Ames celtes - M. REYNES MONLAUR
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Présentation Ames Celtes de M. REYNES MONLAUR
- eBookLe peuple de ces côtes entend les gémissemens des ombres qui volent avec un fruit léger. Il voit passer les pâles fantômes des morts.
Claudien.
La nuit était tout à fait venue. A la pointe du Raz, qui domine l'Océan de ses falaises, et tout le long de la baie des Trépassés, des formes vagues erraient çà et là, se collaient contre les roches, se blottissaient dans les moindres anfractuosités des murs de granit. Beaucoup cherchaient un abri dans les grottes qui bordent le rivage, car le froid était rigoureux.
Hommes et femmes arrivaient d'un peu partout : de Ker Is, dont on apercevait les feux à une portée de flèche ; des chaumières isolées où l'on descendait courber en deux, comme dans des caves ; et là-bas, de plus loin, de l'intérieur des terres. Tous marchaient sans bruit ; tous se rassemblaient silencieux comme devant une tombe : et c'était bien un immense ossuaire, la mer sauvage où pour une nuit leurs morts devaient revenir, pressés comme un vol de mouettes. On était en novembre. C'était la nuit des âmes. Depuis le matin la pluie tombait, fine et triste ; maintenant, d'instant en instant, des éclairs jetaient des reflets froids sur les grèves, sur les êtres anxieux qui se penchaient pour mieux voir ; et ces lueurs aveuglantes rendaient ensuite les ténèbres plus sinistres et comme vivantes¿
La mer montait depuis des heures, lente d'abord, avec des allures sournoises ; puis déchaînée, furieuse, grondant d'un bruit de tonnerre dans les grandes roches. La mer, la nuit, a une sorte d'épouvante spéciale. On dirait que cette sombre masse mouvante porte en elle toute l'horreur de l'invisible, d'un invisible conscient et hostile. Presque toujours, pour rendre la fête des âmes plus tragique, la tempête sur ces côtes se mêlait à la nuit. Les blanches crêtes d'écume dessinaient, aux éblouissements des éclairs, la hauteur fantastique des lames qui rejaillissaient à plus de quatre-vingts pieds, et, dans leur remous, creusaient ces gouffres où les morts roulaient et hurlaient, éperdus.
Pourquoi les âmes qui hantaient ces rives traînaient-elles toujours l'orage à leur suite ? Que trouvaient-elles donc dans la survivance à laquelle tout Celte croyait d'une foi si ferme ? Pourquoi revenaient-elles ainsi, avec des lamentations et avec des sanglots ? Et non seulement les êtres jeunes, morts au combat, ou morts en mer brisés contre un écueil, pleuraient la terre douce et le sourire qui ne fleurirait plus jamais les lèvres fidèles ; mais les vieillards aux jours amers, mais les vieux bardes, mais les vieux chefs, tous revenaient, redemandant la vie¿
Ceux de leur clan reconnaissaient leurs voix mêlées aux sifflements du vent d'orage ; ils entendaient leur cri de révolte dans le hurlement des vagues. Et si une ombre aimée vous frôlait au passage, c'était les bras tendus, c'était dans un effort passionné et impuissant pour demeurer, pour revivre¿ Jamais, de mémoire d'homme, la barque mystérieuse des morts n'avait abordé au rivage par une nuit d'étoiles. Et les veuves et les mères apportaient aux disparus, en offrande suprême, un deuil semblable à leur deuil sans fin.
Dans une caverne aux voûtes envolées de cathédrale, une troupe nombreuse était assemblée. C'étaient des pêcheurs et des pâtres, des gens pauvres et rudes. Ils avaient planté en terre des torches de résine. Ils avaient allumé des brassées d'ajoncs qui faisaient étinceler comme des joyaux les stalactites des colonnes ; et engourdis par le froid, effarés par la tempête, ils se laissaient aller au bien-être de la chaleur et de l'abri.
Seuls, deux hommes à l'écart, au seuil de la grotte, semblaient ignorer que la pluie leur fouettait le visage, que l'écume rejaillissait jusqu'à leurs pieds. L'un était un vieillard décharné et pensif ; penché sur le gouffre, il effeuillait des branches vertes en prononçant de très vieilles paroles. La conquête romaine n'avait pu effacer, chez les lettrés, la langue primitive qu'elle avait corrompue dans le peuple. En cette langue, le vieillard appelait les dieux dont il fut le prêtre, Hésus, Taranis, Teutatés, comme si, à son évocation, les dieux disparus pouvaient revenir ! Il nommait aussi ses pères, les druides d'autrefois ; quelque chose de farouche semblait, par instans, passer d'eux en lui. Lorsque ses regards se posaient inconsciemment sur la flamme, oubliant que ses dieux aussi étaient morts, il retrouvait le cri rauque des aïeux aux jours où le colosse d'osier, rempli de victimes vivantes, flambait en un holocauste terrible.
Le peuple le vénérait et le contemplait avec un effroi superstitieux. Lui dédaignait ce peuple qui s'était fait, à l'imitation des Romains, de grossières idoles. Il vivait avec de rares disciples à l'ombre des chênes. Et chaque année, en cette nuit de novembre, il venait jeter à l'âme délaissée des druides de symboliques offrandes. Il n'y avait plus de taureaux sans tache pour les sacrifices ; il n'y avait plus de serpe d'or ; plus, même, de sagum blanc pour recueillir le gui sacré.
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