Le Paysan riche - Honoré Sclafer
- Collection: Oeuvres de Honoré Sclafer
- Format eBook: Epub2 Voir le descriptif
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Avis sur Le Paysan Riche de Honoré Sclafer - eBook
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Présentation Le Paysan Riche de Honoré Sclafer
- eBookLà vivaient, il n'y a pas très-longtemps, deux marquis, vieux d'années, antiques d'opinions, dont le caractère ne tranchait point sur celui de la contrée. Ils y semblaient bien à leur place ; on les eût dits les produits de ce sol où la désolation persiste, où le passé, quel qu'il soit, dure toujours. Ces campagnes improductives constituaient un milieu approprié à ces deux personnages, nés l'un et l'autre pour vivre de leur rang et non de la fertilité de ce sol, auquel le gentilhomme ne demande rien qu'une motte seigneuriale où planter un donjon, des terres incultes pour chasser, et des plaines vagues pour chevaucher.
De ces deux hobereaux, l'un s'appelait le marquis Loupart de la Bouzée, c'était un vieillard encore jeune de tournure et d'allure à soixante-dix ans, qui ne croyait qu'à une seule chose : la noblesse, se résumant pour lui en un seul objet : sa noblesse.
Oui, en plein dix-neuvième siècle, soixante ans après Babeuf, il existait un traînard de cette espèce, un rêveur de cette force. Toutefois, si les idées du marquis de la Bouzée étaient bonnes à faire sourire, ses manières étaient faites pour charmer. On s'imaginerait difficilement un modèle de l'ancien régime, plus accompli, plus aimable. Rien dans sa personne, façons et propos, qui ne fût attachant. A le voir si fier et si beau, on se prenait presque à compatir à sa déchéance, on s'échappait à rêver en sa faveur quelque restauration nobiliaire. Quel dommage que des qualités si charmantes n'aient plus à s'employer, et ne puissent tout au plus servir qu'à protester contre l'ordre de choses actuel !¿ Il protestait, ou plutôt son grand air protestait pour lui. Appuyé sur une forme sociale depuis longtemps brisée, et fidèle à des institutions qu'ont trahies tous les dieux, il n'attendait rien que de son droit. En vertu de ce titre de gentilhomme dont l'avaient décoré ses aïeux, il comptait que toutes les prérogatives lui étaient dues et qu'elles lui seraient restituées. Sa foi en ce culte lui suggérait, tant elle était absolue, une dignité de conduite et d'attitude admirable.
Dans sa bouche, jamais un grief contre les temps nouveaux ; avaient-ils besoin de cet effort de sa part pour disparaître ? jamais un regret en faveur des temps passés : avaient-ils besoin de ce secours pour revivre ?
Placé dans une société où rien de ce qui était son culte ne se rencontrait plus, il y bornait son rôle à s'abstenir ; il se jugeait encore à son rang, pourvu qu'il ne trempât, en quoi que ce soit, dans un ordre social, tout de déraison à ses yeux.
Et certes, il y avait de la grandeur dans ce caractère si constant, et, à ce titre, on nous passera de le développer un peu ; ce n'était point un marquis de comédie.
Le marquis de la Bouzée n'admettait pas qu'il y eût des compensations à une pareille perte. Non content de n'avoir voulu accepter, dans l'État, ni grades ni fonctions, c'était à peine s'il condescendait à cultiver ses terres, lesquelles auraient pu le faire vivre dans l'opulence, s'il eût daigné y regarder un peu. Il avait hérité, de son père, la terre de la Bouzée, dont l'étendue était considérable, en bois, métairies et pâquis ; mais n'ayant jamais pu ni gérer ni faire gérer tout cela, ce grand domaine en était venu petit à petit à ne plus lui donner à vivre, puis avait été finalement absorbé par les dettes. Ne doutant de rien et pas plus de son avoir que d'autre chose, il ne s'était fait faute d'emprunter sur ses domaines qu'il estimait un fonds inépuisable, en quoi il se trompait bien fort, comme il eut sujet d'en être convaincu quand tout y eut passé ; tout ou presque tout, car il lui resta le manoir, plus ce qu'on appelle le vol du chapon » formant lez le château, un hectare et demi tout au plus. Quant à ce dernier lopin, il n'avait jamais voulu, quelle que fût sa gêne, l'engager en quoi que ce soit ; c'était terre de qualité à ses yeux, participant en quelque sorte à sa noblesse même¿ Il y avait de plus une vaste lande, la lande de Boutuge, qui pareillement n'avait jamais subi l'affront de la mise en gage, par la raison qu'elle représentait son terrain de chasse, et que la chasse, ce privilège de l'homme de condition, aux temps féodaux, constituait peut-être la prérogative dont il se montrait le plus jaloux. Aussi cette lande, qui eût pu rapporter quelque chose, en l'affermant pour la vaine pâture, ne rapportait rien que des lièvres et des renards à ce pauvre marquis, que la Providence, par une prédestination inappréciable, avait fait naître grand propriétaire, et qui se voyait réduit, sur la fin d'une longue vie, passée tout entière à bouder son siècle, à ne posséder qu'une lande, un petit enclos et une grande bâtisse à hautes girouettes, qu'il appelait son « château » ....
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