses dangers. Tandis qu'au nord, l'État du Maine partage les brumes de Terre-Neuve ou les longs hivers de Québec, la Floride touche au tropique et s'affaisse sous ses mortelles chaleurs. Autant les moeurs des bûcherons du Nord pouvaient différer de celles des planteurs du Sud, autant différaient leurs intérêts. Ainsi, tandis que les États qui produisaient le coton en réclamaient la libre exportation, les États manufacturiers demandaient des mesures qui retinssent au passage la précieuse denrée et leur permissent de la façonner chez eux avant de la livrer à la consommation du monde entier. Ce n'était là qu'une des questions en litige, mais bien d'autres, d'importance égale, surgissaient chaque jour.

      L'habitude de voter de même sur les mêmes questions, avait réuni en un groupe, au sein du Congrès, les représentants des États du Nord, en un autre groupe ceux du Sud ; mais depuis longtemps le premier de ces partis croissait incessamment en force et en confiance, tandis que l'autre restait stationnaire.

      C'était au Nord, et non pas au Sud que l'émigration apportait constamment des recrues. Au Nord, le colon venu d'Europe retrouve le climat et les productions de son pays, il peut les cultiver lui-même, qu'irait-il faire au Sud, dans ces immenses plantations de cannes à sucre qui s'étendent à perte de vue, sous un ciel embrasé, ou parmi ces rizières dont le sol marécageux exhale des fièvres meurtrières pour les blancs ? Aussi la population augmentait rapidement au Nord, les États colonisés colonisaient à leur tour, et les nouveaux territoires, dès qu'ils étaient parvenus au chiffre de soixante mille âmes de population, s'érigeaient en États et envoyaient au Congrès des députés qui venaient augmenter la force du parti nordiste.

      Il n'en était pas de même dans les États du Sud. Non-seulement leur climat et la nature de leurs produits n'attiraient pas les Européens ; mais une institution justement nommée l'institution maudite, éloignait d'eux le travail des hommes libres.

      L'esclavage, source honteuse d'une antique prospérité, legs fatal que l'Angleterre, depuis repentante, avait fait à ses colonies, était admis et consacré par les lois dans toute la zone où se cultive le coton. Dépeindre l'état de misère, l'abjection de la race noire, serait une tâche douloureuse que nous n'entreprendrons pas ; tout a été dit d'ailleurs sur la plus odieuse iniquité qui fut jamais. Ce qu'on sait moins, c'est que, par une justice de Dieu, les oppresseurs devaient recevoir leur châtiment de leur crime lui-même, ? la ruine de la prépondérance du Sud fut la conséquence de l'esclavage et de l'esclavage seul.

      Les noirs n'étant pas comptés comme citoyens, ne votaient pas, et, bien qu'un nombre de voix supplémentaire fût accordé par compensation à leurs maîtres, la présence des nègres, en écartant les travailleurs libres, privait ces maîtres du secours politique que l'émigration leur eût apporté.

      C'est ainsi que le pouvoir, longtemps l'apanage des anciens États du Sud, passait peu à peu, naturellement et légalement, aux États du Nord.

      La résignation dans la mauvaise fortune est aussi rare que la modération dans le succès : cette vieille vérité allait être prouvée encore une fois.

      Le Sud voyait venir lentement, mais sûrement, le jour où des lois nouvelles lui seraient imposées. Ces lois, dans sa pensée, seraient pour lui la ruine, et il ne pourrait les repousser ; n'y avait-il aucun moyen d'échapper au sort qu'il prévoyait ?

      « Oui, lui répondaient ses légistes[1], le pacte par lequel les États se sont liés les uns aux autres, est un contrat qui peut être rompu par ceux qui l'ont formé ; leur droit à cet égard a été expressément réservé[2]. Que les États du Sud le réclament, et ils redeviendront ce qu'ils étaient avant l'Union : des États isolés mais souverains, libres de contracter de nouvelles alliances ; ils retrouveront leur indépendance déjà entravée, ils échapperont au joug du Nord et à la ruine matérielle qui s'approche. »

      Le Nord, déjà menacé à plusieurs reprises d'une scission qui ne s'était jamais accomplie, n'admettait pas que les mécontents songeassent sérieusement à recourir à la séparation. Il était dominé par le parti radical ou centralisateur qui, au nom de la grandeur de la patrie commune, prétendait briser toutes les résistances locales, et qui bientôt allait obtenir l'alliance du parti dit abolitionniste.





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