La Victime - FERNAND VANDÉREM
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Avis sur La Victime de FERNAND VANDÉREM - eBook
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Présentation La Victime de FERNAND VANDÉREM
- eBookLe lendemain, vers neuf heures et demie, M. Lecherrier était en train de recevoir la dégelée de coups de poing et de coups de savate, que, moyennant trois cents francs par mois, un petit homme trapu venait chaque matin lui allonger à domicile, quand une sonnerie de téléphone interrompit brusquement ces voies de fait.
¿ Vous m'excusez ! ¿ dit M. Lecherrier au professeur, en arrachant vivement sa moufle de boxe.
¿ Faites donc !
M. Lecherrier était déjà à l'appareil :
¿ Allô !¿ C'est toi Lucie ?¿ Eh bien ! vous m'avez joliment fait poser hier soir ?
¿ Oui, il y a eu malentendu¿ Je t'expliquerai, ¿ chevrota au loin la voix de Mme Taillard. ¿ Mais, en ce moment, il ne s'agit pas de çà¿ Peux-tu me recevoir ce matin ?
¿ Certainement¿ Mais pourquoi ?
¿ J'ai à te parler¿ Des choses à ne pas dire par téléphone.
¿ Rien de mauvais ?
¿ Non ! non ! ¿ protesta tièdement Lucie.
¿ Alors, je t'attends¿ À quelle heure seras-tu là ?
¿ Tout de suite¿ Je saute en fiacre et j'arrive.
M. Lecherrier, qui saisissait toujours avec empressement les moindres prétextes pour abréger sa leçon de boxe, se tourna vers le professeur :
¿ C'est ma fille, Mme Taillard¿ Elle sera ici dans cinq minutes. Donc aujourd'hui, si vous voulez bien, nous nous en tiendrons là¿
¿ À votre disposition, monsieur ! ¿ fit le petit athlète, non moins enchanté de couper à la fin de la séance.
Mais, le maître de chausson parti, au lieu de savourer, comme de coutume, les douceurs de la délivrance, M. Lecherrier ne tarda pas à s'égarer dans les conjectures les plus alarmantes.
Que pouvait bien signifier cette visite de Lucie, d'habitude si peu matinale ? Quoi qu'elle en dît, sans doute pas grand'chose de bon. Et rien que l'idée d'avoir une fois de plus à flétrir la conduite de son gendre combla M. Lecherrier d'écoeurement.
D'ailleurs, depuis qu'il s'était retiré des soieries avec deux cent mille francs de rente, il se considérait comme ayant droit à une félicité sans mélange. Riche, veuf, libre, décoré, choyé des petites femmes auxquelles il le rendait bien, ¿ hormis sa moustache qui tournait au blanc, ses favoris qui grisonnaient trop, et ce commencement de ventre que la boxe ne bridait qu'à demi, il ne voulait pas entendre parler de soucis. Sa crainte des tracas était même si vive, qu'à la mort de Mme Lecherrier il s'était résigné à garder pour lui seul son vaste hôtel de l'avenue Marceau, aimant mieux en laisser tout un étage vide, que de subir les tribulations d'un déménagement. C'est dire avec quelle mollesse il avait pris les mésaventures de Lucie. D'abord révolté, puis attendri, il finissait par être blasé. Ces querelles sans variété, pour des méfaits toujours pareils, lui paraissaient à la longue fastidieuses. Il ne pouvait s'expliquer qu'après dix ans de ce régime, le coupable ne montrât pas plus de bonne humeur et l'innocente plus de philosophie. Aussi, sans Gégé dont il raffolait, ce n'eût pas été tous les jours qu'on l'aurait vu dans ces bagarres.
¿ Ah ! mais non ! ¿ conclut-il amèrement, tout haut.
Puis, ayant passé un léger costume d'intérieur en flanelle beige, il alla s'accouder au balcon pour guetter l'arrivée de Lucie.
En dépit de l'heure, la température était accablante. Au milieu de la chaussée, un arroseur découragé faisait de place en place des flaques éphémères. Les marronniers de l'avenue semblaient suffoquer sous leurs lourds falbalas de verdure. Et quoiqu'on fût à peine au début de juin, certaines feuilles, roussies des contours, avaient déjà très mauvais teint.
Du haut de son balcon, M. Lecherrier les examinait avec sympathie. Mais le bruit d'une voiture raclant le trottoir l'arrêta sur la voie de l'élégie. Lucie descendit du fiacre. Elle était tout en piqué blanc, avec une souple voilette crème pleurant autour de son chapeau rose. De la main elle fit à son père un signe d'amitié, puis, rapidement, marcha vers la porte.
¿ Eh bien, que se passe-t-il ? ¿ demanda M. Lecherrier, après avoir embrassé sa fille.
Lucie retroussa sa moustiquaire, et, se carrant dans un fauteuil :
¿ C'est toute une histoire¿ Voilà, hier soir, à propos de ce Nouveau-Cirque, ¿ où, soit dit en passant, nous avons fini par ne pas aller, ¿ Jacques et moi, nous avons eu une scène effroyable¿
¿ Pour changer ! ¿ fit M. Lecherrier.
¿ Oh ! je t'en prie, papa, grâce des commentaires ! Ou je n'en sortirai jamais¿ Donc, scène terrible. Nous nous sommes dit, de part et d'autre, des choses atroces, irréparables¿ Et, finalement, nous avons décidé de divorcer¿
¿ Ce n'est pas la première fois ! ¿ objecta M. Lecherrier.
¿ Peut-être, mais ce sera la bonne¿ Et, du reste, pour ne pas revenir sur notre décision, il a été convenu que ça se ferait aujourd'hui même¿
¿ Quoi ? qu'est-ce qui se fera ?
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