Nouvelles anciennes - Louis Dépret
- Collection: Oeuvres de Louis Dépret
- Format eBook: Epub2 Voir le descriptif
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Présentation Nouvelles Anciennes de Louis Dépret
- eBookExtrait; MARIANNE ET SON PÈRE....
UN BEAU DIMANCHE.....
Ce jour-là, j'étais subjectif, comme disent les scholars. Je subissais une de ces tristesses intimement harmonieuses, qui se partagent ma vie avec les illusions de la lecture et les troubles de la sensibilité.
C'était un beau dimanche. Or, le dimanche, à Paris, à Londres, aux champs ou à la mer, est mon jour de mélancolie. Cette mélancolie, où les circonstances extérieures n'entrent pour rien, exécute simplement l'arrêt du mystérieux destin qui me l'impose. Ainsi, je devinerais à certain état de mon âme qu'il est dimanche, sans avoir besoin de dénombrer les jours précédents. Alors, les conditions ordinaires de la vie S'altèrent pour moi. Je ne souffre pas précisément de la tête ni du coeur, mais le sens de l'activité m'abandonne, et, faible et vain, je me replie.
Est-ce une religion involontaire qui courbe tout mon être vers ce recueillement ? Je le voudrais, Seigneur ! Je sais seulement que dès mon premier âge il en fut ainsi. Peut-être encore les habitudes d'isolement et d'ennui que j'ai contractées durant soixante dimanches successifs passés dans la brumeuse Angleterre, sont-elles l'origine de cette désolation périodique.
Donc, le dimanche venu, je me lève tôt ou tard? il n'importe ;. j'ouvre sans intérêt le premier livre qui me tombe sous la main ; je me penche hors de la croisée, je regarde les Auvergnats jouer au piquet sur le seuil de la maison d'en face? mais mon coeur n'est point là. Il est tout avec vous, chères ombres nu passé ! Je me dis : O ciel ! pourquoi ce qui est cesse-t-il d'être ?
En vraie jeune veuve de Paris, vous avez tout de suite décidé que le dimanche m'est pénible parce qu'on y voit les rues encombrées de petits marchands inconnus, s'amusant à croire qu'ils prennent l'air. Je n'aimai jamais, il est vrai, d'être poussé par la foule ; mais j'aimais encore moins de tomber dans votre cottage de Louveciennes, au milieu de vos oncles et de vos frères qui vous tutoyaient, vous embrassaient à l'arrivée et au départ, et me forçaient de vous dire toujours : madame.
Cependant, jusque-là, mon chagrin des plus noirs dimanches n'avait pas approché le désespoir.
Mais, le dimanche 27 juillet de l'année 1861, j'eus de bonnes raisons pour être tout à fait morose. Dans la soiree du samedi, nous nous étions dit un éternel adieu à la suite d'une querelle très offensante à propos de fleurs, et pour m'achever, vous avez fait l'éloge de ce monsieur Chambrun, que je méprise, et qui ose s'attacher à vous. L'aurore suivante éclaira l'agitation la plus cruelle où j'eusse jamais été plongé après une dure insomnie.
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