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Mes Souvenirs - Gustave de Reiset

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      Présentation Mes Souvenirs de Gustave de Reiset

       - eBook

      eBook - Gustave De Reiset 22/01/2019
    • Format : Epub2
    • Auteur(s) : Gustave de Reiset
    • Editeur : Gilbert Terol
    • Langue : Français
    • Parution : 22/01/2019
    • Format : Epub2
    • Compatibilité : Liseuse, Android, iOS, Windows, Desktop
    • ISBN : 1230003041840



    • Tome I

      Au commencement de 1848, un mouvement tout-puissant se produisit en Italie. Le nouveau pape Pie IX était entré dans la voie des réformes que les grandes puissances avaient inutilement conseillées à son prédécesseur Grégoire XVI. Les princes italiens, malgré les traités secrets qui les liaient à l'Autriche, s'étaient vus forcés de suivre cet exemple.

      Charles-Albert, qui semblait être devenu définitivement un prince d'ancien régime, se décida assez brusquement à donner à son royaume une constitution libérale. Deux de ses ministres, le marquis Alfieri et le comte de Revel, l'en pressaient fort, invoquant pour le déterminer l'exemple du pape Pie IX. Charles-Albert était devenu fort dévot. Le 7 février, au matin, il se rendit dans sa chapelle où il entendit la messe, se confessa et communia. Aussitôt après, il réunit son conseil et lui annonça sa résolution. Le lendemain, 8 février, une notification publiée dans la Gazette officielle annonçait au peuple sarde la volonté du roi d'accorder une constitution.

      Quelques semaines après, les Milanais chassaient les Autrichiens. « Nous n'aurions que cinq mille hommes que nous devrions sur-le-champ courir à Milan, » écrivait Camille de Cavour dans le Risorgimento qu'il rédigeait.

      À cette époque, l'homme prédestiné, l'homme dans lequel le génie politique de l'Italie devait plus tard s'incarner, l'homme d'État hardi, qui à travers d'immenses difficultés était destiné à fonder le royaume d'Italie, le comte Camille Benso de Cavour n'était que le fondateur et le directeur d'un journal. Sorti de l'académie militaire de Turin avec le grade de lieutenant du génie, il était peu après par sa démission rentrée dans la vie privée pour fortifier son esprit dans l'étude des sciences et de l'histoire, et pour l'élargir par des voyages. Il ne se doutait sans doute pas lui-même que le titre choisi par lui pour son journal, la Résurrection de l'Italie, deviendrait un jour par ses soins une éclatante réalité.

      Résolu à intervenir pour défendre les Milanais contre un retour offensif de l'Autriche Charles-Albert partit de Turin, le 26 mars, à 11 heures du soir, avec son premier écuyer, le marquis Costa de Beauregard, le général marquis de la Marmora, aussi premier écuyer. Les généraux Masari, Bicherasio, Scati et de Robilant suivaient dans d'autres voitures. Ils arrivèrent à Alexandrie à 6 heures du matin. Le roi allait à la guerre comme à la manoeuvre : depuis qu'il était monté sur le trône il avait perdu la gaieté de sa jeunesse. À Voghera, on distribua des cocardes tricolores, mais le roi n'en porta pas. À la frontière de Lombardie, le comte Martini se présenta comme commissaire du gouvernement milanais auprès du roi. L'entrée de l'armée sarde à Pavie fut des plus brillantes. Charles-Albert, qui avait déjà fait deux marches à cheval, était à la tête de ses troupes que les dames de leurs balcons couvraient de fleurs. Le peuple montrait un grand enthousiasme. Le roi passa en revue une partie de son armée. Les Autrichiens étaient, disait-on, très découragés. À Crema où les Croates, en se retirant, avaient commis des horreurs, Charles-Albert descendit dans la jolie maison de campagne du comte Martini où le gouvernement provisoire de Milan vint le saluer, faisant tous ses efforts pour le dissuader de passer par Milan ; les Mazziniens se montraient très opposés à l'union de la Lombardie et du Piémont sous l'autorité du roi de Sardaigne. À Bozzolo arrivèrent des rapports du général Bès annonçant qu'il était en face de l'ennemi. Jusque-là, les gîtes étaient bons, le temps superbe et l'armée bien accueillie n'avait qu'à se louer de sa marche dans un très beau pays. Dans la nuit du 5 au 6 avril, il y eut une alerte à Marcario sur l'Oglio. Un parti autrichien de 1 500 hommes, lanciers et chasseurs tyroliens, avec deux canons, attaqua très hardiment la grand'garde dont le commandant perdit la tête et ne se défendit pas. Elle eut quelques hommes tués et blessés et huit cavaliers de Gênes furent enlevés avec leurs chevaux. Le duc de Gênes envoyé en reconnaissance par le ministre de la guerre Franzini qui venait d'arriver au quartier général, avait poussé, avec le général Bava, jusqu'à Ospedoletta, lorsque à son retour il eut la douleur de rencontrer trois escadrons de Gênes-Cavalerie qui, pris de panique, fuyaient, leur colonel en tête, sans être poursuivis par les Autrichiens. Les troupes avaient bonne volonté, mais elles commençaient à se plaindre de la fatigue des marches et de la mauvaise nourriture procurée par le gouvernement provisoire. Si cela continue ainsi, disaient-elles, nous devrons nous faire donner des vivres par la force.

      Le roi se porta ensuite à Castiglione Delle Stiviere où il resta quelques jours. C'est là qu'il apprit l'affaire du pont de Goïto, où l'avant-garde du 1er corps commandé par le général d'Arvillars, sous les ordres du général Bava, avait été engagée. Le roi était impatient de combattre ; il alla visiter le terrain de ce premier engagement, parlant aux soldats et les encourageant. Il porta son quartier général à Volta d'où il rayonnait aux environs. Il se rendit à Castelnuovo où les Autrichiens avaient incendié des couvents : la ville brûla deux jours. Les habitants, qui s'étaient soulevés, furent massacrés jusque dans les confessionnaux des églises. Dans l'une d'elles, lorsque le roi y pénétra, on trouva sur l'autel une crosse de fusil avec laquelle on avait enfoncé le tabernacle. Un cadavre, la tête écrasée, la cervelle répandue, se trouvait dans un confessionnal. Le duc de Gênes était installé dans trois petites chambres avec l'infant don Fernando et quelques officiers. Ils avaient avec eux le peintre Cerutti qui prenait des croquis de tous les incidents intéressants de la guerre. Cette brillante jeunesse passait gaiement dans l'intimité de la vie militaire le temps où elle n'était pas à cheval. Le roi dut se séparer de plusieurs de ses généraux. Le général Maugny fut envoyé en Savoie où des troubles avaient éclaté. Le général Sambuy conduisit à Modène des troupes sardes réclamées par les Modenais. Un aide de camp de Charles-Albert, le général Bricherasio, dut aller occuper comme gouverneur la place importante de Plaisance. Enfin le général Forra, très brave soldat, gravement atteint d'une maladie du poumon à laquelle il succomba, fut obligé de quitter l'armée ; il se sépara en pleurant du roi et de ses compagnons d'armes.





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