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Avis sur Madeleine Férat de EMILE ZOLA - eBook
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Présentation Madeleine Férat de EMILE ZOLA
- eBookGuillaume et Madeleine descendirent de wagon à la station de Fontenay. C'était un lundi, le train se trouvait presque vide. Cinq ou six compagnons de voyage, des habitants du pays qui rentraient chez eux, se présentèrent à la barrière avec les jeunes gens, et s'en allèrent chacun de son côté, sans donner un coup d'oeil aux horizons, en gens pressés de regagner leur logis.
Au sortir de la gare, le jeune homme offrit son bras à la jeune femme, comme s'ils n'avaient pas quitté les rues de Paris. Ils tournèrent à gauche et remontèrent doucement la magnifique allée d'arbres qui va de Sceaux à Fontenay. Tout en montant, ils regardaient, au bas du talus, le train qui se remettait en marche, avec des hoquets sourds et profonds.
Quand le train se fut perdu au milieu des feuillages, Guillaume se tourna vers sa compagne et lui dit avec un sourire :
« Je vous ai prévenue, je ne connais pas du tout le pays, et je ne sais trop où nous allons.
? Prenons ce sentier, répondit simplement Madeleine, il nous évitera de traverser les rues de Sceaux. »
Ils prirent la ruelle des Champs-Girard. Là, brusquement, le rideau d'arbres de la grande allée s'ouvre et laisse voir le coteau de Fontenay ; en bas, il y a des jardins, des carrés de prairie dans lesquels se dressent, droits et vigoureux, d'énormes bouquets de peupliers ; puis des cultures montent, coupant les terrains en bandes brunes et vertes, et, tout en haut, au bord de l'horizon, blanchissent, à travers les feuilles, les maisons basses du village. Vers la fin septembre, entre quatre et cinq heures, le soleil, en s'inclinant rend adorable ce bout de nature. Les jeunes gens, seuls dans le sentier, s'arrêtèrent instinctivement devant ce coin de terre d'une verdure presque noire, à peine dorée par les premières rousseurs de l'automne.
Ils se donnaient toujours le bras. Il y avait entre eux cette vague gêne d'une intimité récente qui a marché trop vite. Lorsqu'ils venaient à songer qu'ils se connaissaient depuis huit jours au plus, ils éprouvaient une sorte de malaise à se trouver ainsi seul à seul, en pleins champs, comme des amants heureux. Se sentant encore étrangers et forcés de se traiter en camarades, ils osaient à peine se regarder ; ils ne se parlaient qu'en hésitant, par crainte de se blesser sans le vouloir. Ils étaient l'inconnu l'un pour l'autre, l'inconnu qui effraie et qui attire. Dans leurs allures lentes d'amoureux, dans leurs paroles vides et douces, même dans les sourires qu'ils échangeaient dès que leurs yeux se rencontraient, on lisait l'inquiétude et l'embarras de deux êtres qu'un hasard marie brutalement. Jamais Guillaume n'aurait cru souffrir autant de sa première aventure, et il en attendait le dénouement avec une véritable angoisse.
Ils s'étaient remis à marcher, jetant des coups d'oeil sur le coteau, coupant leurs silences par une conversation à bâtons rompus, où ils ne mettaient rien de leurs vraies pensées, et où il était question des arbres, du ciel, du paysage qui s'étendait devant eux.
Madeleine touchait à sa vingtième année. Elle portait une toilette très simple d'étoffe grise, relevée par une garniture de rubans bleus ; un petit chapeau de paille rond coiffait ses admirables cheveux d'un roux ardent, aux reflets fauves, qui se tordaient et se massaient en un énorme chignon derrière sa tête. C'était une grande et belle fille dont les membres souples et forts annonçaient une rare énergie. Le visage était caractéristique. Le haut avait une solidité, presque une dureté masculine ; la peau se tendait fortement sur le front ; les tempes, le nez et les pommettes accusaient les rondeurs de la charpente osseuse, donnant à la figure le froid et la fermeté d'un marbre ; dans ce masque sévère, les yeux s'ouvraient, larges, d'un vert grisâtre et mat, qu'un sourire éclairait par moments de lueurs profondes. Le bas du visage, au contraire, était d'une délicatesse exquise, il y avait de voluptueuses mollesses dans l'attache des joues, aux deux coins de la bouche, où se creusaient de légères fossettes ; sous le menton, mince et nerveux, se trouvait une sorte de renflement qui allait s'attacher au cou ; les traits n'étaient plus tendus et rigides, ils étaient gras, mobiles, couverts d'un duvet soyeux, ils avaient mille petits plans flexibles et devenaient d'une finesse adorable à certains endroits où le duvet manquait ; au milieu, les lèvres un peu fortes, d'un rose vif, paraissaient trop rouges pour ce visage blanc, à la fois sévère et enfantin.
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